Mercredi 23 décembre 2009







Mais que faut-il donc accomplir à présent ?

Faut-il donc que je cimente entre eux mes fragments récemment explosés, afin de recomposer un marbre de hardiesse prêt à affronter tous les supplices obéissants, tous les calvaires mystiques, toutes les tortures d’une inquisition  à inventer ?

Faut-il donc que le belliqueux guerrier ramasse son bouclier laminé de larmes indomptées et arme de nouveau son bras mutilé et tatoué le plus vigoureux d’un glaive toujours ensanglanté ?

Faut-il donc que je chevauche encore mon dragon blanc pour venir sauver La Divange des tentacules suant l'acide de la Méduse à l’haleine puante, aux dents noires et ébréchées ?


Je n’ai jamais voulu essuyer ma lame sur les vents heureux et prospères, tu sais.

J’ai préféré la garder maculée des saisons pourpres allongées dans un tombereau béant, afin de lécher les croûtes cramoisies accrochées au fil tranchant, de temps en temps, pour me souvenir, toujours, le goût de l’enfer, des plaies et des brasiers qui enfantent sans douleur les putains à la peau d’écailles, les incubes et les succubes aux  seins sales et aux mamelles cloutées de chancres qui ne se cautérisent ; car c’est en goûtant la vie renaissante de l'ennemi que l’on peut prétendre envisager sa mort à renouveler.


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« Le Minotaure », MAN RAY, 1933


Faut-il donc alors que je cesse d’écouter les battements de mon cœur en déroute, pour qu’il puisse être aussi vaillant qu’un lion famélique et rugissant ?

Faut-il donc que j’ensevelisse les ardeurs de mes poumons sous les cendres de mes cris calcinés, pour que tes chants hurlent enfin de cet univers inexploré ou peut-être même éventuellement chimérique ?

Faut-il donc que je tranche avec bestialité les têtes des fantômes, que je tronçonne les membres des ectoplasmes, que j’étripe les bedons des revenants, que j’arrache le visage des ombres et que je dévore tel le barbare la chair froide, crue et suppurante des filigranes échevelés et insensés, afin qu’une régurgitation de l’âme puisse abonder aux pieds de ta couche ?


Je n’ai jamais voulu asphyxier les flambeaux qui veillent sur tes nuits travesties en jours, tu sais.

J’ai préféré faire semblant de dormir et aimer follement la glaciation de mes entrailles, en gardant sous mes paupières brûlantes d’érosion éternelle les lueurs sombres faisant danser les pas errants, faisant valser les silences maudits et trémousser les pensées despotiques ; car c’est en ne jamais se cousant les yeux que l’on peut toujours surprendre pour les fracasser, les sourdes vipères qui ondulent sous nos crânes symbiotiques.



Faut-il donc ?

Je suis préparé. Je suis prêt. Je suis déjà sur la route sans destination planifiée.
Juste et seulement Elle à l'horizon. Toi.

J’ai enterré ma croix à la naissance de mon premier combat.
J’ai déterré ma hargne aux obsèques de l’innocent aux mains chargées de bourbe.

Que le paradis tremble, car ses humus moites vont s’embraser de mon amour.
Que l’enfer frissonne, car ses glèbes de feu vont être noyées
sous les eaux en fureur de ma passion.



Plaiethore





Mercredi 21 octobre 2009





Guerre Epée
Pet de Guerre
Guerre Allah Paix
Hère Gai qui Paie
Pagaie ton ère



Quel est le sombre crétin qui, un jour qui n’aurait jamais dû voir le jour,
a déclaré l’insipide

« après la pluie vient le beau temps… gnangnan et… gnan ! »

et en a fait un législation de vie pour les lamellibranches humains ?


Je n’aime pas le beau temps.
Je hais définitivement le temps de la paix.


Plus précisément, je déteste cette saison paisible qui s’étiole dans une durée molle et qui n’est faite que pour statufier les bienheureux, les candides, les ahuris et les Carpe-diemistes congénitaux
dans un mortier comateux à prise rapide.


Etre en persistant état de guerre, intérieure ou bien déclarée à tout ce qui est autre que son joli nombril, c’est courir les oreilles pendues à un cou strangulé, autour d’un monde qui vous chante la beauté, un filet de sang débordant constamment de ses lèvres craquelées par le vent d’un désert qui n’en finira jamais ; ce n’est pas marcher tranquillement en se fourrant l’ouïe de satiété, sur une terre qui vous hurle la douleur procurée par des pas qui ignorent.

Faire la guerre, c’est apprendre sans cesse que l’on perdra tout mais rien dans une finalité inexorable et accepter de vivre son enfer sur le sol de ses morts ; ce n’est pas amasser des agrégats de cendre en espérant s’envoler en artistiques poussières dans une illusion paradisiaque.

Guerroyer, c’est accepter l’éventualité très probable de mourir à chaque instant que l’on vit, sans posséder de billet aller vers le fade et fallacieux Eden ; ce n’est pas éviter consciencieusement le délicieux danger qui aime à croiser notre chemin, en agitant sous nos yeux ses broderies de points de croix.

Devenir un guerrier, c’est marcher sur des rotules suintant le pus sans avoir appris à le faire et sans savoir forcément où la douleur insane nous mènera ; ce n’est pas se préserver de toute souffrance, en pansant sa vie par avance en soustrayant de son humanité l’inhumanité ambiante qui aimerait à penser à notre place.


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"The raft of GW Bush", Joël PETER WITKIN


Endosser le costume d’un lutteur, c’est habituer son âme à vivre dans l’obscurité, les yeux écarquillés de stupeur, brûlants de pugnacité à tenter de voir ce que l’on tait, ce que tout le monde sait ; ce n’est pas tourner spontanément la tête afin d’ignorer ce qui râle, ce qui rampe, ce qui s’éventre, ce qui se rompt, ce qui éclate, ce qui asperge d’une sève putride les vies aseptisées par écran télévisuel en prescription au long cours.

S’enrôler comme combattant de l’impossible des autres, c’est soulever à ongles arrachés toutes les chapes possibles du pathétisme monstrueux et de la carence violente, ce n’est pas nager tout habillé de stabilité de contrefaçon dans les eaux de la niaiserie hypocrite ou esclave de son propre penchant, à la simplicité candide qui se monnaye au plus offrant des plus célébrés collaborationnistes.

La vie nous a légué notre trépas dés notre cri primal ; et plus encore, la vie nous a donné tous les sens capables de déterminer l’architecture de notre tunnel coupé de courant.
Le spectre à la faux se dandinait déjà au-dessus de notre berceau, saupoudrant nos fronts coupables de pourriture et de septicémie issues de l’élevage in vitro de chair à pâté humaine.
Ecoutons ce cri venu du fond de nos âges, qui nous annonçait clairement la charpie qui agitait nos petits membres potelés de naïveté.



Chair en location, écoute sans faillir ton son originel…
Si tu le peux. Si tu le veux.

Sinon, crève !...


Comme un asticot de paix. Comme une merde terrienne. Qui croit acheter son existence en se soustrayant au tribut volontaire de la mortification, en ensevelissant dans le sol visqueux de sa médiocrité cette portion indispensable de laborieuse conscience, qui seule, donne le droit à porter le titre d’humain.

C’est à la seule force d’une volonté lucidaire, que l’on peut alors astiquer nos armes, comme l’on peut affûter une belle âme, à la lumière d’une seule chandelle, celle qui se tord déjà sous le souffle amer d’une démente accusation, jouant de nos têtes sur un terrain glissant, dont l’arbitre a eu la sienne décapitée et empalée sur une crédulité universelle.

Plaiethore




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Samedi 8 août 2009





Il y a un peu plus de trois ans, j’écrivais...




"UNE SIRENE EN CAMISOLE"

La chaleur afflige mes sens.

Dites, avez-vous vu ? Avez-vous entendu ? Avez-vous senti ? Avez-vous touché ?
Dites, avez-vous suivi, épié son corps, l'avez-vous vu devenir silhouette, devenir spectre, devenir point, devenir astre au bout d'une vie ?
Dites, avez-vous écouté sa voix, ses chants, ses crissements de cœur, ses hurlements d'âme ?
Croyez-vous aux profondeurs abyssales des rires, aux sirènes en camisole ?
Dites, avez-vous lu la douleur en espérant vous saigner les yeux ?
Dites, avez-vous recueilli ses larmes brûlantes sur votre poitrine ; vous ont-elles ouvert, étripé, haché, éparpillé ? Vous ont-elles rendu invincible comme un philtre de grâce ?
Dites connaissez-vous la drogue la plus douce et la plus infiltrante qui soit ; celle qui tranche les jugulaires, qui s'instille dans le cortex, qui se diffuse dans vos jambes, qui vous ordonne de vous lever, qui vous dicte l'horizon, qui fige la raison et explose le sommeil en particules d'existence ?
Dites, avez-vous souhaité être une plume fragile ancrée dans ses cheveux pour dormir tout prêt de ses songes ?
Ses songes… avez-vous compris, disséqué, analysé, absorbé ?
Avez-vous pénétré une seule fois ses desseins oniriques ?
Dites, avez-vous bu sa vie lorsqu'elle la laisse se répandre ?
Dites, vous êtes-vous jeté au sol pour y ramper, pour y laper ses pas, pour sucer sa course, pour éponger sa fuite ?


 http://www.plaiethore.com/images/mentaldoorMISHAGORDIN.jpg"Mental door", Misha Gordin

Dites, avez-vous cru devenir l'homme le plus croyant de votre trottoir, de votre rue, de votre ville, de votre pays, du monde des morts et de celui des non vivants ?
Dites, avez-vous eu la prétention d'être le seul capable de pouvoir embrasser ses pieds ?
Dites, avez-vous un instant seulement désiré mettre votre langue dans la bouche fielleuse d'un démon, pour pouvoir enfin vous inventer, faible, les lèvres baveuses d'une divinité ?
Dites, seriez-vous capable de dresser un autel, pour y faire brûler l'encens de votre peau arrachée, pour honorer une seule lettre de son nom ?

