Mardi 31 mars 2009




Le premier jet d’éclair et d’encre avait été ce regard, cette attention à vouloir se projeter dans les pupilles d’une chercheuse d’or, d’une orpailleuse aux ongles abîmés par la besogne en solitaire, cette propension à désirer se noyer en suivant les chants d’une sirène de bon augure.

Puis vinrent les accords de phonèmes tracés, l’équilibre des timbres de voix imagés, les chuchotements coulants et linéaires, les clapotements crayonnés des connivences déjà lues quelque part, comme notoriété inavouée, secrète et irremplaçable.

La fluidité du verbe ou de l'harmonie qui se rédige est inestimable. Sa rareté ne peut se comptabiliser, simplement se laisser déguster, savourer, comme un philtre de magie aux couleurs grenat lumineux et chair ambrée.

La possibilité des instants de silence, de ces moments où la contemplation du fébrilement griffonné devient maîtresse de tous maux l’est également.

Ce matin là, l’aurore indigène était déjà haute et le temps semblait s’être arrêté seulement sur leur incarnation, sur leur esprit, sur leurs écrits, laissant le reste du monde alentour à sa laborieuse tâche de non aventure, ils avaient compris quelque chose, un si peu quelconque trésor qui ne se trouve que dans les gouffres de bien-être que peu atteignent, parce qu’ils ne le veulent pas, parce qu’ils ont peur, parce que l’ailleurs, l’autre, la liberté, leur font terreur.

Lui cherchait sa muse d'inclination. La muse cherchait son lui de penchant.
Le formulait clairement le vœu d’une écriture par La, pour lui, pour que sa vie devienne artiste, pour qu’il deviennent l’artiste de sa vie.

Une histoire, un conte, une chronique à transmettre, peut-être venait de s’amorcer.
Ni le déroulement, ni la fin n’étaient écrits ; et pourtant ils décidèrent de découvrir, de discerner ensemble les mots qui donneraient l’essor, l’extension, l’évolution.

La écrivit. Le lut, savourant les jouissances qui jouaient les intercalaires des billets de La et euphorisaient divers concepts d’élévation de son esprit à «auteur» de ceux qui chevauchent les verbes sauvages.

Le s’assit quelques temps près de La. Les se retrouvèrent tant que possible. Les se promenèrent sur lignes à haute tension, admirant les vibrations, les sonorités assourdies du papier, les profondeurs de verre qui abasourdissent les amants de l’ébriété transcrite.

Et la sensualité en équilibre sur des escaliers de pierre plusieurs fois centenaire, ils furent les témoins de l’émoi, de la pulsion, d’une perdition accordée entre deux rendez-vous de pages noircies de fins tracés entrelacés.
Les rudes murs se souviennent de la couverture lisse de La et entendent encore les doux glas froissés de Le.
La se souvient de la succulence de ses lippes, de la tiédeur de son giron, de l'effluve de son enveloppe, de la douceur de ses paupières mi-closes, de la suave émanation du cuir qui lui faisait exquise armure, du délicieux outrage de ses manuels inventaires dans sa bibliothèque aux envoûtements.

Oui, La s’en souvient, à tel point que les alléluias sont venus lui tirer les pieds et les viscères dans la nuit, parfois de manière douce, parfois de façon violente.

Un jour, il fera jour et les volets seront clos, les lumières du dehors tenteront de les admirer. Elles n’y arriveront pas. Ce jour là n’appartiendra qu’à La, qu’à Le, qu’à Les.


Et alors…

Lorsque les cœurs se décrochent
Arrive l’heure des corps qui s’approchent
Sans anicroche, mais avec l’accroche
Le temps suspend ses croches
Et les chairs alanguies
Sous le bois en voûte porche
Pour que les têtes se hochent
Pour que la sensualité annote en hot… chhhhhhh !
Délit de notes en bosch
Forfait de fuite en HOCH Hoch hoch HOCH !!!

Viens plus près que je te chucho…
Les astres ventrus qui s’entrecho…



http://plaiethore.cowblog.fr/images/EgonSchieleAustrian18901918GirlwithBlackHair1911-copie-1.jpg
"Girl with Black Hair", Egon Schiele 1911


 

Puis, à l’orée d’une aube naissante, La pris la soudaine décision d’abandonner Le.

La venait de sentir que Le n’était pas un libre, libre de ses actions, de ses décisions, de ses créations, même de ses instants qu’il ne faisait que chaparder en douce depuis belle lurette, au point même d’en avorter ses rejetons de semence en donation de consigne précoce.

Et La, elle, savait combien la liberté, aussi difficile à conquérir soit-elle, était bonne à vivre, à écrire et à être lue.

Le était un renonçant de l’alphabet. La était une conquérante du mot.

Le n’oublia pas pourtant de souhaiter une bonne continuation à La. La pris volontiers la continuation et jeta aux immondices le « bonne » ; comment pouvait-il, lui, modique lui, formuler un vœu à La d’une manière de vie qui ne le concernait pas ?

Une muse, après tout, n’est faite que pour se balader parmi les entrelacs des forêts les plus ombragées de l’intuition de la vie, des futaies les plus touffues du lyrisme existentiel.

Elle abhorre le confort, le cotonneux et le suave. Elle préfère le cataclysme et la menace qui guette aux meurtrières recyclées des tourelles qui encerclent les existences trop facilement installées en piles poussives.

La muse ramassa sa plume, ses feuillets, son sac de velours à nœuds-nœuds, empli d’oisiveté, de futile, d’inutile - trio infernal autant que fondamental - et pris la route, affamée de butinage salvateur pour elle, dévastateur pour l’autre.


La pensa de Le :

« Et cette si peu goulue pioche
Qui fouille dans la bidoche
Qui sonne mioche
Qui dit folcoche
Qui vibre le moche »

…


Le alla se faire pendre au gibet de sa misérable existence à la revanche de papier mâché, en points multiples de suspension et de son tourbillon de temps ingérable parce que les finalités pointées dépassent de loin les virgules ; et cela fit presque rire La… Non, La rit à gorge déployée. Pour de vrai, pour de bon.

L’augure venait de répondre clairement à la devinette…

L’histoire était finie avant d’avoir réellement débutée. Le conte ne s’écrirait jamais et surtout aucune chronique ne se transmettrait ; les souvenirs étaient des nés-damnés, carbonisés, déjà enterrés, jetés à coups de longues bottes de vache morte dans une fosse commune puant l’insuffisance fascisée, creusée à mains dégantées par La.

