Le premier jet d’éclair et d’encre avait été ce regard, cette attention à vouloir se projeter dans les pupilles d’une chercheuse d’or, d’une orpailleuse aux ongles abîmés par la besogne en solitaire, cette propension à désirer se noyer en suivant les chants d’une sirène de bon augure.
Puis vinrent les accords de phonèmes tracés, l’équilibre des timbres de voix imagés, les chuchotements coulants et linéaires, les clapotements crayonnés des connivences déjà lues quelque part, comme notoriété inavouée, secrète et irremplaçable.
La fluidité du verbe ou de l'harmonie qui se rédige est inestimable. Sa rareté ne peut se comptabiliser, simplement se laisser déguster, savourer, comme un philtre de magie aux couleurs grenat lumineux et chair ambrée.
La possibilité des instants de silence, de ces moments où la contemplation du fébrilement griffonné devient maîtresse de tous maux l’est également.
Ce matin là , l’aurore indigène était déjà haute et le temps semblait s’être arrêté seulement sur leur incarnation, sur leur esprit, sur leurs écrits, laissant le reste du monde alentour à sa laborieuse tâche de non aventure, ils avaient compris quelque chose, un si peu quelconque trésor qui ne se trouve que dans les gouffres de bien-être que peu atteignent, parce qu’ils ne le veulent pas, parce qu’ils ont peur, parce que l’ailleurs, l’autre, la liberté, leur font terreur.
Lui cherchait sa muse d'inclination. La muse cherchait son lui de penchant.
Le formulait clairement le vœu d’une écriture par La, pour lui, pour que sa vie devienne artiste, pour qu’il deviennent l’artiste de sa vie.
Une histoire, un conte, une chronique à transmettre, peut-être venait de s’amorcer.
Ni le déroulement, ni la fin n’étaient écrits ; et pourtant ils décidèrent de découvrir, de discerner ensemble les mots qui donneraient l’essor, l’extension, l’évolution.
La écrivit. Le lut, savourant les jouissances qui jouaient les intercalaires des billets de La et euphorisaient divers concepts d’élévation de son esprit à «auteur» de ceux qui chevauchent les verbes sauvages.
Le s’assit quelques temps près de La. Les se retrouvèrent tant que possible. Les se promenèrent sur lignes à haute tension, admirant les vibrations, les sonorités assourdies du papier, les profondeurs de verre qui abasourdissent les amants de l’ébriété transcrite.
Et la sensualité en équilibre sur des escaliers de pierre plusieurs fois centenaire, ils furent les témoins de l’émoi, de la pulsion, d’une perdition accordée entre deux rendez-vous de pages noircies de fins tracés entrelacés.
Les rudes murs se souviennent de la couverture lisse de La et entendent encore les doux glas froissés de Le.
La se souvient de la succulence de ses lippes, de la tiédeur de son giron, de l'effluve de son enveloppe, de la douceur de ses paupières mi-closes, de la suave émanation du cuir qui lui faisait exquise armure, du délicieux outrage de ses manuels inventaires dans sa bibliothèque aux envoûtements.
Oui, La s’en souvient, à tel point que les alléluias sont venus lui tirer les pieds et les viscères dans la nuit, parfois de manière douce, parfois de façon violente.
Un jour, il fera jour et les volets seront clos, les lumières du dehors tenteront de les admirer. Elles n’y arriveront pas. Ce jour là n’appartiendra qu’à La, qu’à Le, qu’à Les.
Lorsque les cœurs se décrochent
Arrive l’heure des corps qui s’approchent
Sans anicroche, mais avec l’accroche
Le temps suspend ses croches
Et les chairs alanguies
Sous le bois en voûte porche
Pour que les têtes se hochent
Pour que la sensualité annote en hot… chhhhhhh !
Délit de notes en bosch
Forfait de fuite en HOCH Hoch hoch HOCH !!!
Viens plus près que je te chucho…
Les astres ventrus qui s’entrecho…

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Puis, à l’orée d’une aube naissante, La pris la soudaine décision d’abandonner Le.
La venait de sentir que Le n’était pas un libre, libre de ses actions, de ses décisions, de ses créations, même de ses instants qu’il ne faisait que chaparder en douce depuis belle lurette, au point même d’en avorter ses rejetons de semence en donation de consigne précoce.
Et La, elle, savait combien la liberté, aussi difficile à conquérir soit-elle, était bonne à vivre, à écrire et à être lue.
Le était un renonçant de l’alphabet. La était une conquérante du mot.
Le n’oublia pas pourtant de souhaiter une bonne continuation à La. La pris volontiers la continuation et jeta aux immondices le « bonne » ; comment pouvait-il, lui, modique lui, formuler un vœu à La d’une manière de vie qui ne le concernait pas ?
Une muse, après tout, n’est faite que pour se balader parmi les entrelacs des forêts les plus ombragées de l’intuition de la vie, des futaies les plus touffues du lyrisme existentiel.
Elle abhorre le confort, le cotonneux et le suave. Elle préfère le cataclysme et la menace qui guette aux meurtrières recyclées des tourelles qui encerclent les existences trop facilement installées en piles poussives.
La muse ramassa sa plume, ses feuillets, son sac de velours à nœuds-nœuds, empli d’oisiveté, de futile, d’inutile - trio infernal autant que fondamental - et pris la route, affamée de butinage salvateur pour elle, dévastateur pour l’autre.
« Et cette si peu goulue pioche
Qui fouille dans la bidoche
Qui sonne mioche
Qui dit folcoche
Qui vibre le moche »
…
L’augure venait de répondre clairement à la devinette…
L’histoire était finie avant d’avoir réellement débutée. Le conte ne s’écrirait jamais et surtout aucune chronique ne se transmettrait ; les souvenirs étaient des nés-damnés, carbonisés, déjà enterrés, jetés à coups de longues bottes de vache morte dans une fosse commune puant l’insuffisance fascisée, creusée à mains dégantées par La.
Les venaient de taire les défuntes éphémérides charnelles et c’était très bien ainsi.
Le redevient le, un insignifiant et stupide le. Pour La.
Car Le fut. Le fut le masculin de la muse, mais il l’ignorait. C’était son souhait, l’ignorance.
Les étaient cependant tous deux des invalides de la félicité liée à une trame d’or, deux stupides humains infirmes et dont, ni cœur, ni corps, ne pouvaient leur servir de scandées béquilles, ou d'instinctuelles cédilles.