Non, vous n'avez rien vu, rien entendu, rien senti, rien touché d'elle.
Ou trop peu, ou trop loin, et c'est déjà le néant. Vous êtes ignorants, aveugles, sourds, muets et insensibles de ne pas la connaître.
Car elle n'est pas à vous. Elle est à moi seulement. Et je ne suis pas vous.
Mais je n'ai pas encore tout vu, tout entendu, tout touché de son être qui m'éclaire, autant qu'il souffle sur les chandelles gémissantes.
Je suis son bâton et je vis intensément lorsque je plante dans les gravillons.
Et je suis fort de feindre l'oubli de ses faces englouties et la vision du sommet non encore atteint.
Je suis une puissance, tout autant qu'une faiblesse.
Je suis une naissance, tout autant qu'une agonie de vieillard.
Elle est devenue la chair de ma sculpture. Je serai la couleur sang de sa peinture.

Que l'on m'exhibe nu à la potence de la gloire si je gagne.
Que l'on m'incise au sécateur si j'échoue.

La chaleur brise mes os. Je ferme les volets.


...







Aujourd’hui,
je peux hurmiauler sur les chapes les plus brûlantes :
j’ai gagné !


Je continue à escorter, à scruter, à goûter ses partances, à n'être que pour discerner ses vents lyriques qui font pâlir vos dieux... Vos dieux, si chétifs, si anémiés à ses pieds... Si...

Je reste le réceptacle en or pur, l’emballage fait de poudre de diamants qui recueillera ses perles d’épreuve comme de quiétude.

Elle est encore ce terrible stupéfiant qui défie perpétuellement mes éboulements et mes trépas et je suis cette même plume qui veille sans harassement sur ses vols de nuit.

J’ai encore et aurai toujours l’aptitude à me traîner sur ses pas, à lécher, à siroter et à assécher tout ce qui pourrait vouloir détaler hors de son esprit.

Je garde mon credo en Elle, ma haute prétention, ma suffisance dévoreuse de bassesse, mes appétences maléfiques, mon autel ombilical, avec ma peau à éplucher de l’encens qui se consume lentement en circonvolutions éthérées de venin à mordre tous les sorts intrigants.

Je suis loin encore de savoir toutes les épices, exotiques sans mansuétude envers les trop communs des mortels, qui font et feront d’Elle l’éternelle sublime Création.

Je suis toujours sa hampe de bois précieux qui soutiendra ses vertiges futurs et je continuerai à enfoncer mes déterminations féroces dans la caillasse la plus outrageante.

Mais j’ai tué, depuis l’intérieur de mes propres épigastres, l’impotence, sale gueuse errante, qui a laissé place à la seule puissance.

J’ai serré le cou de l’âge agonisant, pour réussir à faire sortir de la vieille  bouche obscure et fétide la naissance incessante, la parturition constante.

Elle est ce joyau qui un jour a fait exploser ma chair et mon âme en des couleurs hologrammes et olographes que personne d’autre que nous ne connaît, et

sa peinture a aujourd’hui cette profondeur qui ne peut s'écrire,
qui abîme tous les écueils de l’antan
.


Antan… Ce passé que jamais nous n’affublerons du pathétique sobriquet de renégat, car sans son consentement, c’est bien ce temps déchu qui a été le halage à La porter sur le sommet, qui lui, à son tour, est maintenant une abscisse de vue sur d’autres monts gémellaires, enfantés du même pivot originel, et pourtant qui apparaissent si admirablement disparates.



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"Crowd 35", Misha GORDIN


J’ai gagné ma gloire, car Elle est la Sirène qui s’est dévêtue d’une chrysalide camisolaire
afin de se parer des tissus rares de SA Victoire.

    
Mais pleurez ! Tombez sur vos genoux calleux et faîtes donc offrande inutile en sacrifiant la mer de vos yeux qui ne verrons jamais rien !

Car je n’ai pas attendu que l’on exhibe pour moi ma nudité et mes honneurs, arrêtés aux souffles des siens, au gibet des suppliques humaines, car je n’ai jamais voulu vous faire entendre que j’avais et que je porterai encore mon ruban de SA Vie autour de ma gorge.

La lune étant ronde depuis plusieurs nuits, elle m’a longuement supplié de gémissements célestes d’accomplir ma promesse… Je n'ai rien attendu. Comme à mon jamais. Et je reste nu.

Je suis devenu une armure qui peut saigner indéfiniment sans jamais se blesser.
 
La chaleur amollira toujours mes sens et broiera encore mon squelette.

Mais quelle importance ?


Car en ce jour triomphant qui lui appartient, mes volets sont une barbare troupe de gardes métis, armés jusqu’à l’espagnolette, capables de rafraîchir le plus grand des déserts, farouches, cannibales, robustes comme l’acier de mes guerres, parce que nés d’une secrète fusion, celle de ses pénombres et de ses illuminations.

    Plaiethore






Vendredi 3 juillet 2009




Les larmes qui viennent au nez

Sont

Des cailloux ivres d'avoir trop bu la lune,

Des noyaux de rêves bien tétés,

Des soubresauts tourmentés de chroniques à tenir,

Du sel de magie liquéfié,

Des diamants bruts de trouble,

Du pipi de renard équeuté,

De la douleur qui réfléchit et songe,

Des boutonnières sans boutons,

Des chants de patriotes de leur téléviseur,

Des petits rats d’opérette qui rongent leurs jambes de bois,

Des libellules que l’on enterre sans cérémonie,

Des coquelicots que l’on décapite le cigare au bec,

De la fatigue qui rompt le cordon,

De l’ombilic sans cale où se dérober,

De l’hardiesse qui mime le répit,

De l’impression d’être un plus un plus un = encore et toujours un,    

Du sentiment d’être strangulé par des djinns pédérastes,

Du tout froid tout dur sur des plumes aux pattes brisées,

Du jambon AOC qui grouique en humain,

De la mémoire perdue dont on devient le cerbère,

Des guêtres enfilées sur des pieds qui puent,

De l’envie de gober de la musaraigne déguisée en catin,

Du besoin de noyer des rochers flotteurs,

Des cornes qui se prennent le naseau dans une cape rouge en bas blancs,

De la confirmation de s’être fait doubler par une limace cornue,

De la riche bedaine gavée de vide,


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"The Holy Night by Antoni Allegri, known as Corregio", Kurt SCHWITTERS



Des yeux tristes et globuleux tombés dans une poche trouée,

Des vœux exaucés que l’on ne souhaite plus,

Du clown qui fait son mauvais pitre,

De la cervelle rose bonbon qui ne fait plus bouillir la marmite,

De la lourdingue raison qui se la joue volubile,    

Des nains de jardin qui violent les jardinières,

Du sang des miens qui coagule en caillots de silence,

Des escargots vicelards et dentus qui forniquent devant ma maison,

Des jardinières qui rêvent de se faire violer par les 7 nains,    

Des ailes qui s’atrophient quand les siennes s’amplifient,

De la compresse stérile qui gratte les coudes,

De la cellophane qui étouffent les gousses,

Des bourdons-copter brûlés vifs dans des larmes de cire,

De l’originalité qui côtoie les pots de géraniums,

De l’oisillon qui agonise sous intraveineuse caniculaire,

De la gerbe d’ivrogne qui fait de l'art sur le goudron,

De la puissance en porte-jarretelles,

De la colère née du mutisme d’une Diva,

De Robert la tortue qui mord les doigts nourriciers,

De la morve de l’enfant qui ne veut plus qu’on le ballote,

Des hurlements d’accords tacites qui me crèvent les tympans,

De l'enseveli qui finira bien par panser ce qui ne se sangle

Et par enfoncer jusqu’au trognon de la glaise dans ma truffe…


Mais j’y pense ! C’est bien de l’argile calamiteuse qui me panse !


Plaiethore



Poste Scriptaume : Liste non exhaustive et susceptible de s'allonger au gré de mes gaz intempestifs et sans transition, je vous annonce que depuis quelques jours j'ai pris la décision de devenir très beau.