Les venaient de taire les défuntes éphémérides charnelles et c’était très bien ainsi.
Le redevient le, un insignifiant et stupide le. Pour La.

Car Le fut. Le fut le masculin de la muse, mais il l’ignorait. C’était son souhait, l’ignorance.

Les étaient cependant tous deux des invalides de la félicité liée à une trame d’or, deux stupides humains infirmes et dont, ni cœur, ni corps, ne pouvaient leur servir de scandées béquilles, ou d'instinctuelles cédilles.

Plaiethore  





Jeudi 1er novembre 2007

 


Je l'ai regardée comme une terre promise dont on m'avait pourtant formellement interdit d'atteindre les plages de sable semblant le lisse.

Je portais mon masque translucide d'ange sage, alter ego et protecteur de l'amie.

Fardé et grimé comme un prince sans royaume ni servante. Depuis l'aube je m'étais apprêté.

 


Je lui ai dit alors : « Viens ! Dansons ma belle, mon amie ! »

 


Les dunes sont désertes, presque désolées. La nuit est parvenue à son apogée.

La lune est haute, ronde, pleine comme le bel œuf que je suis.

Nul besoin de chandelles carnivores.

Les grillons sont les meilleurs musiciens des aurores qui ne naissent pas.

Jouons aux acrobates de l'inutile !

 

Ses pieds sur les miens, nos pas ont fini par se souder en une statique échappée de la douce arène blonde qui, elle, ne voulait qu'une chose, nous engloutir dans ses béances dérobées et moites.

Ce n'était peut-être pas ce que tu désirais, mais c'est mon envie qui a parlé et mon plaisir qui s'apprêtait à dénouer ses liens.

J'ai laissé couler mon corps contre le sien, tentant d'épouser toutes parcelles, toutes excavations, tous repaires inavoués, tous points de transmission. Je me suis enfui vers cette félicité, cette extase refusée d'accès, prenant presque sauvagement l'ascenseur de mes émotions.


J'ai secoué le ciel en simplement fermant les yeux, joué avec des étoiles qui ne voulaient plus pleurer.


Le corps s'est fait peau de nacre, mât de chêne et voile déchirée, sa taille est devenue radeau médusant.


Sa sueur est devenue mon eau de survie et son souffle mon halètement de gloire à l'approche du quai de l'excès.



 

« L'âme d'un regard gémit dans les mâts verticaux des bateaux », Isabelle SZLACHTA

 


J'ai défait les lacets de cuir limpides derrière mon crâne, j'ai pris son cou à pleines mains, j'ai extirpé sa nuque de dessous les fourrés de fins et luisants tentacules enchevêtrés par la bise marine, pour que ses pieds décollent des miens et que son cœur se cogne violement contre ma gorge, jusqu'à l'essoufflement, jusqu'à l'étouffement, jusqu'à ce que ses canines jaillissent de leur antre aux délices et que ses orbites s'éloignent du réel.


Je l'ai serrée, fort, comme Hercule aurait immobilisé une louve des limons mouvants, pour entendre enfin le craquement de ses fortifications, de ses fondations dont les bâtisseurs bannisseurs, au lait maternisé et à la testostérone colérique avaient enterré leur triomphe trompeur.

 

Elle a plié sa faible force, abandonné sa chétive frayeur, offert son expiration ultime et s'est laissée couler sur le lit de plage.

Pas un cri. Elle me donnait son acceptation.


Enfin.


Mes doigts ont mordus ses bras, puis ses jambes, puis son ventre, puis ses yeux de rivière trouble.

Je l'ai recroquevillée, puis découverte à mes rires de verre brisé, offerte en pâture à mon ciel aux lueurs délavées.

J'ai entendu le bruissement de sa vie qui prenait déroute de son corps, pour venir se lover dans le mien, dans ma mémoire extravagante, dans mon amour désespérant, mais désincarcéré.


Enfin.


Je lui ai indiqué la dernière image à regarder sur son monde, puis, celle qu'elle allait pour toujours admirer. Son royaume. Le mien. Je venais de me proclamer Roi.


Je pouvais maintenant jeter mon masque a(f)fable dans les eaux devenues d'ébène.

Je pouvais boire à présent cette fiole de magie, jusqu'à plus soif, seul, en sa compagnie.

 


Les grillons ont arrêté leur chant…

 


C'est la lune. C'était la faute à la lune.

Elle aime à jouer à leur faire peur en portant le masque angélique, que j'ai laissé choir le temps de son abîme en moi ; la facétieuse boule, les timorés interprètes.


Que pouvaient-ils bien craindre de moi ?

 

Bientôt, à quelques tempos d'existence, nous ne serons plus là.

                                                                                                                                  Plaiethore

 

(Ce fut ma participation aux Mille Mots Dits,dont la grande initiateuse est Nina Louve)

 

Dimanche 19 août 2007




C'est peut-être cette citation de Jean Cocteau que je devrais me faire tatouer sur l'épaule en septembre, mais l'un de ses dessins, imprimé, rangé dans un tiroir, prêt à être soumis, me conviendra sûrement mieux.

En tous les cas, ces neuf mots, je me les accroche en bandoulière aujourd'hui, comme prétexte en préambule à la reprise d'une chaîne cassée, rompue, presque merdue puis repêchue parmi des souris au pelage bleu.

A l'instant exact où j'écris CE mot, je ne sais absolument pas si le compte de 7 sera respecté (entre nous, cela m'étonnerait beaucoup) ; je sais seulement que parce que je ne sais pas, les chiffres précédant chacune des vraies/fausses vérités seront totalement aléatoires et/ou dépendants de ma seule volonté.


C'est parti !

66. Dame Nature m'a doté d'un appareil génital féminin complet et fonctionnel. Du clitoris jusqu'aux trompes de Fallope, je possède une extraordinaire ingénierie sexuelle et procréatrice qui s'harmonise parfaitement avec le « e » de la fin.
MAIS.
Mais, je possède également des couilles et un pénis - paquet cadeau de naissance également - que j'ouvre à intervalles assez réguliers et dont les bijoux non familiaux sont aussi régulièrement utilisés à des fins diverses et variées.

9. Non, je ne suis ni hermaphrodite, ni homosexuel. J'aime mon sexe (a)opposé et ce, profondément.

Chapitre 1000, verset nul. Sofian, je t'encule. Nathalie, de même pour toi, et par la même occasion Stephen le mystérieux qui ne l'est pas dutoutdutoutdutout, qui se triture le zizi en reluquant des photos d'adolescentes en bottes.

