Faut-il donc que je cimente entre eux mes fragments récemment explosés, afin de recomposer un marbre de hardiesse prêt à affronter tous les supplices obéissants, tous les calvaires mystiques, toutes les tortures d’une inquisition à inventer ?
Faut-il donc que le belliqueux guerrier ramasse son bouclier laminé de larmes indomptées et arme de nouveau son bras mutilé et tatoué le plus vigoureux d’un glaive toujours ensanglanté ?
Faut-il donc que je chevauche encore mon dragon blanc pour venir sauver La Divange des tentacules suant l'acide de la Méduse à l’haleine puante, aux dents noires et ébréchées ?
Je n’ai jamais voulu essuyer ma lame sur les vents heureux et prospères, tu sais.
J’ai préféré la garder maculée des saisons pourpres allongées dans un tombereau béant, afin de lécher les croûtes cramoisies accrochées au fil tranchant, de temps en temps, pour me souvenir, toujours, le goût de l’enfer, des plaies et des brasiers qui enfantent sans douleur les putains à la peau d’écailles, les incubes et les succubes aux seins sales et aux mamelles cloutées de chancres qui ne se cautérisent ; car c’est en goûtant la vie renaissante de l'ennemi que l’on peut prétendre envisager sa mort à renouveler.

Faut-il donc alors que je cesse d’écouter les battements de mon cœur en déroute, pour qu’il puisse être aussi vaillant qu’un lion famélique et rugissant ?
Faut-il donc que j’ensevelisse les ardeurs de mes poumons sous les cendres de mes cris calcinés, pour que tes chants hurlent enfin de cet univers inexploré ou peut-être même éventuellement chimérique ?
Faut-il donc que je tranche avec bestialité les têtes des fantômes, que je tronçonne les membres des ectoplasmes, que j’étripe les bedons des revenants, que j’arrache le visage des ombres et que je dévore tel le barbare la chair froide, crue et suppurante des filigranes échevelés et insensés, afin qu’une régurgitation de l’âme puisse abonder aux pieds de ta couche ?
Je n’ai jamais voulu asphyxier les flambeaux qui veillent sur tes nuits travesties en jours, tu sais.
J’ai préféré faire semblant de dormir et aimer follement la glaciation de mes entrailles, en gardant sous mes paupières brûlantes d’érosion éternelle les lueurs sombres faisant danser les pas errants, faisant valser les silences maudits et trémousser les pensées despotiques ; car c’est en ne jamais se cousant les yeux que l’on peut toujours surprendre pour les fracasser, les sourdes vipères qui ondulent sous nos crânes symbiotiques.
Je suis préparé. Je suis prêt. Je suis déjà sur la route sans destination planifiée.
Juste et seulement Elle à l'horizon. Toi.
J’ai enterré ma croix à la naissance de mon premier combat.
J’ai déterré ma hargne aux obsèques de l’innocent aux mains chargées de bourbe.
Que le paradis tremble, car ses humus moites vont s’embraser de mon amour.
Que l’enfer frissonne, car ses glèbes de feu vont être noyées
sous les eaux en fureur de ma passion.