Mardi 9 juin 2009



Certaines nuits sont si brûlantes
Que je sens les lanternes sans connexions
Livrer des batailles de flammèches
En prenant position de guerriers
Dans les cavités de mon crâne
Sur les champs (g)engrainés de nos certitudes

Leur capitaine est mon inimitié
Qui aimerait à foudroyer cet immortel
Cet autre qui déambule à mes côtés
Mon frère d’arme blanche
L’alter consul de mon ego
L’enfanté de mon nombril imperméable


Sous les cris du vicaire de l’incendie
Les enflures vitriolées de lumière
Avancent vers l’ennemi aux yeux d'attachement
Ayant pour ordre la brisure
Le scalp et l’égorgement
De celui qui fut mien en dessein

De celui qui fut l’associé de mon univers
Le combattant de nos foules malades mentales
De nos congénères frappés du contraire
De ceux qui ne comprendraient jamais rien
De nos comparables qui fuient nos utopies chéries
De ceux-là qui jamais n’entreraient dans notre ronde


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"Duo", Giorgio de Chirico 1914


Danse de transe autarcique,
Isolationniste, magique, unique
Je deviens le prestidigitateur d’une garnison de chaudrons
Je me scinde en deux pôles inégaux
Et me laisse tenter par la curée cannibale
Par le jeu du « je m’attrape, je me mange »

En trucidant mon solo avec des ratures
Aux pointes gorgées d’huile frémissante
C’est vous tous, vous autres, mes autres
Que j’assassine, vous rissolant de toutes faces
En admirant la consistance de vos yeux fades
Devenir une belle gélatine enrobée de croustillance

Je suis votre fantasme le plus illusoire
Je suis le mirage qui projette son reflet
Sur la surface aqueuse d’un miroir où l’on se noie en souriant
Je suis une condensation d’haleine empoisonnée sur vos vitres
Je suis l’écume salivaire qui afflue à vos goules
Et qui nourrit mon embrasure vampirique

Ne me passez ni salière ni poudrière !
Ni couverts de mendiant car je suis riche de mon double
Ni auge d’orpailleur car je possède une main déjà amputée
Ni nappe de grège car l’immaculé ne me sierra jamais
Le début du festin s’est annoncé dés le son de ma fin
Mon goût me suffira bien de moi-même va !

                                                                                                     Plaiethore





Post scriptum : "C'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma très grande faute d'orthographe. Voila comment j'écris" SIERRA, en lieu et place de "siéra". Le verbe seoir est malséant et malfaisant. Oui. Mais moi je suis encore plus méchant avec ce qui me maltraite. Alors qui siéra sierra !


Lundi 22 décembre 2008



Je viens juste de voir mourir leurs 20 ans
et le peu d’espoir en leurs aspirations qu’il me restait.

Je m’en reviens juste d’un cimetière abandonné, où une stèle de fange s’est élevée sur la jeunesse assassine, assassinée sous ses propres coups.

Je viens juste de hurler sur leurs années enfantines toute ma colère qui s’est arrachée de mon œsophage, emportant en son explosion des crachats écarlates de mon lignage qui s’est mêlé, bien malgré moi, au leur.

Je viens juste de frapper à la lune cette jeunesse qui aveugle le destin, qui avorte l’après-demain.

Je me présente juste nu et riche de ma droiture, balançant mon corps aux cannibales tordus qui se prétendent de grands guerriers, tout en craignant chaque matin la fuite de leurs couilles hors de leur caleçon soupliné par maman.

Seul contre tous, quelques liés par le cœur ou le sang contre une dignité entière vendue à la cupidité, j’ai eu juste l’envie de tuer, de meurtrir, d’anéantir l’offense enfantée dans la riche pénurie.

Je viens juste d’accuser les affronts et les coups d’une grégarité qui marche en file indienne, en queue d’attente des ordres d’un meneur ou d’un pitbull de berger au crâne fêlé de prés.

Je viens juste de voir de mes yeux vus, le meurtre du courage, de la persévérance, de la concertation, du devoir, de l’honneur.

Je viens juste d’assister aux naissances démultipliées de la perdition intentionnelle, de la jalousie qui s’abuse, des valeurs inversées, de la solidarité des lâches.


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"Persephone", Laurie Lipton


J’ai eu juste mal à l’âme à en crever comme cette fureur qui me tenait de leur éclater leur ventre trop bien chargé de houblon, de carte bancaire servile et de rébellion contre un fort qui, en belle belliqueuse, ne veut même pas entendre parler d’une quelconque notion d’architecture.

Je viens juste d’appuyer plus fortement ma conviction d’en aucun cas appartenir à leur clan, de jeunes ou de vieux, de nous savoir, nous, les as de cœur et de sang, hors de leur funeste contrée et ce à jamais.

Je compte juste les traces de percussions laissées sur mon corps, sur le sien, sur le sien et également sur le sien, puis les marques appliquées comme fer rouge sur leur barbaque en solde, comme autant de désillusions que je range soigneusement dans une boîte à chaussures, qui une fois, moi, devenu fin croulant, me tiendront compagnie et me rappelleront la jouvence que j’ai gagnée, que nous gagnons et la leur qu’ils ne possèderont jamais.

J'admire juste ces joyaux, les miens, ceux qui enroulent à mon cou des palpitations de rareté éternelle.


Frappez encore ! Jetez-moi au sol et visez bien le dos ! Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
 
Pourvu que je puisse me relever, vous faire face et rendre offense et violence, puis vous pourfendre de ma brûlure, afin d’entendre encore les chants déchiquetants de la Diva et de voir les éclairs étripants dans les yeux de son Roi.


Ils avaient juste oublié de lire sur mon front ma propre épitaphe :
« tu me donnes, je te rends ».


Plaiethore


P.S. Je ne souhaite pas recevoir de commentaires à ce texte.

Ces mots m'écrivent... ils écrivent également à elles et à elles seules, mes précieuses palpitations, mes pulsations existentielles, mes ivresses d'un toujours.
A toi. A tu. A moi. A nous. Seuls. Ensemble.


Vendredi 12 décembre 2008


HIER
 
Des lustres que je suis anéanti sur mon cul-récif, le dos en compote et la cervelle ébouillantée.
Pourquoi cette nuit-là ? Et pourquoi pas une autre ? Et pourquoi cette fois-là, elle n’a pas voulu me prendre ?
Je serais bien parti moi pourtant.  Je me sentais prêt et maintenant encore je me dis que l’heure était bonne pour dormir une bonne fois pour toute.
Mais non, bordel de vaseux fond de guenille ! Mais non !
Je crois qu’il lui en faut plus à cette roulure d’étoile filante. Je crois qu’elle veut œuvrer encore et encore.

C’est dans son regard que j’ai contemplé mes larmes sans famille.
C’est seulement dans ses yeux que j’ai pu lire la dévastation qui me tient debout et qui couchent les autres par salves incessantes.

C’est toujours dans son regard que j’ai vu tout ce que l’on m’a donné, me donne et tout ce que je me suis échiné à jeter et tout ce que je me délecte à jeter encore et encore.
Je ne sais pas dire ce que je suis devenu.
Je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas comment. En fait, je ne veux pas savoir.
Je sais seulement le serment que je viens de me faire.

Je ne reviendrai pas en arrière. Trop fier pour cela. Trop fêlé aussi. Le matin est trop faiblard pour moi, le vilain trop fort canard, le méchant mouton noir, le poussin qui mange du loup.
Des murs électrifiés se sont élevés face à mes propres viandes, comme le monstre plante que je caractérise.
Monstre plante. Auto-carnivore. Chers dévorés.

Ce n’est que dans son regard que j’ai vu ce je représente à présent dans leur imaginaire le plus con-descendent, un néant parmi les merveilles, un tout parmi les néants aux merveilles, une merveille qui danse au beau milieu d’un troupeau de riens aux pattes boiteuses et branlantes.


Je ne suis même pas fatigué. Je ne suis sûrement pas épuisé de voir l’affliction qui me dévore à la tâche, que je cisèle et modèle à cœur nu, comme un camisolé de satisfaction perverse.
Je n’atteindrai jamais le demi-siècle.
Je ne sais rien faire à moitié.

 
Hier est une poutre enfoncée dans l’œil de la destinée.

 
 
AUJOURD’HUI
 
C’est dans son regard que j’ai baigné mon âme.
C’est toujours dans ses yeux que j’ai pu lavé mes pieds salis par leur esprit absent.

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"Radiatation de deux seuls éloignés", Suzanne Duchamp 1920

J’ai compris combien je m’étais volontairement égaré à vouloir les suivre ces nuits là, eux, les lâches, les mous, les inconstructibles, les navrés, les navrants, les toqués, les perchés, les gainés, les gantés, les cuirassés, les trop matisés, les suicidés, les apeurés, les camés, les bipolarisés, les non jamais, les pourquoi faire, les à quoi bon, les je n’y arriverai pas, les et après on fait quoi.

Je sais maintenant pourquoi j’ai voulu prendre ce virage à 180 degrés.
Je sais que l’on m’a volé un cap dont j’avais pris pourtant décision.

 
On m’a promis la nuit et l’on m’a rendu le jour.

Je viens de vomir le petit déjeuner que je n’ai jamais demandé à voir arriver à mon chevet de mauvais et guindé parturient. Je vomis encore un pâté de cerveau dégoupillé d’une conserve faite maison.