Saint glinglin 1er. Je ne suis pas gentil. Je ne suis pas serviable. Je n'aime pas tendre la main et aider ceux et celles que l'on me jette dans les pieds, en m'espérant être un crachoir d'un boudoir de psychanalyste. Je n'aime que choisir et décider par moi-même.
Sans faire campagne, jamais, j'élie et ouvre les suffrages, seul, et vise en premier lieu mon intérêt.

Chapitre intemporel, sans numéro. La première fois que j'ai dit « je t'aime », c'était à mon meilleur ami, rencontré à l'âge de mes 14 ans. Il me l'a rendu et me le rend toujours au centuple.
D'ailleurs, ces trois mots, je les ai appris tout seul, comme un grand que je refuse d'aboutir, et pour ne jamais les avoir entendus durant mon enfance, je sais mieux que quiconque leur valeur et ne connais pas l'avarice de leur retenue.
Par contre, je sais parfaitement quand je peux les dire, la haute pesée de ces mots se faisant naturellement chez moi.

Chapitre perpétuel, le chiffre de l'infini n'existe pas. Je suis capable de mourir pour mes chairs. Donner la vie et donner sa vie vont de paire.

03. Je n'ai pas l'âge mental conventionnel de mes artères. D'ailleurs, j'ai oublié volontairement ma date de naissance. Je ne sais plus, parce que je le veux et vaux bien, ni quand, ni où, ni pourquoi je suis né. Fini les bougies excentriques et les gâteaux dégoulinant de bons sentiments qui trouvent là le bon prétexte à dégueuler la bile amère de la malsaine famille et de la fausse amitié.

20. Je fais parfois pleurer ma mère, souvent en ce moment. Mais je grandis en perpétuité, vous comprenez… et lorsque le cordon ombilical est tranché à coups de dents répétés, ne croyez plus que « cela n'est pas douloureux du tout je vous assure » ; on vous ment !
Papa, Maman, je vous aime et j'aime mes amis beaucoup plus que vous, parait-il.

2. Deux beaux personnages du site qui nous héberge me connaissent en âme, en chair et en nos. J'ai le bel espoir de rencontrer bientôt une autre personne (hors cow-pampa cette fois), qui a l'art et la manière de scribouiller directement sur la matière qui me sert de cerveau et d'usine à émotion non connement assistée.


XIII. En parlant de site, j'en profite pour vomir sur tous ceux qui, intentionnellement ou non (je sais parfaitement que certains ne pourront même pas se l'auto-explicationner), ferment, cloisonnent, bâillonnent, excisent, scalpent, calottent leur espace de commentaires, pour le réserver aux seuls membres.
Oui, je vous le gerbe haut et fort, je vous considère (et c'est déjà trop) comme les pires censeurs qui puissent exister, comme phobiques de l'ailleurs, comme moutons communautaristes, comme illusionnés de la soi-disant appartenance à une grande famille, comme racistes apeurés de l'autre ou de l'anonyme, comme guanos fébriles et tremblotants au moindre vent différent du votre.
Allez vous laver à présent, hier soir je me suis goinfré et je ne vous poserai jamais la question de savoir s'il vous arrive de réfléchir correctement de temps en temps. Vous ne m'intéressez plus.

V. À la naissance de ce blog, je ne savais pas pourquoi je le créais. Je le sais à présent, mais ne vous dirai pas le ainsi, ni le en conséquence. Trop personnel ces choses là (Ah ah ah !!! de circonstance) !

XXXII. Je n'aime pas les féministes. Leur religion est extrémiste.
Je suis pourtant dans le premier rang pour défendre la femme opprimée, celle qui souhaite par dessus tout sa liberté, au prix parfois du déni de sa richesse de l'antan.

1502. Les femmes ivres, de la putain à la mère de famille, exercent un pouvoir d'attraction instinctive sur moi, un don à m'émouvoir sans raison préconçue, à me positionner sur la bande d'écoute autarcique. Certaines femmes sont sublimées par l'ivresse, parce qu'elles n'ouvrent les grandes profondeurs de leurs épluchures pulmonaires à un parfait inconnu, que lors de ces instants chavirés, et ce avec une poésie du fou quotidien qui ne se montre que lorsque leurs pupilles sont dilatées par le désespoir et le questionnement éthylique, celui qui abat l'éthique et le synthétique.
Lorsque la connexion s'établit entre ces femmes et moi (pas si souvent, je vous rassure), le monde alentour disparait. Puissant. C'est très puissant. Belles, fortes, et cassantes. Elles sont tout cela à mes yeux, touchées alors par la grâce, la vraie, pas celle construite dans les cieux du dédain.

0. Je suis une personne rancunière. Je n'oublie rien du mal et ma mémoire est éléphantesque aux longues pattes. Lorsque je prends un coup, je le rends, en le multipliant tant qu'à faire. Je suis alors capable de pister, de guetter, d'attendre le temps qu'il faut, mais lorsque je choppe un mollet ennemi, il faut me fendre le nez à batte raccourcie pour que je lâche - peut-être - prise.
Que l'on me jette des pierres, cela ne me fera que courir plus vite.
Que l'on m'appelle plaie, pitt ou boule. Je prends tout.

VIII. L'intolérance chez moi peut débuter dés le premier regard ou la première reniflure.
Rien à faire par la suite pour tenter de rattraper l'irrattrapable.
Qu'il s'agisse d'un enfant (innocent mon cul !) ou d'un vieillard aux yeux embués d'existence en accord tacite, je suis capable de ne concéder aucun quartier de latitude.
Si ma bulle vitale vient à être percée, je peux devenir blessant, voire dangereux et péter sur le trop rapproché en décollant ou dirigeant discrètement mes fesses.

2006. En parlant de fesses, ce sont réellement les miennes qui figurent sur la toile en illustration.
Je remercie vivement la personne (sur qui j'ai tout de même gueulé sérieusement pour le délit de non centrage) qui s'est prêtée au jeu, me peinturlurant le fessier et m'appliquant la toile, en ayant pour vision mon cul en version dorée inclinée. Ce fut un grand moment.

12h01. Je ne sais pas me disputer sans crier et, en colère, je deviens instantanément d'une grossièreté affligeante pour mon entourage. Mes mots préférés dans ces circonstances sont : enculé enculé enculé, ta race maudite qui pue la mort, saloperie de merde, ras les couilles, plein le cul et mon très imagé « fait chier la bite ».
Enfin… concernant cette dernière expression, je l'utilise plutôt à tous vents.

Chapitre 98, verset 45, par Saint-Plaiethore. Je ne joue qu'avec les grands.

