C'était le petit matin, bien que le coq du village ne chantait plus depuis quelques heures.
Sous ma couette, je rêvais être le vent qui fusait entre les jambes d'Audrey Tautou et qui faisait virevoltait sa jupe trop sagement plissée…
Toc !
J'ouvris un œil. Je le refermais aussitôt.
Toc !
J'ouvris les deux yeux.
Toc !
…
Toc !
Je me dressais d'un bond hors de mon lit et me précipitais vers la fenêtre que j'ouvris immédiatement. D'un grand mouvement de bras je claquais les persiennes contre le mur et Toc ! Un caillou dans le front.
PUTAIN !!! LE CON !
- Chuuuuuuuuuut !
- Junky, mais que fais-tu ?
Mon vieil ami se tenait deux étages plus bas, chevauchant son scooter Trinidad. Il avait revêtu ses beaux habits du dimanche.
- Mais, tu es fou ! Ce n'est pas le jour du Seigneur mon grand !
- Je suis venu te dire au revoir.
- QUOI ?
- Je suis venu te dire AU REVOIR. DESCENDS tu veux ?
Je me frottais les yeux. Je regardais plus attentivement le visage poupin éloigné et ne vis aucun sourire. Je compris le sérieux de la situation et cet état n'étant pas habituel chez mon rond camarade, je pris peur.
- J'arrive ! Je descends tout de suite !
Je quittais précipitamment mon antre et dévalais les escaliers à moitié explosés, en risquant de me rompre le cou toutes les trois marches.
En un rien de temps je me retrouvais face à mon andouille byzantine.
- Alors Junky, mon ami, que se passe-t-il ? Qui donc as-tu roulé cette fois-ci pour vouloir ainsi partir si fier sur ta monture ?
Junky sembla un instant me toiser derrière les verres fumés de ses Gucci des grands jours et je le vis même esquisser un très léger sourire, avant de redresser fièrement l'avachi artistique de son corps. Il ôta ses lunettes. Et d'une inaccoutumée voix claire et posée, il reprit :

- Je dois partir. Je pars maintenant. Mais je tenais à venir te saluer avant.
- Mais enfin, où dois-tu partir ? Et pourquoi cette précipitation ?
- J'ai une mission à accomplir. Je suis attendu, pour ne pas dire espéré. Je reviendrai dans trois mois, quatre tout au plus. Je ne peux pas t'en dire plus.
- Tu as pété un plomb dis-moi Junky ! Tu as trop bu hier soir, c'est ça ! Tu n'es pas encore réveillé !
- Je vais très bien et mes idées sont aussi limpides que l'eau bénie de notre chère chapelle.
- Mais justement ! Notre chapelle. Enfin, Junky, tu ne peux pas partir ainsi. Nous avons tellement de choses à fignoler pour notre paroisse. L'orgie de fin d'année approche à grands pas ! Et les cantiques que nous avons à répéter toi et moi ! Tu me fais une blague ! C'est ça c'est une blague. C'est pas drôle BORDEL !
- Je suis désolé…
- Tu as des ennuis ? Je pars avec toi ! Je le vaux bien !
- Non. Je dois partir seul. Je ne peux pas t'emmener…
Mon ami tourna la clef de Trinidad. Le moteur se mit à gémir avant de rugir pour de bon.
- Non ! Dis-moi, je t'en prie. Je suis sûr que je peux t'aider.
Ses yeux s'embuèrent en me fixant étrangement. Junky remis ses Gucci sur le bout de son petit nez bouffi.
- Je pars seul. A bientôt. Travaille ta voix de haute-contre pendant mon absence. A mon retour, moi je serai prêt. Je compte sur toi.
Il démarra en trombe, laissant un gros nuage de poussière masquer ses rondeurs de promesses de Paradis.
- Putain.
Ne sachant pas pleurer, c'est mon nez qui commença à couler.
- Putain.
Machinalement, je fis glisser mes mains sur mes cuisses… mais... mes poches…? mon pantalon…?
Je comprenais maintenant l'ébauche de sourire chez mon vieil ami… Dans mon élan, j'avais tout simplement oublié que je dors toujours nu…
- JUNKY ! SALOP !
Il était déjà loin et ne pouvait plus m'entendre clairement.