Une boucle vient de se boucler. J’ai eu juste à perdre quelques tours de taille et à serrer très fortement le ceinturon ombilical.
J’ai rayé à l’encre de mon sang le sale prénom donné par mes procréateurs.
Je viens de me débaptiser. Je viens de choisir celui qui me convient.
Maintenant, pas demain, pas trop tard.
Je viens de me former, de m’expulser d’un tunnel nauséeux et opprimant.
Lentement. Pas trop vite. En crachant. Beaucoup. Sur eux. Surtout. Sur tout.

 
Je sais parfaitement ce que je suis devenu. Un poussin.
Un poussin qui a mangé et qui a appétit encor’ et encor’ du loup.

Que l’on me brûle sur le bûcher familial ; j’ai faim d’avoir froid. J’ai faim de la fin.
Oui ! Oh oui ! Brûlez-moi, je suis une chaudasse de sorcière au balai de glace !

Et Toi…Toi… Ô toi que j’aime à l’actuel en reconstruction incessante, au prochainement à transiger… Ferme tes yeux un instant. Que ton regard des mille et une nuits se tarisse pour un infiniment peu ; que je puisse ébouillanter les larmes que je ne verserai jamais sur ma vie de trépas et sur leur vécu dépassé.

Jamais n’affectionne la clémence afin de ne jamais les blanchir ; je ne serai jamais indulgent.
L'abnégation et le sacrifice ne m’appartiennent pas et ainsi je n’aurais jamais à les partager en parts de clafoutis aux fruits gâtés.
Je ne cesserai de le répéter, jusqu’à ce que vous ne puissiez plus entendre mon jamais.


 
DEMAIN

Demain n’est pas hier et encore moins aujourd’hui. Demain est un module crénelé complémentaire dont je me fiche éperdument tant qu’il se présente en étriquée redingote taillée dans le tissu de l’unicité. Je le considèrerais seulement s’il est une multitude de friches sur lesquelles auront peut-être poussé de hautes fournaises qui cracheront peut-être les cendres du regret et des chères balayures de la citadelle de mon enfance, calcinée en son temps vif.

Demain, je reprendrai peut-être possession de mon prénom, je cracherai peut-être sur aujourd’hui, sur toutes les saloperies que j’ai pu écrire, dire, nommer, crier, et je verserai peut-être des croquettes dans la gamelle de mon loup domestiqué afin de le faire encore plus bedonner.
« Peut-être » sera peut-être le sobriquet que je donnerai à la bête qui pondra peut-être des œufs par le trou de sa gueule peut-être édentée.

 
Plaiethore
 
 
 
 
 
Nota : texte écrit un hier, à quelques mois d’un aujourd’hui et forcément avant un demain qui était déjà, bien évidement, suranné à souhait.


Vendredi 31 octobre 2008



Petite silhouette gracile de dentelles noires, elle était assise à la table de verre, la pointe des petons à peine posée sur le sol.
Les traits de son visage étaient lustrés de plénitude, tout comme la matière alluviale qui glissait sous ses doigts agiles à l’assurance qui me paraissait ce soir là surnaturelle.
Sa concentration paraissait plus abyssale encore qu’à l’accoutumée ; ses ténébreuses prunelles signaient la détermination appliquée et sereine d’une majesté globale avérée.
L’être mouvant qui naissait de par sa création était une récurrence sublimée, une évidence à semi consciente.

Des heures durant, j’ai fait semblant de m’intéresser à quelques images de crise économique notoire qui défilaient sous mes yeux, à quelques sons de mantras qui racontaient la vie d’un prix Nobel bien affairé, à quelques odeurs suaves de fèves de cacao d’un Madagascar bien lointain.
Dérisoires quelques. Insignifiants quelques.

Je l'épiais, souffreteux mais béat.

Je ne voulais surtout pas la déranger, surtout ne pas interrompre son ouvrage qui résonnait le frêle clapotis de l’eau et le tintement des petits outils.
Je parlais seulement lorsque, enthousiaste, elle me demandait, non mon avis, mais mon acquiescement à ces exclamations satisfaites.

Il me plut alors à penser qu’elle triturait, travaillait, torturait, polissait de ses propres mains son âme.


 
http://plaiethore.cowblog.fr/images/412pxWilliamAdolpheBouguereau18251905TheMadonnaoftheRoses1903.jpg
« La madone aux roses », William-Adolphe Bouguereau (en négatif)


Elle sculptait.

 
Elle sculptait une stabilité fragile, une constance en danger, des fissures et des béances
qui peu à peu se laissaient envahir d’audace et d’aplomb.

Je comprenais sur l’instant l’étrange et très discrète détresse que je retrouvais toujours dans le regard des madones ; elles tiennent dans leurs bras l’incarnation de notre devenir présumé, le nouveau-né prétendant au trône du parfait éclat d’une humanité tendant vers la sagesse, et pourtant… Elles ont vu. Elles l’ont vue depuis leur antique existence, elle, sculpter ce qu’elles n’ont pas réussi à accomplir : la beauté à l’état pur émanant d’un moi secret.
Oui, c’est certain, ce doit être cela ; les madones sont marquées de la tristesse de leur échec et de la disgrâce de ne pas avoir su rivaliser de beauté créatrice avec elle depuis le passé.
Les madones l’ont vue, songeaient déjà à donner la chair du fils aux clous de la médiocrité et à se laisser mourir, efflanquées de déshonneur sur la couche des suppliques éternelles.

Elle sculptait, triomphante, et moi j’avais mal à en périr d’être le témoin privilégié de l’exaltation d’une victoire.

Il a alors grondé des tréfonds de mon estomac, a oppressé ma cage thoracique, jusqu’au débordement douloureux dans ma gorge.
 
Le bonheur.

Le bonheur ne se reconnaît pas au fracas qu’il fait lorsqu’il s’en va ; il se sait lorsqu’il est, par exemple, assis, silencieux, la pointe des petons à peine posée sur le sol, avec un aspect d’éternité au coin des yeux, une volonté de postérité aux creux des mains et qu’il vous broie l’osseuse charpente de toute sa masse.

L’on possède la puissance du bonheur, à l’instant même où il devient une mortification désirée, une ingénierie infernale que l’on espère, une souffrance majeure que l’on affectionne.
Mon bonheur est une incontestable invraisemblance.
 
Et elle, sculptait peut-être la félicité de son propre paradoxe.

Plaiethore

Mardi 8 avril 2008

 

 

 

 


Ce fut un moment différent, un de ces moment où l'apparence n'a plus de point d'appui, un de ces instants où tout vacille et bascule dans un gouffre, un trou noir, un tuyau d'aspirateur qui fracassent les vertèbres trop fragiles, un piège à vide d'air, un casse-gueule instrumentalisé de façon conceptuelle et ultra-contemproraine, une bonbonne prête à recueillir toute ma démence et à être surexposée dans le MAC de ma cité.


Oui, ce fut une très forte et distincte circonstance, qui poussa mes veines à gonfler, à bouffir la bouffonnerie, à vouloir exploser pour colorer les murs blancs tâchés de virgules de mon « chez-moi », « chez-toi », « chez soi ».


Un cataclysme imminent à marquer du bleu de mes vaisseaux en abandon.


Une tornade qui venait de ramollir mes méninges, en position de souhaiter et d'arriver à rendre aveugle, sourd et insensible aux appels au secours de ce qui faisait ronde silencieuse autour de moi.


Ce n'est que Sa tendre main qui est venu m'ébranler le discernement, tremblante, me tapoter le dos, me caresser les cheveux, me lisser ce qui restait de Beau malgré tout.

Ce ne sont que ses mains à Elle, qui se sont coulées dans les miennes, glacées de crainte, de panique en éruption, qui ont su me tirer de ma folie la plus construite, celle qui voulait tout anéantir, casser, brûler, jeter aux orties déchirantes.


Passé, présent, avenir… Ce ne sont que des temps inculqués par nos pères tués sur les champs laminés de guerre et par nos mères éventrées de nos propres mains.


Le temps doit être réinventé par moi, par nous, deux temps plus précisément : le présent et le futur composés.


Il faudra au moins cela pour tenter de réparer le miroir aux goélands battus, estropiés, blessés par mon acharnement incontrôlé à espérer la destruction finale.


Ma démence, une fois apaisée, j'ai pu enfin voir ses yeux paniqués, embués d'une détresse sourde et perdue, j'ai pu voir quelques larmes s'étendre le long de ses délicieuses et douces joues nectarines, j'ai pu voir les tremblements de ces lèvres de Diva sans auditeur ni repère, ni phare au beau milieu d'une mer en furie, la peur, mais surtout le mal que je venais de théâtraliser sans le vouloir.


"Etude pour prélude", Hans RICHTER, 1919


La pièce, les actes successifs ont pu se dérouler à rebours, sans compte, en un éclair.