1986. J'assume toujours mes conneries et si l'on choisit de m'éjecter hors du terrain, je le ferais la tête haute.

2007. Il faudrait peut-être que j‘arrête ma liste ici. Je pourrais continuer durant des heures, et cela est une des utilités de ce blog.

2008. Je n'aime pas m'arrêter.

2009. Je vous demande donc de ne pas oublier ceci : mes vérités sont miennes et vous ne comprendrez peut-être pas mes mensonges exhibés ou romancés, ni la véracité - toujours - de ce qui transpire dans mes écrits. Je mens comme je respire et je respire comme signature de l'authenticité. Je me suis donné en pâture. A vous de faire le tri, si vous le désirez. A vous de vous poser les BONNES questions ou bien de les enterrer dans le sable de la toile virtuelle.
Moi, j'ai la chance de posséder un certain talent pour le mélange, le fouettage de mixture aigre-douce. La sauce au cambouis sucré est devenue une de mes spécialités culi-épistolaires.

Ne me demandez jamais de faire du triage à votre place, vous accuseriez alors un refus qui ne cuit dans aucun brouillon.

                                                     Bien à vous, peut-être pas pour toujours. Plaiethore.



Vendredi 9 février 2007



- Vous allez  rester ici ?


- Je ne sais pas. Au printemps, les touristes vont affluer ; la bienveillance des hommes et des femmes faiblira à proportion du doute que j'aurai fait lever en chacun d'eux - convenons qu'il y a de quoi - et ils ne souhaiteront pas me garder, surtout s'ils découvrent la supercherie d'ici là.
J'aimerais peut-être mieux partir avant.

- Et pour aller où ?

- Peu importe. J'aime traîner d'une gare à l'autre. Ne rien demander, jamais, surtout, parler seulement selon mon envie.
Inventer des situations, des nécessités, des fins. Raconter le vrai, l'inutile, le début. Et tout mélanger. Pour le plaisir.
Par exemple, me lancer à la recherche de quelqu'un d'imaginaire, ou mieux, tenez, annoncer à qui veut l'entendre que je suis sur la piste de Monsieur Tintouin du Bosquet - c'est moi - et demander partout si quelqu'un l'a aperçu.
Vous verrez qu'il se trouverait des gens "très au courant de" pour l'affirmer.
Les gens adorent les histoires, surtout s'ils peuvent y jouer un rôle. Cela les conforte dans leur idée saugrenue que leur existence vaut quelque chose.
Le rôle choisi serait celui du limier de préférence... Le fonctionnel, l'utile avant tout.
D'ailleurs, amusez-vous un jour à chercher le mot "limier" dans le dictionnaire. Vous le trouverez coincé entre limicol : vivant sur la vase des fonds de mer, de lacs et liminaire : placé en tête, qui vient de seuil, tandis que "fuyard", le dernier des derniers F, débouche tout seul comme un con sur un grand espace blanc, juste avant le G des galères et des geôles.

 
"Préparatifs d'oiseaux", Joan Miro

- Vous manque-t-il quelque chose ?

- Sûrement cet indéfinissable qui ne manque pas à tout le monde, car beaucoup refusent d'admettre l'espace vide ou bien s'en accomodent très bien.

- Et en ce moment précis, vous sentez-vous bien ?

- Très.

- Alors, il faudrait en profiter.

- Profiter ? Et le profit, dans mon cas, se manifesterait comment ? Aveu, repentir, restitution des fonds, rentrée au bercail ?

- Non, au contraire, changer de cap, radicalement.

- Changer, c'est déjà choisir. Je ne vois rien. Je ne sens rien. Choisir en fonction de quoi ?

- De ce qui, en vous, est encore susceptible de s'acclimater, disons... partiellement à un mode de vie.

- Passé l'âge ! Ce sac d'angoisse qui vous empêche toujours de décoller, je ne l'ai jamais traîné de toute ma vie ; je l'ai posé dans le coin d'une cour et je n'ai jamais espéré que quelqu'un viendrait le ramasser à ma place. Même si quelqu'un venait, je ne l'appelerai jamais à l'aide.

- Se taire, c'est se cacher.

- Les enfants fatigués, on les porte.

- Sauf s'ils taisent leur fatigue !

- Je ne serai donc jamais fatigué et je me porterai tout seul.

- ...

- Je vous ai troublé ?

- Oui.

- C'était le but recherché. Je vous laisse à présent réfléchir au pourquoi de ce trouble. Je sais faire la part des choses, trancher dans le faux et montrer le réel, vous non. Moi je cours et vous, vous ne savez que fuir.
                                                                                                       Plaiethore


Jeudi 7 décembre 2006

Elle a toujours eu le sommeil qui aime s'étirer vers le milieu du jour. Une façon à elle de faire la nique à ce poseur ventru qui se pavane outrageusement dans le ciel. Comment peut-il oser rivaliser avec elle ?

Je m'approche lentement et pour une fois, le temps se fait amical. Je le prends ce judas, je le tord, pour l'admirer, elle.

Elle est tout simplement divine, comme toujours, comme toujours.

Il fait froid ici.

C'est curieux. Elle a modifié la façon de se maquiller. Les fards me paraissent plus épais, plus posés, plus colorés. Une envie de changement, sans doute.

Ses lèvres… tracés célestes.

Je pose délicatement ma main sur la sienne, espérant la voir se réveiller.

Il fait froid ici. Putain de froid !

Elle n'aime pas avoir froid. Non, elle a horreur de ça. J'irai me plaindre à la face cirée de félon. Je le cognerai fort s'il le faut. Oui, je ferai ça.

Belle… Belle au bois… Frigorifiant…

Puis, voilà qu'une sourde oppression arrive ainsi que la douloureuse sensation qui me souffle fielleusement dans la nuque mon enfermement, celui qui s'époumone dans un cercle enchanté dont je ne peux plus m'échapper.

Conte. Vortex. Vortex. Conte…

Va pour le conte, puisqu'il faut en passer par là !

Belle… Belle au Bois… Dormant.

Faites retentir les trompettes d'or ! Faites chanter les cuisines ! Que les femmes soient gracieuses et les hommes en habit noir ! Le prince fou vient sauver sa belle d'un baiser d'amour !

Je caresse ses cheveux et me penche sur sa bouche pour l'embrasser. Je ne fais que l'effleurer. Je veux faire tout comme il faut. Je suis un prince après tout.

