Mercredi 2 juin 2010




Pour tous les rotomanes, tel le Grand Marcel
Pour tous les autres également... Non, pas tous
Pour ceux qui m'attendront... Ou pas

Pour ceux qui avaient une folle envie de trucider Mademoiselle Trapableux,
Irha de son prénom, salope de son état





Film apothéose de la rotation, réalisé à Paris en 1926,
par Marcel DUCHAMP, en collaboration avec Man Ray et Marc Allégret

copyrighted by Rrose Sélavy



A vous le libre choix d'imaginer alors,
les rires gras,
les roulades déculottées,
les philosophies qui pètent,
les absurdités qui sniffent des bulles de rien,
les confidences lunaires,
les cernes du jour d'après,
la Fée Verte (enfin noire en l'occurrence) qui chatouille les neurones...
et le ventre repu de gâteau à la laitue caramélisée,
les pieds qui se brûlent de bitume froid,
le choc des Bôs Crânes
et les yeux,
nos yeux qui se pénètreront pour entrer dans une folle rotation hypnotique...

Bien à vous, pas à...

Plaie des Réverbères





Post Scriptôme : Une pensée toute particulière en ce lieu de rotophilie pour notre Oeil Pétrifié chéri.


Samedi 16 janvier 2010






La Tentation d'Eve

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"Je suis, multiple, à travers cette histoire collective qui nous révèle nos peurs et nos chimères,
j'avance, je tatônne, je trébuche, mais je reste l'éternel féminin."
  Marie-Claude Pietragalla




Mercredi 6 mai 2009

Nota allégoretifique : Pour les faignasses de la lecture,
un edit spécialement trucmuché pour vous en bas de page...





« Guy de Maupassant affirmait que Algernon-Charles Swinburne lui semblait le mortel le plus extravagamment artiste du monde. A présent que le mortel chantre de l’immortelle Laus Veneris est mort, nous sommes deux esthètes chauves, trois pelés et quatre tondus - neuf en tout - fondés à regarder comme le plus extravagamment artiste de nos contemporains le nommé Georges Fourest. … » Willy (Henry Gauthier-Villars),
préfaceur de « La Négresse Blonde ».




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Si l’on ajoute un chevelu adepte de la pince à tifs, l’on peut me compter comme le dixième des admirateurs du plus inaccoutumé des poètes.


Georges Fourest c’est la mesure effrénée des verbes, le tempo indécent des classiques revisités par un Pierrot délirant et moqueur, le contorsionniste clownesque de l’image écrite, le romantisme à l'eau de punaise, l’acrobate fêlé du lyrisme, le panache de la rareté des belles lettres, la poésie ardente des vocables qui s'inventent, le diable burlesque à queue de pie jacasse, le cynisme roulant en corbillard de carton pâte enguirlandé, le tueur des spectateurs de mise à mort, le dément qui ricane des folies humaines, l’enfant cruel qui torture l’amer de l’existence et qui vous jette dans les yeux les cadavres absurdes et parfumés de ses victimes, le croque-mort mondain de nos fous rires jaune pisse, la légèreté qui se fait plus lourde qu’un éléphant syphilitique, le chef d’orchestre hautain et déjanté de la critique sournoise, l’encaustique acide des arts de nos tables  et de nos alcôves hypocrites, la lucidité décadente qui danse sur notre petitesse, la bave brûlante d’un doux animal qui aime à se faire rebrousser le poil.


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Triboulet, pseudonyme crétin dont le poète aimait à s’affubler avec honneur, me fait rire de ses farces au goût amer de l’impertinence armée de dents de verre pilé, au point d’en chérir à en gerber l'écœurant sépulcre que notre nourrice commune s’évertue à fleurir de racines et non de pétales… la conne.


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Etes-vous prêt à devenir le onzième larron d’une clique déglinguée en gaine de vers à soie, guidée par les mots d’une dinde cantatrice au rictus moqueur, pondant des petits cochons d’huile de poisson, empalée sur déambulateur de théâtre et enchantée de l’être ?
Ou bien reviendrez-vous près de votre « vieille mère, deviner les rébus des journaux illustrés » ?


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Oui, je sais, le texte que j’ai choisi et qui suit est long, mais je ne pouvais me résigner à médiocrement le débiter en fines darnes orphelines… Et puis, qui sait, si un jour vous pensez en pleurnichant à votre mort et à toutes les entourloupes qui virevoltent dans ces moments carnavalesques, alors, alors, peut-être commettrez vous un acte Fourestien par excellence et que « vous cavalcaderez munis de deux carafes d’onyx pour recueillir le pipi de vos yeux » en hurlant de rire…




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"The Blond Negress", Constantin Brancusi 
Sculpture sur bronze 1926



Epître falote et testamentaire pour régler l’ordre
et la marche de mes funérailles


Il ne me convient point, barons de catalogne
Lorsque je porterai mon âme à Lucifer,
Qu’on traite ma dépouille ainsi que la charogne
D’un employé de banque ou de chemin de fer ;

Que mon enterrement soit superbe et farouche,
Que les bourgeois glaireux bâillent d’étonnement
Et que Sadi Carnot, ouvrant sa large bouche,
Se dise : « Nom de Dieu ! le bel enterrement ! »


Le linceul sera simple et cossu : dans la bile
D’un pédéraste occis par Capeluche vers
L’an treize cent soixante, un ouvrier habile
A tanné douze peaux de caprimulgues verts :

Pour ôter au cadavre un aspect trop morose
Premier que me vêtir du suaire teignez
Mes sourcils en bleu ciel et mes cheveux en rose
De flamant et dorez mes ongles bien rognés.