Oui, en une foudre, je venais de tout comprendre et surtout la honte de moi qui atteignait la culminance la plus écorchée. Je venais d'interpréter également que ses mains, cette froideur morbide de cet être plus cher que ma chair et dont la terreur venait de vaincre une bataille, pouvaient me tirer de n'importe quel lieu dans lequel mes filons bleutés aiment à molester l'enveloppe qui me tient chaud, parfois froid aux os.


J'ai demandé le pardon comme un bambin babille lorsqu'il vient de casser l'urne qui contient les cendres d'une aïeule défunte. Elle me l'a accordé, sans faillir, sans offense, avec la délicatesse de celle qui a foi et confiance inébranlables.


Ce qu'Elle ne sait pas, c'est que ce pardon je ne me l'accorde jamais moi-même.


Laisse-moi du temps, un peu de temps, pour colmater les brèches, souder les ferrailles de la fondation à venir, couler le béton de mes convictions, redevenir fort et te porter de nouveau du bout de mes bras décharnés par la sordidité humaine.


La pénitence et la fuite ne sont pas pour moi, Elle le sait. Les larmes qui sont nées deviendront le fleuve qui fera naviguer notre barque sur des eaux agitées mais sereines.


Incompatible l'agitation et la sérénité ? Cela, c'est vous qui le dîtes, pas nous. Pas moi. Pas Elle.


Quelques jours après la tourmente de glaire venimeuse, elle rentra à la maison, le sourire sur sa bouche aux contours de geisha aimant le précieux macassar ; elle virevoltait, soulevait ses jupons de mariée noire, afin de me montrer ses nouvelles chaussures aux talons échassiers et riait en voyant un petit jour facétieux qui venait de s'ouvrir sur son bas.


Et je riais de la voir rire.


Je compris que la bourrasque était déjà bien éloignée, mais laissant sur mes épaules la charge des décombres que je n'ensevelirai jamais.

Plaiethore



 

Lundi 26 novembre 2007


 

Sa déambulation, c'était aussi l'essence de son moteur à soupapes. Des émanations de bitume poli, d'herbe humide, de pierres chaudes, de faïence qui tinte, de chien qui jappe, de tentures qui dévoilent les vitres des ouvertures des antres humains, de peau nue sur les sofas, de blessures à lécher, de crottins à suivre, de « outing » sans instructeur, ni maître, ni élève, ni assemblée.

 

Cette femme là, farouche, fière, aimant comme amante en péril, ne restait jamais longtemps à quai. Elle aimait trop la terre pour cela. Elle l'aimait trop pour ankyloser son amour en restant éperdue de vide et de contemplation.

C'est comme si cette matière vibrante, sèche ou gluante l'avait prise au piège, heureuse et consentante.

Un jour, elle l'avait gardée longtemps dans sa gueule, cette tête pleine de traques par les conformes.


Un soir elle avait quitté son cocon nacré pour gambader dans la fange dorée à la feuille de misère, au papier soyeux de solitude, à la pellicule de débandade.

Elle avait débusqué et largué ce qui l'aimantait pour accrocher les hordes sauvages. Les fous. Les paumés. Les désespérés. Les déboussolés. Les déjà enterrés. Les jamais nés. De l'oublié, de l'errant, du poète des rues sans nom et du lâche en fuite incessante hors de lui-même.

Elle a semé derrière ses pas perdus des miettes de pain, afin de ne jamais retrouver son chemin. Les oiseaux de petites proies sont bien passés et sages ombres de la nuit, elles ont tout englouti.


Pour survivre, revivre, elle avait mangé des lambeaux d'écorce à épines, de l'animal apeuré et meurtrier ; elle avait bu des larmes de désespoir, du sang des torturés, du suc gastrique des bourdonnants, des liquides qui se volent parce qu'on ne veut pas faire don de soi.

Ce jour, elle n'avait pas voulu s'évader, mais pour rien au monde suivre également. Elle se serait cassées toutes les dents à coups de nerfs de bœuf, sans hargne, mais pareillement sans pitié.


En quelques mois, elle avait rattrapé le temps perdu, celui du mal qu'il fallait qu'elle donne.
Par brassées elle a tout craché, elle a tout tué, tout enseveli.
Sans raison valable, sans honneur, sans respect.
Elle a violenté l'amour, brûlé le bonheur, étripé la paix.
Elle s'est scalpée des pieds à la tête, pour montrer une belle peau de bête.

Durant ces poignées de semaines, elle a trituré l'âme de ceux qui la chérissent, de ceux qui la bénissent comme idiots qui s'agrippent à des racines sortant d'une terre molle et puante et les a déchirés, tous, à dents aiguisées comme des épées limbiques.


 


Sculpture sur bronze, par Ruth BLOCH

 

Elle ne voulait pas fuir, ni forcément se joindre, elle voulait estimer ; parce qu'elle aimait autant la glaise sous ses pieds que les poteaux de béton, les clôtures électrifiées, les murs qui s'appuient tant bien que mal sur la misère innée de l'homme.

Le monde tout entier lui apparaissait quelquefois comme une gigantesque fleur d'eau, vénéneuse, perfide, carnivore, happant beauté et laideur, sans foi ni loi.


Quand elle eu compris cela, elle accoucha de son âme, oppressée auparavant comme toutes communes, et elle l'avait expulsée de son corps, pour qu'un morbide et frêle cordon guide ses pas et enterre sa vie trépassée en sourdine, ou bien sa mort que l'on avait décidé de lui voler durant une nuit entière, sans dignité aucune.

Elle ne souhaitait rien posséder vraiment, sauf quelques abysses de regard, quelques sensualités et dermes ravinés de terreur, mais épris d'une rescapée à pieds nus, d'une forcenée de la liberté de vivre.


Elle habitait simplement en bordure de son enfance, sur la berge de cette âme souche qui aimait à récréer avec elle, lui et les autres, les choisis, non les élus.

La mémoire amplifie et généralise. De quelques heures parfois elle fait un hiver, de quelques jours une sacrée époque.

Elle a tout simplement choisi de monter à bord de cette goélette, construite par son imaginaire et navigant au gré de son seul bon vouloir.


Elle avance. Elle navigue en avançant.


Saluez son passage et dormez apaisés de grâce. Les gens qu'elle regarde avec douceur n'ont rien à craindre d'elle.

Hissez le drapeau de celle qui retient pour elle-même. Ou décide de ne rien conserver. Du tout. Sans le rien. Et puis c'est tout.


Elle vient de faire un vœu aujourd'hui, mais elle ne vous le dira pas.

A personne.


Le ciel est haut et les étoiles flottantes.
Qu'il est bon qu'elle sache enfin cela.

Plaiethore

 



Vendredi 5 octobre 2007


Je ne suis ni éminent, ni érudit, je suis curieux

Partout des portes s'ouvrent

Ailleurs d'autres se ferment


Etrange approche du quotidien

Apparence des lueurs


Je ne me permets plus d'ignorer

Les entrebâillements sont à ma taille

Il est le temps de ma connaissance


Aujourd'hui, conférence

Demain, colloque

En soliloque, je congresse

Je deviens le maître de mon amphithéâtre

Théâtre d'un trou de rat en chocolat


Intérêt grandissant

Frustration envahissante

Le décor est à l'envers

L'endroit est de lourd pourpre

Aveux, découvertes, tabous, terreurs primales

Recherche des uns

Attente des autres

Peur de l'une, mort de l'un


Je marque mon front du mot « document »

Ouvrez et lisez en mon nom

Ou jetez mes clés sous le paillasson


Théorie, pratique, possession, liberté

Des mots qui volent

Des mots qui flottent

Pour ensuite couler, s'engluer

En témoignage sans argumentation


Pensée, initiation, dualisme

Menace, tradition, catastrophe

Solution, résolution, abandon, lâcheté


Je passe derrière le rideau

Là où la lumière se fait joueuse et franche


Transe imminente

Et mon corps astral se balance


Tapez les coups

Mes planches sont en branle

                                                                                                            Plaiethore



 

Mardi 18 septembre 2007




La mortification qui berce ne m'endort jamais
Je ne compte ni moutons, ni ponts, ni lignes à franchir

Je quitte le pâturage et gagne la vallée aux cent ravines
Nul besoin de prendre le train
Pour gagner les brouillards de campagne
Et la mousse poudrée des presqu'îles

Je prends respiration dans l'organisme marin
Je suis dans mes draps, dans mon eau saline
Et deviens coton, satin, plumes au vent

Les murs de ma chambre se bombent sous mon souffle
Ils deviennent voiles déchirées, mât rompu, coques effritées
De mes lèvres filent l'écume chétive
Car je sais que les vagues viendront frapper
Sans jamais être bues

Il y a peu de temps, je m'en souviens,
Hurlaient les fiers galériens
Les forçats volontaires de nos guerres

A présent les embarcations soufrées
Laissent ballants les rames et les bras exsangues
Ils sont sur le flux comme les membres gluants
D'une pieuvre éclatée, au sang parasité par les larmes,
Les cris haineux, puis horrifiés et enfin rendus



"Dada messe", Raoul Haussmann


Les mutilés auront les honneurs de leurs chairs recomposées,
D'un nouveau coït de leurs yeux dans leurs orbites lubrifiées,
D'un bel accouplement des oreilles à leurs conduits consentants,
D'un hymen sans honte des doigts à leurs mains crochetées