Je me redresse, fier de moi. J'attends. Si tout se déroule comme écrit, elle devrait ouvrir lentement ses yeux et soupirer une fine extase…

Je m'en fiche. J'ai tordu le cou du temps et c'est moi qui le possède maintenant.

Et voilà que je m'offusque de nouveau ; le rouge à lèvres de ma belle file à la tendre commissure. Je tire sur ma manche et essuie les fins contours ourlés. J'ai du trop appuyer, car apparaissent de diaphanes marbrures, se détachant d'une couleur de peau indéfinissable, car inconnue.

Belle au bois… Belle… Au bois grisant…


« Kristin and doubs Â» (en négatif), Joyce Tenneson

Et je me souviens. Il y a trois jours de cela, lorsqu'elle s'est éloignée afin de rejoindre son château, elle avait ce petit air résigné d'enfant trop sage, qui quitte la douceur du coton pour se jeter dans la gueule enflammée d'un dragon de nuit…

Mais oui ! Suis-je donc bien stupide pour ne pas y avoir penser plus tôt. Où est donc ce satané dragon, celui qui devait me barrer la route, celui avec qui je devais me battre avant d'atteindre la chambre de la plus haute tour du palais endormi ?

Où se cache donc ce cracheur de boyaux en fusion ? Comment pourrais-je la réveiller ma princesse si je ne fends pas le crâne du monstre gardien de ma douleur ?

Et je hurle. Je hurle. J'invective la saloperie de chimère qui fume. Je lui crie de se montrer, d'oser venir combattre le souffrant mais puissant guerrier que je suis. Le conte ne m'aura pas, tant que je le suis à la lettre. Oui, c'est certain.

Belle… Au bois… Hurlant…

Montre-toi saloperie de serpent à sornettes !

La porte s'ouvre.

C'est cette fouine à la face cirée, les yeux glaireux exorbités, la laideur apeurée, qui me demande si tout va bien.

Sors de là laideron ! Comment oses-tu présenter ton obscène personne ! Il n'y a pas de gnome dans mon conte ! Sors, avant que je ne broie tes os !

La porte se referme.

J'écoute le silence. J'écoute le charme. Non, il n'est pas rompu, et elle dort toujours.

J'entends les battements de mon cœur. Je sens les mouvements accélérés de ce fluide dans mon ventre qui me tient vaillant. Les vibrations qui grondent…

C'est donc là qu'il se cache le monstre de mon histoire, à l'intérieur de moi, agrippé à mes organes comme un alien suceur de vie.

J'ai compris. La bataille ne se livrera pas ici. Le conteur est un joueur et a réécrit notre fin. Soit ! Jouons.

Belle au bois… Au bois… Gisant…

Je m'approche encore d'elle, l'embrasse de nouveau et lui dit que je pars, que c'est là-bas qu'elle se réveillera. Pas ici. Non, pas ici. Elle ne m'appelle pas et je ne me retourne pas.

J'ouvre violement la porte et bouscule l'idiot qui décore si mal les lieux. Lui aussi, c'est probablement une farce de l'écrivain. Il faudra que je lui dise combien je ne l'ai pas trouvée drôle.

Et l'air dehors qui ne fouette même pas mon visage. Décidément.

J'ai vu en contrebas de la route, en venant en ces lieux, pas très loin, non pas très loin, un petit pont de pierres qui enjambe une rivière verte, et qui bloque entre ces pilons d'éléphant un gros amas de troncs et de branchages noircis par le froid, érigés comme des pieux géants vers le ciel. Des pieux. Voilà les armes parfaites qui viendront à bout de ce dragon vicelard.

Il suffira que je me poste sur le pont, que je m'élève sur le muret et que je précipite le monstre sur les pieux. Il suffira.

Salops, vous qui restez là, je ne vous aurais même pas dit adieu.

Je n'attendrai pas de signal. Le vortex sans terminus ne siffle jamais son arrivée.

Belle… Au bois… Au bois tuant…

                                                                                                                     Plaiethore


Mardi 5 décembre 2006

On m'avait dit : «Il faut absolument que tu viennes la voir ; elle est belle, si belle. Son départ est proche. Tu dois lui dire au revoir. Si elle avait eut le temps de le formuler, elle aurait sûrement fait le vÅ“u ta visite… Viens avec nous. Nous resterons près de toi».


Belle… Départ… Au revoir… Belle… Belle à quoi ?…


Trois jours à faire semblant de vivre, seulement pour moi. Trois jours à tenter d'oublier les autres, leurs appels incessants, leurs paroles doucereuses et stériles, leur bienveillance écoeurante, leur puante inquiétude. Trois jours à mêler les minutes et les heures pour ne former qu'un immonde magma noirâtre d'existence.


Belle… Belle au bois… Suant...


« Emmenez-moi ! Â», leurs ai-je hurlé dans les oreilles… « Je veux la voir, maintenant. Il ne faut pas qu'il soit trop tard Â».


Ils sont venus. Je n'ai même pas attendu. J'aurais pourtant voulu.


J'ai remué ma folle carcasse, je ne sais trop comment.


Je m'étais réveillé le matin comme fondu dans le désir lancinant de sa présence.


Comme un fluide dense. Oui. Je l'avais bien senti. Comme une vibration venue des tréfonds de mon ventre, me poussant inexorablement à la mouvance. Viscérale. Puissante. Sans concession. Sans peur.


Pourquoi d'ailleurs pensaient-ils que j'avais peur ? Peur de qui, de quoi, d'elle ? Les cons. Les ignobles cons sans largesse.


Belle au bois… Au bois souffrant…


Ils m'ont emmené. J'ai fermé les yeux tout le long du voyage. J'ai fermé ma bouche aussi. J'ai bien tenté de boucler toutes issues, mais je n'ai pas réussi. Je suis arrivé à bon port, sain et sauf, sauf le sain.


Les salops. S'ils savaient combien je les déteste, combien j'aimerais les voir disparaître, aspirés à l'intérieur d'un vortex sans terminus. Mais non. Ils m'ont embarqué.



« Sleeping beauty Â» (en négatif), Joyce Tenneson


Avant le vrai silence, j'ai exigé le leur. J'ai exigé qu'ils lâchent mes épaules, qu'ils baissent les yeux devant moi, qu'ils m'abandonnent là. Seul. Je veux être seul. Je ne veux plus les voir, ni les sentir. Ce qu'ils peuvent empuantir mon raisonnement. Ils n'ont pas le droit d'être là, eux. Qu'ils cessent donc de respirer s'ils le peuvent. Je ne veux voir qu'elle. Les traîtres.


Belle… Belle au bois… Brûlant…


J'ai du encore crier. Plus fort. Ils ne comprenaient pas les abrutis. J'ai du mettre mes yeux roulants de fou, les assortir aux convulsions de mes membres. La conviction par la terreur… je les ai finalement convaincus. Ils n'ont pas compris, mais ils sont partis. J'ai craché sur les traces de pneus, j'ai inhalé avec férocité les échappées poussiéreuses et j'ai commencé à sourire.


J'arrache maintenant au passé le présent qui se déroule en petits jets, en légères pulsations.


Silence.


Je suis entré.


Silence.


Il fait trop chaud ici.


On me parle. Une face cirée de félon… Il est laid. Je réponds. On se tait, enfin, et on ouvre une porte.

Belle… Belle au bois… Grinçant…


Elle dort encore.


.../...


Mercredi 16 août 2006

 

 

J'étais las en cette fin de jour. Je rentrai dans ma chambre pour m'étendre dans l'obscurité. Devant moi, le cap allumait et éteignait ses lumières, semblant un titanesque hippopotame clignant de l'œil, étalé sur la mer.

Soudain, le silence écouté fut déchiré.

Une mélodie bouleversante répandit ses notes sur la nuit, sanglotant les points d'orgue, retenant ses accords pour éclater tel un essai pyrotechnique fébrile et sensuel, puis retomber comme une âme qui a saisi et perdu son amour. La perception qui en naissait coupait le souffle et vous laissait anesthésié.

Elle composait… Son piano entamait un divin dialogue avec la nuit.

J'étais si bouleversé que, traversant le patio, je fus d'un bond dans le salon et, le visage inondé de colchiques, je la pris dans mes bras, j'embrassai ses mains, l'entraînai dans ma chambre.

Elle joua encore, tard dans les ténèbres lumineuses. Le rythme sonore de ses songes se termina sur nos corps.

Au petit matin, les notes d'ébriété résonnaient encore dans mon crâne, tel un caisson musical, confectionné dans l'unique but de faire fracasser les sons contre ses parois.

Mais cette aurore là, la boîte à musique s'était enrichie d'une multitude de sensations, ou plus précisément de sens, hautement humains.

Le parfum poudré de son cou imprégnait mes paumes ; la blancheur plissée du drap imprimait la transparence de ses parcelles de peau, celles, tendres soyeuses, qui nous offrent le don extralucide de la découverte tactile ; l'air qui emplissait le lieu avait le goût sucré que je happai de sa bouche à chacun de ses souffles ; le miroir conservait jalousement, illicitement, les reflets diaphanes de ses passages.

L'absence ce matin là, son absence, s'était transformée en présence.

Incarnation éthérée.

La maison toute entière s'était muée en galerie des émotions, en musée d'elle, conservant, tel un mausolée du vivant, telle une bibliothèque monacale, tous les mémoires les plus rares de son existence.

Le terme « manque », aussi cruel qu'il puisse être perçu - en premier lieu par moi-même - est devenu obsolète, puisque comblé de ponctualités sensorielles et intemporelles.

Je débaptise cet état de carence, je le décapite.

° Mortification clignotante, meublée et béate ° serait plus approprié…

En fait, il me faudrait inventer à proprement parler LE terme adéquat. Incontestable.

Par moi. Pour moi.

Je cherche… le mot qui comblerait à merveille la privation intermittente.

Il me sautera peut-être à l'âme dés son retour de chair.

 

« Reclining drapery impression », Karen Lamonte

 

 

 

Et je veux bien, à l'instant présent, revêtir le lourd manteau d'un souverain anachorète.   Plaiethore

 

 

 

Mercredi 24 mai 2006

 


 


Avant que sa tête n'éclate sous le jet d'une ultime pierre, elle a sourit, laissant échapper des commissures de ses lèvres un fin filet sanguinolent, plus écarlate encore que le flux qui recouvrait entièrement son visage et qui ruisselait le long de ses cheveux et le long de son cou à demi enseveli.


Ses cheveux… Ce cou… Cette peau…


 


      -         Crève sorcière !


-         Putain, retourne en enfer !


-         C'est le diable qui va te baiser maintenant !


 


Elle souriait, car elle pensait à celle qui fut elle.


Elle entendait son rire qui déchirait l'obscurité. Elle sentait les mains rugueuses sur sa peau trop douce. Elle revoyait les grimaces des femmes jeunes, vieilles, voilées, et les sourires des hommes, jeunes, vieux, fous.


Le vent venait lui souffler les mots, crachés, envieux, haineux, amoureux, souillés, purs.


Plus elle se pensait impie et écartée, plus elle croyait en elle et s'écartelait.


Elle riait dans son âme en donnant son sexe au mort vivant.


Comme elle se sentait grande sous les regards, les uns courroucés, les autres offusqués, ceux baissés, certains presque implorants.


Comme elle aimait tracer des sillons de parfum entêtant et de soufre dans l'atmosphère saturée des prudes et des pieux.


 


En dehors de la foule lapidaire et inquisitrice, un homme laissa ses larmes laver sa face de pêcheur en ignorant les larmes des autres lâches, son frère peut-être, son père, son fils et ses amis…


 



Obsolete 19, Jason Felix


Son corps était un temple et elle en était la prêtresse insoumise, la vestale impure, la déesse des caniveaux. L'offense était une icône, l'idole de l'autre avait brûlé et le plaisir était pour elle devenu profession de foi.


Elle n'avait qu'à choisir ses pêcheurs, seulement à cueillir au passage les offrandes et rassembler en sa mémoire les sueurs, les râles et les souffles de jouissance qui la rendaient vivante et créatrice de vie extrême.


Elle n'avait qu'à ouvrir l'entrée de ses cuisses pour faire triompher les enchaînés de Dieu. Un Dieu si peu fier de lui qu'il n'ose montrer son image.


Elle éructait en saccades la moelle des hommes faibles. En elle, ils devenaient conquérants et elle, devenait divine.


 


L'homme en pleurant se voyait déjà au lendemain, au petit matin. Le corps sans veto serait encore là. Il lui faudrait prendre exemple, ramasser les pierres pour les jeter sur la tête des chiens faméliques. Il couperait alors une mèche de la crinière brune et soyeuse, irait la purifier à l'eau de la rivière et la cacherait sur son sein.


 


Elle rêvait. La pression de la terre sableuse autour de son corps lui fit même songer l'espace d'une seconde à l'étreinte de l'homme.


Elle décida alors de faire l'amour à sa mort.


Odeur, caresses, rythme. Rythme, pression, profond. Profond, vagues, intense. Rythme.