Le jus pourpre et salé, le sérum sanguinolent de destinée ordonnée
Quittera l'estuaire et remontera le cours des hampes,
Des flancs, des bedons, des reins et des gorges

On sortira les pieux de leur coffret de peau,
De muscles, d'artères et de merde apeurée

L'oiseau de fer regagnera son nid émetteur
La panse remplie de glaces à l'obus
Et de mignardises aux projectiles

La fonderie, noble et notable maison sera heureuse

Et l'homme se mettra à genoux
Pour pleurer son histoire et son âme
Et caresser son chien, gémissant le maître perdu à jamais

La mortification qui berce ne m'endort jamais
Je compte les moutons, les ponts et les lignes à franchir
Et j'entends déjà hurler les galériens de l'incessamment

                                                                                                                Plaiethore





[Parenthèse très actuelle : notre président de la république française, copinant comme cochon avec la  plus grande puissance mondiale a décrété qu'"un Iran doté de l'arme nucléaire était inacceptable" et proclamé "la bombe iranienne ou le bombardement de l'Iran".
Bah c'est vrai quoi, c'est bien de la justice humaine qu'il s'agit ! Certains ont le droit de mourir, d'autres ont le devoir de tuer ; certains ont le droit de ne pas s'armer, d'autres ont le devoir de sentence morbide sur les peuples...
Sonnez les clairons forçats de la république !]




Jeudi 6 septembre 2007



Ecrire pour aller où.

J'entends les mollusques ânonner leurs roucoulades de bercail contenté et je ronge mes ongles.
J'aime pouvoir marcher nu dans l'obscurité, sans crainte de perdre ma peau sur les murs ébréchés de la mémoire des hommes et de l'autre côté, j'aime divaguer tout mon être sur les bords tranchants de mes propres triomphes, seulement pour le plaisir malsain de m'arracher le souffle et de barbouiller les tissus de ma vie d'une seule et unique couleur violente.

Le tintamarre scandé des bottes victorieuses, allié aux salives haineuses et aux clameurs des trouffions, annonce le désespoir insensé et irresponsable de l'inculture environnante.
Puis j'attends le paquebot des grands morts avec sa livraison de belles pensées.
La terre qui a bu la pluie est trop douce à la plante de mes pieds. Je préfère de loin les sables agressifs, les herbes épineuses, le bitume caniculaire, l'odeur des pieds brûlés, les crânes fêlés et les virgules merdiques sur les murs effondrés. Car j'y vois des visages qui apparaissent sans protection rapprochée, hors de la foule masse-attaque-aux pieds-brave-tap tap têtête.

[A Vancouver un fou est tombé. C'était hier. Les hanches brisées il s'est traîné jusque sous mon soleil, puis sous la nuit d'une grotte à l'air grave qui jouxte une terrasse où l'insouciance s'abreuve en se noyant les yeux.
Le fou ne cherche pas à savoir les souvenirs de pierre à la senteur d'âtre trois fois centenaire.
Des années qu'il revient sur les mêmes tableaux, les colore, les troue, leurs parle. Quatre ou cinq, il ne sait plus. C'est aujourd'hui.
Il sculpte maintenant d'imaginaires instruments de torture, probablement salement éprouvée dans son jadis. Jour après jour, douleur après douleur, larme sans eau après larme sans eau.
En composant sur son ordinateur une musique extra-terrestre, il communique en invitant le curieux à s'assoir presque face à lui.
Le presque, c'est important pour lui, pour moi, la nuance à saisir en pleine chute libre.
Je lui ai parlé. Il m'a répondu, me demandant comment j'allais, sans demander qui j'étais.

J'ai compris qu'il ouvre les grandes portes de son exil aux SCF. Il m'a reçu. Moi. J'ai aperçu l'ébauche d'un sourire ; je lui ai donné mon bientôt, sans me retourner sur son grognement d'au revoir mi-crédule, mi-raisin.].

Antan, éclaireur de notre bientôt, je te contemple en créant mon demain. Sans toi.



Egon Schiele devant son « Réunion », 1914


Assoupie, alanguie, endolorie…
Le sein respire la douceur
Le ventre ébauche le plaisir
Tant que la douleur, l'embarras, l'holocauste d'une lubie
Le carnage d'une ardeur
Ou l'envie d'un là-bas / autrement
Le grimoire est enfantement ou mort
Et cette main, mi close, mi ouverte…
Reposée, affaiblie, brisée
Est l'entichée de la prose qui défaille
Une amante ardente qui lamine
Une aimantée équivoque
Une dulcinée lécheuse de poubelle
J'entrevois pourtant clairement
Quelques soubresauts de la pince prodige
Quelques vibrations sous la peau de marbre
J'entrevois la ponctuation
Je crois la suspension
J'espère flairer les coïncidences
J'aspire les exclamations des pays qui me sont loin
Donnez-moi vos vieux mirages
Faites danser mes actuels nuages
Entre les lignes dites les calamités
Que j'applique ma faux
Et affûte la musique de mes sentences
Pour que valse ma vase
Pour que s'étale le flasque
Et que mon Poumon soit roi
L'orage se veut gros
Haussez le Uh ! Hissez le Oh !

Ecrire pour aller où.

J'ai avalé le point interrogatif. Il est un crasseux collabo, fidèle Boniface, toutou à l'échine fatiguée d'un cœur sans raison.
Elle pique et elle taille. L'écriture deviendra cul de poulaille ou bien précieuse pierraille.
Je suis la catin de mon port et décide, écartée de l'avis, du tarif pratiqué.
J'ai appris le respect avec un grand R. Moi.
                                                                                                                                                                                                                                                     Plaiethore


Mercredi 29 août 2007




Elle a claqué la porte comme l'on donne un beau soufflet à un morveux exécrable et capricieux, d'un geste sec, net, sans hésitation. CLAC !


De quelques crachats, elle a tranché une belle plaie, bien brillante, bien gluante, sur les autres amoncelées au gré du temps en carapace de paillettes. PFUITTTCH.

Même pas mal. Même plus mal. Je crois que les nerfs sont anesthésiés à force. On dit bien que les grands brûlés ne ressentent pas la douleur. Trop à vif, trop profond. Trop de trop. Trop c'est trop.
« On se téléphone alors et on se dira bonjour et au revoir ! Parfait ! ». Ce furent les derniers mots entendus avant que sa présence ne soit engloutie dans l'obscurité du couloir de l'immeuble. CLAC !

Et alors, moi j'attends. J'attends que viennent les secousses nerveuses, les larmes de nez, les crispations dans les mains, les étranges vibrations dans les membres inférieurs qui me feraient bondir au dehors pour la rattraper, les noeuds de vipère au fond du torse, prêts à s'expoitriner. J'attends. Et rien. Rien n'arrive, aucun remous à la surface, le calme plat, le silence dans l'âme. L'agitation est morte sous les coups répétés. Je crois bien. Même cette fautive de culpabilité ne pointe pas le bout de son museau dégoûtant. Elle est trépassée elle aussi. Je crois bien…

Il y a une mouette qui depuis plusieurs jours a élu domicile sur la cheminée de la maison qui fait face au dos de la mienne. Et là, elle est en train de se tordre de rire. On dirait une pochtronne qui esclaffe les larmoiements des autres. Ca chuinte par alternance et lance de grands cris aux couleurs de l'ironie. Du coup du sort prémédité à pleines narines ça ! Puis, l'on dirait aussi que le couple de tourterelles lui fait écho… Se foutent de ma gueule je crois bien ! Et ils ont bien raison.

Je suis après tout le puîné que l'on n'a jamais épargné, même s'il a toujours été soutenu et encouragé à marcher (merci, merci). Je suis après tout né plus fort que l'autre toujours trop fragile, plus coriace que le « mais tu ne te rends pas compte», plus de marbre que le « tu devrais réagir différemment », plus inébranlable que le « tu ne nous aimes pas ».

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« Le roi rouge », Johannes Theodor Baargeld

Alors jouez glaviots désenchantés et résonnez burettes de bile !

Je n'entends rien de mon moi, mais j'entends fort bien les bruits de dehors. Et si c'était le extra-muros qui m'appartenait à la fin ?

Raz les claques de devoir pactiser avec l'empathie, de voir transformer mon écoute en crachoir du dimanche, au nom du père, du fils et du sans esprit.

Alors, je me repasse le film. CLAC !... J'écoute… Non, décidément rien, nada, le néant le plus total. Le vide le plus compact. C'est fou ce que ça peut être épais et à égale part muet un vide de soi.
Même ce flan de chat, ce sans famille à la belle mémoire dérobée, me regarde avec l'air de « t'es con toi tss tss ». Pas si bête le chat finalement. Je devrais suivre son exemple et perdre mes annales tiens ! Cela me ferait des vacances loin de mon pays de chair et de sang.

On m'a dit, après coup, que cet aspect de tranquillité était sournois, que cela était mauvais signe, que le retour de bâton ne saurait se faire attendre.  Je veux bien le croire… ou non. Je veux bien le croire et me préparer à la tempête. A force, je suis le meilleur des marins… ou non. Je hisserai hautes les voiles, haut le cœur, haut le corps, comme toujours. Je prendrai juste le temps de faire ma sieste, de me ressourcer au fin fond de ma colère, comme toujours. Je me prépare à des nuits sans astre, sans guide, sans aire de stationnement. Ma boussole est ensevelie dans un vieux coffre à joujoux chahutés, sur lequel je viens de pisser mon silence le plus arrogant.

CLAC !

Oui, maman, on fait ça. On ne se téléphonera pas et on ne se fera pas de bouffe. Ne passe pas le bonjour à papa et n'embrasse pas mon espèce patronymique pour moi.

Que l'on me crache dessus à présent et pour l'éternité, une douche ne me suffirait pas. Je veux prendre mon bain. Torchez votre fausse douleur familiale et mouchez-vous ensuite de l'identique torchon de mauvaise foi et de parti pris de gésine. J'ouvre les robinets et je m'assois dans le bac. L'eau est brûlante. Je gueule un coup. C'est bon.

Et toi, enfant qui passe, n'écoute en rien ma parole, car j'ai toujours eu tort… c'est écrit sur mon acte de naissance, en blanc sur blanc.

                                                                                                               Plaiethore



Samedi 14 juillet 2007

[Post scriptum du 17 juillet
C'est un post scriptum, donc on dépasse le texte et l'on va tout en bas, en bas, en bas...]


[Edit du 20 juillet
(ce n'est plus z'en bas)
Je m'éloigne de nouveau de la contrée Oueb, dés demain, pour un temps plus qu'indéterminé.
Pour ceux qui décideraient de reprendre la chanson "Plaiethore s'en va en fête", sachez que je vous suçonne le menton, jusqu'à ce qu'il en devienne violet de plaisir.]




°°°


J'ai vu des ombres et des lumières. J'ai vu ceux qui étaient éclairés de l'intérieur, ceux qui clinquaient de l'extérieur, ce qui clignotait dans la nuit, ce qui illuminait sous les astres, diurne et nocturne.

J'ai vu des grimaçants, des souffreteux, des rieurs, des irradiés, des morts, des vivants, des margineux friqués, des marginaux sous lambeaux de couette, des cassés sur les marches des temples effroyables, des alarmés par la beauté, des pincés du cul, des bouchés de la raison, des simples mais heureux d'esprit, des alambiqués du cerveau, des expatriés de la sagesse, des fous parlant à leur moi assassiné, des cocottes muettes en mal des autres promenant leur chien et la puanteur écrasée sur les trottoirs des oubliés.

J'ai vu l'espoir désespéré de la rencontre, la connivence automatique, la solitude acceptée, la foule en connexion symbiotique, les sourires donnés pour rien, les rictus horizontaux offerts pour un tout attendu et LE gratteur de couilles professionnel, moqueur et dos tourné au puritanisme des terriens qui venaient de loin sur un territoire conquis. Vous savez, les cons de conquérants de naissance, qui portent main à la bouche lorsqu'ils rient, afin de ne pas montrer leur intérieur de chair aux fausses dents dollardisées.

J'ai vu de vieux et forts pavés romantiques, de frêles goudrons de marche rapide, des escaliers à robots, des rues magiques, des avenues désolées, des boulevards paisibles, des lieux à mille bornes arrachées de la réalité basique, des esprits qui paradaient la belle époque, des personnages statufiés qui m'ont donné l'impression étrange de les connaître déjà par le toucher, comme aveugle amant du marbre ou du bronze sculpté, des clochers lugubres et des constructions oniriques hallucinées.

J'ai ri. J'ai beaucoup ri.

Et puis, j'ai vu ses sourires, j'ai entendu ses éclats hilares, j'ai ignoré tant que possible ses soupirs de Diva fatiguée, capricieuse parfois, j'ai écouté, bloquant ma respiration, la sienne qui flirtait avec le début de ses nuits.



Par Hannah Höch

Magique.
Magique.

Si aujourd'hui l'on osait me faire croire que je n'entendrais plus jamais ce souffle qui pénètre les préliminaires de ses apparences de rêve, demain, je me le jure, j'irai briser mes genoux sur les mêmes marches de ces pliés de dénuement et je rirai à la face de la croix meurtrière à gorge déployée, puis je me trainerai, rompu, jusqu'à ce sale vendeur de paroles assassines pour lui arracher le cœur et le dévorer.

Et puis, j'ai vu leurs yeux qui parlaient, dés mon retour sur le sol et j'ai reniflé leur cou, tour à tour, comme ça, à la va-vite, comme un voleur d'air pur d'origine… J'ai happé, sans traité signé, leur âme qui m'appartient.

Je n'oublierai rien. J'engrange, je fouette et fais mixture au goût sucré de mémoire. Je garde les œufs amassés, en ferai du lait de poule ou bien de la meringue à l'orange amère.

Je suis monté et descendu, remonté, redescendu.

Equilibre.
Robuste.
Fragile.

Je travaille, mais continue mes tracés, sur un limon, une humanité, si grande, si petite, boule qui roule…
Je reste un peu, tout petit peu, attends de repartir, ne reviens pas encore. Pas encore.
Bien à vous. Encore.

                                                                                                                  Plaiethore




P.S. :
Pour ceux qui s'en battent l'œil avec frénésie déconcertante, je tenais avant mon très prévu redépart, vous prévenir que lors de ma prochaine escale, je vais enchaîner (après divers et fous ordres et contre-ordres) le jeu des 7 vraies/fausses révélations.
Certains savent, par mes refus successifs, combien je n'apprécie pas ces jeux d'usine, mais ici, il ne s'agit plus vraiment d'un simple jeu me concernant.
Bien évidement, c'est bien ma chère Azazel qui m'a mis sur la piste de danse, mais aimant particulièrement remuer le cambouis en ce moment, j'ai tout bonnement aussi envie de balancer mes 4/7/8/9… vérités. Tempête en prévision… je ne sais pas. Nous verrons bien.




Jeudi 12 avril 2007



Elles auront beau trembler dans l'air du temps, pleurer la plus mielleuse des rosées, saturer sauvagement l'ambiance de mes nuits, me happer les sens de leurs formes, me promettre de se délaver et de flétrir, me fendre la raison à coups d'effluves répétés, elles n'y pourront rien.

Ma décision est prise et la sentence sans justice tranchée.

Pas d'arène, pas d'avocat, pas de jugement, pas de hurlements, pas de pâmoison désuète.

L'arbitraire pour seul déclencheur et unique arrêté.


Elles et moi. Et l'arme à deux lames.


Je leur ai annoncé, par respect, l'heure. Elle est celle du coucou fou de mon silence et du bruit de mes pas perdus sur le gravier.

Je leur ai dit que l'oiseau de malheur serait pour elles une délivrance. Qu'elles devaient se faire une raison, me croire ou bien espérer en un dieu absent. Qu'elles ne peuvent de toute façon s'épanouir avec toute la colère qu'elles m'inspirent. Qu'elles auraient peur, mais qu'elles ne souffriraient pas. Je crois. Que je pourrais aussi bien les transformer en torches éphémères. Aussi. Alors...


Il fera juste un peu frais. Ce sera demain. Premières lueurs du jour.

Je marcherai la tête haute, le coeur déterré et décapiterai toutes les fleurs de mon jardin.

Il n'y aura pas de survivante, je serai sans pitié et les têtes sècheront au soleil de mon sourire.

Je leur susurrerai le pourquoi despotique. Peut-être.


« Vous n'aviez pas le droit d'être belles en son absence »


Il fera beau ensuite.

Je penserai à elle alors avec plus de sérénité, je songerai à cette liberté essentielle de vivre loin.

Je donnerai de la salade au chat, coifferai la tortue et n'oublierai pas d'arroser les canaris.

Et je l'attendrai, comme heureuse et satisfaite créature aliénée, beaucoup, passionnément, sans peu.


Oui. J'attendrai de reconnaitre ce qu'elles n'ont jamais réussi à me faire oublier.

                                                                                                                        Plaiethore

 

Sarah Moon, Issey Miyake, 1992



Dimanche 4 mars 2007



Couillon de la Lune a donné un grand coup de foudre dans l'escabeau


C'est la colère, c'est la colère


Comprenez, il n'y a plus de croûtes de réverbère à gratter
Et les poches trouées ont laissé s'échapper le sable crissant


C'est la fatigue, c'est la fatigue


Comprenez, c'est bientôt le printemps
Les oiseaux vont éclore,
Les bourgeons vont commencer à piailler
Les fleurs vont bourdonner
Et les abeilles se lissent déjà les moustaches
Sans parler du bâtard jaune en haut des cieux
Qui débute ses gloussement de tapir enrhumé
Des mouches qui se mordent la queue
Et des fourmis qui se lèchent le croupion


Et comprenez, le soleil fout le cafard au couillon


Il préfère rouler des pelles à la lune
La putain de ses nuits éclairées
Il a tellement gratté pour lui plaire
Que ses ongles sont devenus vers de gris


C'est le sommeil, c'est le sommeil


Ca empeste la mort, ça empeste la haine, ça empeste l'aisselle de brute
Alors de quel droit les coquelicots s'ébrouent-ils
En une seule armée de conquérants aux glaives de rosée ?
De quel droit suivent-ils le couillon de la lune
Qui exhorte la fanaison précoce des pavots
Afin de trancher les jarrets des érables à sirop de connerie ?