Ses yeux se révulsèrent lorsque les ondes de basse traversèrent son ventre.


 


La morve encore en bouche, l'homme s'en alla retrouver femme, foyer et espoir de salut.


 


Quant à moi, une bande de joyeux lurons me pressent de les rejoindre. La nuit nous fait promesse de bonne rigolade…


 


Plaiethore


 


 


 

Dimanche 23 avril 2006



Ministère de l'Articulture, en collaboration avec le Bureau  pour la Préservation de la Santé Mentale :


Dossier « virus du talent Â» / dernière dépêche


Suivant les dernières informations émanant du Ministère de l'Articulture, le talent ne serait pas contagieux.



Après la connerie humaine, le sida, la vache folle, la grippe aviaire, …, un vent de panique a saisi il y a de cela quelques mois la population mondiale.  


« Le talent pourrait être d'origine virale et extrêmement contagieux Â», « le virus du talent pourrait franchir les frontières et se répandre à vitesse grand V Â», Â« une étonnante et diabolique pandémie est à craindre Â», « le talent serait sexuellement transmissible Â», « les postillons avinés véhiculent sournoisement le virus du talent Â», « les simples contacts tactiles, sonores ou visuels sont suffisants à la transmission du talent Â», « le virus du talent serait en mutation constante Â», « le talent est incontrôlable donc inaliénable Â»â€¦


Voilà quelques effrayantes successions de mots que n'ont eu de cesse de nous matraquer les journaux télévisés et la presse écrite. Voici les sombres rumeurs qui parcourent encore aujourd'hui l'échine voûtée de l'humanité, atteignant toutes couches sociales, culturelles, religieuses et intellectuelles.


Face au spectre de cet éventuel fléau destructeur, face aux nombreux arrêts de travail préventifs constatés, face aux consultations médicales répétitives et coûteuses, face tout simplement à la folie hypocondriaque et à la paranoïa médiatique grandissante, notre dévoué Ministre de l'Articulture Jean-René de Biceps a lancé un protocole d'investigations scientifiques de très grande envergure.


Pour résumer, des vivariums artistiques et culturels ont été implantés dans les enceintes du Bureau pour la Préservation de la Santé Mentale, rue du Flouz, Paris 27ème.


Atelier de peintre, grenier d'écrivain, boudoir de penseuse, salle de bains de cantatrice, balcon de rock star, scène de théâtre et d'opéra, salle de spectacles, piste de danse de discothèque, salle de conférence de Matignon, bloc opératoire, chaire de faculté, bureau en foutoir de chroniqueur de presse, salle de tribunal, banque, piscine sous sunlight de caméras, bac à sable avec son piano, alcôve rouge à tentures de velour, etcetera, etcetera…



Untitled, Ralph Eugène Meatyard


Les plus piètres noms de notre pays (*), ceux-là même dont le talent dans leur discipline est reconnu partout et par tous, ont été, au nom du salut précaire de notre patrie, placés non volontairement dans les vivariums protocolaires, pour une durée expérimentale de 3 mois.


Chacun d'entre eux s'est vu attribué un compagnon cobaye. Pour chaque personnalité talentueuse, un humain commun a été prélevé au sein de la population. Les critères précis de sélection du panel cobaye n'ont pas été véritablement révélés.


Nous savons seulement que certains cobayes ont été et sont toujours, fort heureusement : un buraliste (ne nous demandez pas pourquoi, nous ne sommes pas en mesure de vous répondre), une comédienne, un avocat de campagne, un fonctionnaire de police, un prêtre, un vieux ministre, un administrateur, un auteur de polars, un jeune chanteur-danseur-équilibriste, une mère de famille anorexique/boulimique (pourquoi ? idem buraliste), un enfant non prodige, un employé des Postes, un joueur de pétanque, un chirurgien esthétique, un scénariste nouvelle vague, une starlette de festival, un râleur télévisuel, Anne-Sophie, etcetera, etcetera…


Pour en finir avec ce résumé qui est finalement bien long, les 3 mois de cohabitation en vivariums expérimentaux écoulés, des tests extrêmement pointus d'aptitude au talent ont été effectués par chacun des cobayes.


« Tous les résultats, sans exception aucune, se sont révélés négatifs et seront publiés en intégralité courant de cette semaine. Le talent n'est donc pas contagieux. Je répète, aucun talent n'a été décelé au sein de la population cobaye ; le talent n'est pas contagieux. Françaises, Français, vous pouvez dormir de nouveau en paix Â» a déclaré le Ministre de l'Articulture Jean-René de Biceps, ce matin même.


Allons ! Dormons paisiblement, copulons gaiement et reprenons notre travail.


J. Plaiethore


(*) Selon des sources peu crédibles, les personnalités de talent n'auraient pas recouvré la liberté et seraient toujours détenues entre les mannes du Bureau pour la Préservation de la Santé Mentale.



Jeudi 30 mars 2006

 


 


Ce matin dés l'aube, à l'heure où blanchit la crasse urbaine, j'ai voulu rendre un dernier hommage à Madame Chixx.


Je me suis donc rendu au cimetière pour la visite de sa dernière demeure.


Madame Chixx, fidèle encore aux délicatesses et aux fins effluves de son vivant, m'indiqua facilement le chemin.


Sa tombe était jonchée de fleurs fanées et les vases les recueillant, contenaient l'eau croupie qui me fit penser à un jus mortuaire.


Le ciel était très bas, les brumes matinales encore épaisses, les lieux désertés par les hommes et les rats, nombres de stèles à  l'abandon, et ça et là des restes de pique-niques dominicaux.


Une ambiance des plus oppressantes, à l'instar de celle de ma cage d'escaliers (les rats en plus cependant).


Sacrée bonne femme. Toujours égale à elle-même et si soucieuse du style horrifique et angoissant qui caractérisait son regretté charisme.


J'ai d'abord lu sagement les messages des rubans de couronnes. Et j'ai du combattre un début de rictus qui commençait à torturer mes zygomatiques.


Je contemplais ensuite longuement les photographies sous cadres de plexiglas fixés par des vis à même la stèle (étrange…).


 



"Bethleem, Pennsylvania", Walker Evans


 


Ici, Madame Chixx, au moins une vingtaine d'années auparavant, là Moufle, son défunt chien et ambigu ami.


Le rictus devenait insupportable. Je me sentais faillir et défaillant. Je ne pourrai plus tenir bien longtemps.


Je tournais alors le dos à mon ancienne voisine de palier.