Comprenez bien, le couillon a sous ses paupières
Un linceul maculé, qui gigote dans un trou ensablé
Pour tenter d'échapper aux pierres de prières acérées
Un regard de printemps qui ne veut pas de l'été
Un souffle d'hiver qui a oublié comment ramper
Un petit prince qui part pour l'abattoir
Une belle au bois qui ne veut plus se réveiller
Et une Diva qui freine à chanter en aparté


C'est la poésie, c'est la poésie



"L'hommage à Oskar Panizza", George Grosz


Ce sont pourtant bien ces mêmes coquelicots
Qui ont tâché le drap blanc de pétales ensanglantés ?
C'est pourtant bien le nez dudit couillon de la lune
Qui ne cesse de donner des larmes carminées ?
Puisque lui ne sait toujours pas pleurer


C'est la romance, c'est la romance

Comprenez, il a besoin de souffler


Il entend les cris des fous dans les plaines
Comme un appel qui siffle le renoncement du combattant
Il ne veut pas les écouter, il prendra le chemin rocailleux
Celui qui mène aux sommets sans pics
Il surveillera ainsi son lampion urbain de plus haut
Attendra qu'il se couvre encore de belles croûtes lumineuses
Qu'il soit de nouveau mûri par les rayons suintants de barbarie
Pour ensuite revenir, apaisé de brûlures et de courroux
Et une fois gavé de la rage de l'amant exaspéré
Ses griffes auront poussé et voudront immodérément s'encrasser
Et les épluchures de poumons seront blettes et prêtes à folâtrer


C'est l'humour, c'est l'humour


Comprenez, le couillon de la lune ne vous tourne pas le dos
Il ne s'agit pas de désertion, pas de débandade, pas de débande
Mais de dépassement des  altitudes cocotte à l'arsenic
Et de cueillette pléthorique de fleurs âcracides
On ne les trouve que là-haut ces bubones à la langue sucrée
Il fait mille pirouettes, jusqu'à mille lieux d'ici et de là


Il vous salue et vous dit à bientôt les perles, avez-vous donc compris ?


Chuuuuuuuuut...

Plaiethore



Mercredi 17 janvier 2007



Cette nuit, j'ai posé mes mains à plat sur sa voute de chair
Comme la mère pose ses mains alanguies sur son ventre rebondi
Cette nuit, je l'ai portée, je l'ai bercée
J'ai entonné pour elle les murmures d'outre-matrice
J'ai fait d'une mèche de ses cheveux un cordon de vie
Un lien de perfection qui nous détache de l'univers globuleux
J'ai écouté le tendre et lent remous, qui respirait sous mes paumes
Son visage enfoui dans mon corps
J'ai admiré le couronnement d'une création
La sublime création
Celle que j'avais imaginée
Telle qu'Elle
A pleins poumons, je l'ai respirée
Pour rejoindre cette origine que nous seuls connaissons
Ils n'ont pas cette chance les gueux
J'ai ouvert la bouche pour aspirer la faute du jour, le délit de bientôt
Pour happer ma puissance et humer du bout de mon haleine le matériau
Vous savez, j'aurais pu
Vous savez, je pourrais
Je peux
Me fendre et me trouer encore
Creuser cette cavité aux merveilles
Pour l'y voir renaître toujours
Ses péchés, ses forfaits, m'appartiennent
C'est moi qui les ai créés
J'avoue, j'avoue aimer cette douleur lorsque je l'en dépossède
Je suis tel le terreau fertile, d'où le germe peut croître
Je peux aussi être le fumier qui engraissera son âme
Qui fera d'elle la hauteur et la prestance
Elle, telle qu'Elle
Il suffira juste d'une (a)larme pour que je devienne la cendre
Cette frêle poussière d'extase qui éteindra ses éclats de fureur
Ou bien qui ensevelira cette ombre décharnée qui gît aux pieds de sa couche
Non, ils n'ont pas de chance les gueux, nous ne sommes pas eux.

Plaiethore


Vers le blanc infini, Jean Arp



Mercredi 10 janvier 2007



- "Un être humain, il faut que ça saigne ! Il faut que ça hurle !"

Dans le silence et les ténèbres de sa cellule spirituelle, je me souviens de ces mots, ceux que mon enfant prononça. La fièvre le tenait.

- "De beaux boyaux sanguinolents que l'on étendra en ton nom Mère ! De beaux cris venus des ventres qui ne créeront plus ! En ton honneur !"

Etait-ce pour lui s'évader dans la peine des autres, était-ce se retrouver, sous la régidité dont l'entoura son milieu confortable, le gémissement d'un violon, l'émotion dont son âme avait besoin pour garder son indéfectible pouvoir de secourir ?

Ou bien était-ce se retrouver sous la chaleur crasseuse de la misère née, le bêlement de l'animal malade que l'on doit abattre, le saisissement dont son honneur avait exigence pour conserver un puissant effort de résistance ?

Je l'ai béni par des déluges de grâces et des mots de délivrance. Aujourd'hui, ils m'apparaissent comme sacrilèges, comme outrages à sa propre existence.

Mon enfant n'aimait que les cris aux harmonies parfaites : les exhortations de théâtre ou les rugissements de champs de bataille.

Et lorsque j'ai compris que ma souffrance l'irritait, je me suis tue.


"The Graminaceaous Bicycle", Max Ernst

Et pourtant, depuis l'aurore unique jusqu'aux crépuscules multiples, j'ai connu des cris horrifiés, barbares, discordants, qui ont étouffé les miens.

Comme ils me poursuivent ces cris d'antan ! Ceux arrachés avec certitude, avec aspiration et attente. Je les entends partout, la nuit, le jour ! Ils résonnent dans mon ardeur, ils martèlent mon essence comme l'enclume du forgeron de la mort. Celui-là... mon ennemi. Mon frère.

Mais les cris de mon fils, aujourd'hui, ne possèdent plus l'espoir, ne suintent plus le jus pourpre de la conviction.

J'ai vu son visage de chair se défaire de sa jeune et farouche beauté et devenir le visage torturé, buriné de celui qui finit par comprendre.

Je ne peux pas crier moi-même devant lui. Je ne peux que voiler ma face, lui dissimuler mon tourment et l'étouffer, tant je crains de lui faire encore plus de mal en lui confiant ce que je sais.

Il a perdu foi. Il souffre maintenant de toutes les questions que posent la mort, la souffrance et l'injustice.

Mais je l'aime trop pour ne pas me taire sur ma propre douleur. Je reste penchée sur cette angoisse grandissante, j'éponge son délire brûlant, je caresse ses cheveux dorés par l'ignorance, jour après jour, seconde par seconde.

Et je reste seule face à moi-même.
Je suis la vie. J'ai enfanté. Le fils a lâché ma main et je suis seule.
                                                                                                                   Plaiethore


Jeudi 4 janvier 2007




"Le temps est passé à une allure folle. Je ne l'ai pas vu filer..."

Ah ! C'est donc ça !

Le temps est donc un cruel extravagant
Un psychopathe dévoué à sa seule liberté
Un enfant trop gâté
Que nulle mère n'a jamais aimé
Ou osé regarder

Il se goinfre en silence et reste agile
On croit le surveiller, le compter, le tasser,
L'amadouer cet odieux aliéné
Ce tortionnaire de Stockholm


Damnés, damnés

Mais c'est lui qui nous pompe,
Qui nous lèche, nous astique, nous suce
Un temps, on se croit forteresse, remarquable et lisse

Brindille, brindille

Au beau temps, il nous casse
Son jeu favori, "voûte-toi que je te creuse"

Le temps nous laissera tous sur le bord de la route
Sous l'enflure d'un remblai

Des chiens, des chiens

Des assoiffés faméliques
Fœtus de cendre, poussières d'étincelles
Il nous a fait naître les pieds liés à notre cénotaphe


http://www.plaiethore.com/images/FrantisekDrtikol1-copie-2.jpg
Untitled, Frantisek Drtikol, 1919


Il est un père infanticide et sans scrupules

Un géniteur vicieux, un bienfaisant de cruauté
Il nourrit ses fidèles charognes,
Les remords et les regrets
Ôtant du bec de la mémoire et de l'annale,
La pitance prédigérée de l'existence

Humains, humains

Machination ! Intention !
Jugement ancestral et perpétuel : l'écoulement par nos vies

"Danse petite pousse ! Danse !". Il crache sur mon front
Il rit. Le dément malin

Mon fou, donne-moi un monocle fumé, je te plais
Que je puisse badiner à mon tour. A mon tour

Saleté de vieillard galopin
Attaque-moi, que je te tue !

Le temps que j'ai entre les mains
Est cette arme de vigueur que tu m'as donnée
Il est encore temps, mon temps
Que je te fracasse et te mange

Si tu es le père, je suis le parricide

Plaiethore

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