Je levais les yeux au firmament. Un rayon de soleil tentait de faire déchirure dans cette toile moite.


J'ôtais mon béret, que je porte seulement en l'honneur de certaines personnages.


Puis, sans savoir pourquoi, je compris qu'un de mes lacets de chaussures avait déliré en chemin.


Courroucé, je m'accroupis alors, afin de sermonner comme il se doit l'attache facétieuse.


Et là, un sourire béat vint violemment anéantir cette saleté de rictus et je pus enfin me délivrer et…


péter bruyamment sur la stèle.


Bien sûr, on pourrait me reprocher cette discrétion sournoisement mise en scène, puisque le cimetière était désert. Oui, mais je respecte les morts et leur silence moi ! Ensuite, parce que je suis espionné actuellement, la police scientifique ayant investie la cave de mon immeuble.


Bref.


Je me levais et sans me retourner, je pris le chemin de la ville.


Le sourire ne m'a toujours pas quitté à cette heure.


 


 

P.S.   Oui, je sais, je suis un fier et ignoble crétin, mais je tiens à préciser que l'on m'a plus ou moins obligé à commettre cet acte barbare. Mais je promets de tenter de relever le niveau à la prochaine écriture… quoique, j'ai tout de même trouvé que l'essence expulsée était d'un excellent niveau.

 


 


 

Mardi 21 mars 2006

 


J'ai la non douloureuse tâche de vous annoncer la mort accidentelle de Madame Chixx, survenue dans la matinée du 20 mars 2006. L'immonde créature a été retrouvée noyée dans le puits se trouvant dans la cave de son immeuble. Les enquêteurs pensent que Madame Chixx a tenté de venir en aide à son chien Moufle, dont le corps a également été retrouvé au fond du puits.


Et bien sûr la question vous brûle les lèvres.


 Ai-je été inquiété ?


Les enquêteurs n'ont pas manqué de m'interroger. J'ai un alibi. Cette matinée là, je me trouvais tout simplement en compagnie de Monsieur Chixx, aux abords d'un étang, pour une partie de pêche. Nombre de pêcheurs, amis et confidents de Monsieur Chixx, ont pu confirmer nos emplois du temps respectifs.


Et oui, Monsieur Chixx parle. Révélation m'a été donnée très récemment lors d'une rencontre dans notre cage d'escaliers…


Paix aux âmes qui ont côtoyé la créature et à celles qui ne la côtoieront jamais. Une pensée émue pour Moufle.

Vendredi 17 mars 2006

 


 


°°°


° Recherche tueur ou tueuse à gage pour éliminer Madame Chixx °


 


°°°


Et je vous imagine derrière vos toiles, bien tranquilles, paisibles, à vous demander qui est-elle ? Que veut-elle ? Pourquoi elle ?...


 


Oui, vous, vous êtes bien au calme, chez vous et à mille lieux de savoir l'enfer que je vis tous les jours à cause de ce monstre.


Madame Chixx est ma voisine de palier.


Elle est d'une laideur repoussante, sans nom. En fait la non forme de son demi-siècle d'existence caractérise ses formes. Un peu, beaucoup, comme une plantureuse gelée anglaise, le fluo qu'elle n'a pas sur sa peau grise et luisante, se trouvant par touches exagérées dans sa tenue vestimentaire et sur son maquillage.


Ses yeux sont comme de petites billes noires, qui donnent sans cesse l'impression de vouloir sauter hors des poches plissées.


Ses cheveux gominés de sébum sont tenus en un chignon mesquin et constipé.


Elle est grande, elle est large, elle s'impose avec une rare violence visuelle et une vieille odeur de négligé et d'haleine avinée, assortie d'un parfum éventé et de relents de friture émane de sa personne. En bref, elle pue.


Mais ce n'est pas tout. Sans parler des poils hirsutes qui jouent à « 1, 2, 3, soleil », elle a le nez crochu, la narine humide et la bave aux commissures des lèvres.


Voilà pour les caractéristiques physiques.


Mais l'agression ne s'arrête pas là. Non. Car il suffirait, lorsque je la croise de fermer mes yeux et de me la  jouer apnéique.


Non, non, non.


 



"Love Bite", Laurie Lipton


 


 


 


Madame Chixx me déteste, tout autant que moi je la hais.


Dés que je sors de chez moi, ou rentre, elle est là. Sur le palier, en face de moi. Je lui ai pourtant dit à maintes reprises que je l'égorgerai comme un pourceau un de ces jours. Mais elle s'en contrefiche. Son pied boudiné tapote le sol nerveusement. Et elle commence à me hurler dessus…


Il faut que j'arrête de courir dans les escaliers et que j'arrête de prendre la rampe pour un toboggan (petit merdeux),  j'écoute la musique bien trop fort (les sauvages), elle entend mes amis lorsqu'ils parlent et rient (les petits cons), mes amies expriment trop bruyamment leur plaisir (les pétasses), les effluves de ma cuisine chinoise pénètrent son taudis (sales chintoks), le plancher tremble lorsque je me déplace et j'en passe !


D'ailleurs, pour ce dernier point, j'ai affirmé récemment à Madame Chixx, que j'envisageais l'installation d'un système de poulies et de cordages afin de pouvoir me mouvoir dans mon appartement sans toucher le sol.


Elle n'a pas parue convaincue et s'est mise encore plus à hurler en postillonnant les denrées rescapées du déjeuner de la veille.


Je soupçonne aussi Madame Chixx de battre son mari malingre au regard fuyant ; il arrive parfois, au plus profond de la nuit, que j'entende les gémissements d'une voix d'homme (je n'ai jamais entendu parler le Monsieur) accordés à des sons qui me font étrangement penser à de la chair que l'on claque violemment…


Et puis, je trouve extrêmement suspect que Madame Chixx est appelé son chien « moufle ». Je n'ose imaginer à quel jeu Madame Chixx pourrait bien se livrer avec cet animal…


 


Je la hais. Et la folie me guette, j'en ai bien peur. Puisque j'en suis arrivé au point même de me demander si Madame Chixx n'était finalement pas tombée amoureuse de moi pour m'espionner et me traquer à ce point…


Mais oui, évidemment, vous pourriez me dire : Tue-la, tue-la toi-même !


Je le voudrais bien, mais je ne le peux pas. J'ai une peur phobique de manipuler de la chair en état déjà bien avancé de décomposition.   Plaiethore.


 


 


 


« Chixx » n'est pas le vrai nom de la créature ; pour connaître la signification de ce mot, merci de consulter Marie ou bien Marie, à votre convenance.


 

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