Ce coffre d’orichalque ocellé de sardoines
Et doublé de samit qu’autrefois Gengis-Khan
Offrit à mon aïeul semble des plus idoines
A recevoir mon corps aimé de Dinican !

Etendez-moi rigide au fond de cette bière,
Placez entre mes mains nos livres décadents :
Laforgue, Maldoror, Rimbaud, Tristan Corbière
Mais pas de René Ghil : ça me fout mal aux dents !


II

Pour corbillard, je veux un très doré carrosse
Conduit par un berger Watteau des plus coquets,
Et que traînent, au lieu d’une poussive rosse,
Dix cochons peints en vert comme des perroquets ;

Celle que j’aimai seul, ma négresse ingénue
Qui mange des poulets et des lapins vivants,
Derrière le cercueil, marchera toute nue
Et ses cheveux huilés parfumeront les vents ;

Les croque-morts seront vêtus de laticlaves
Jaune serin, coiffés d’un immense Kolbach
Et trois mille zeibecks pris entre mes esclaves
Suivront le char jouant des polkas d’Offenbach ;

Vous, sur des hircocerfs, des zèbres, des girafes
Juchés et clamitant des vers facétieux,
Vous cavalcaderez munis de deux carafes
D’onyx pour recueillir le pipi de vos yeux,  


Tandis que méprisant la faune, ô Lacépède,
Drapé dans une peau de caméléopard
Mon vieux copain Deibler, sur un vélocipède,
Braillera la Revue et le Chant du Départ !

III

Dans un temple phallique atramente de moire,
Monsieur Docre, chanoine et prêtre habituel
Des sabbats, voudra bien chanter la Messe noire
Evoquant Belphégor d’après son rituel.


IV

Ce gâteau de Savoie ayant Hugo pour fève,
Le Panthéon classique, est un morne tombeau ;
Pour moi j’aimerais mieux (que le Dyable m’enlève !)
Le gésier d’un vautour ou celui d’un corbeau !

Puisque j’ai convomi la société fausse
Où les fiers et les forts ne sont que réprouvés,
Monsieur le fossoyeur, vous creuserez ma fosse
Parmi les assassins, dans le Champ-des-Navets !


Ni croix, ni monument ; sous la Lune hagarde
Je sortirai parfois, la nuit, pareil aux loups-
Garous et les bourgeois diront : « Que Dieu nous garde ! »
Quand surgira mon spectre, à l’heure des filous !...

L’épitaphe ? Barons, laissez la rhétorique
Funèbre aux bonnetiers ! Sur ma pierre, par la
Barbe Mahom ! Gravez en lettres rouge brique
Ces quatre alexandrins où tout mon cœur parla :


« Ci-gît Georges Fourest ; il portait la royale
Tel autrefois Armand Duplessis-Richelieu,
Sa moustache était fine et son âme loyale !
Oncques il ne craignit la vérole ni Dieu !... »

Et pour épastrouiller la tourbe scélérate,
S’il vous faut exalter en moi quelque vertu
Narrez que j’exécrais le pleutre démocrate
Et que le bout de mes souliers était pointu !

Et tout sera parfait ! Et moi, dans le géhenne,
Grinçant et debout sur les brasiers tisonnés,
Je hurlerai tel cri de blasphème et de haine
Que je terrifierai le Dyable et ses damnés !!!

Or, j’ai scellé ce pli des sept sceaux d’Aquitaine,
Moi, neveu d’Astaroth, maudit par Jésus-Christ !
Et pour être compris même de Monsieur Taine,
Je m’exprime en vulgaire et non point en sanscrit !



Georges Fourest, in « La Négresse Blonde » 1909



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Edit du jeudi 7 mai 2009


 

Pseudo-sonnet que les amateurs de plaisanterie facile
proclameront le plus beau du recueil

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Nemo (Nihil, cap. 00).

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(*) Si j’ose m’exprimer ainsi !

(Note de l’Auteur.)

 

Georges Fourest, in « La Négresse Blonde »

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Du même auteur :
Contes pour les Satyres, 1923
Le Géranium Ovipare, 1938




 

Lundi 16 mars 2009





Une nuit de crachin glacial et cinglant du dernier an mort, il chantait dans ma ville.
Avant de quitter la scène, le Poète Apache s’adressait à la foule ivre de sa voix des cavernes de l’âme, la nuque rompue sous les coups assénés de sa musique…

Il m’a dit « Au revoir. Prenez soin de vous. Surtout n’attrapez pas froid ».
Je l’ai entendu.


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J’ai jeté au ciel les hurlements qu’il venait d’étouffer dans ma gorge.
Une fois mes exhortations retombées à ses pieds, comme bouquet jugulé de délitescences, il s’est baissé, mimant d’un geste révérencieux l'immortalité qu’il m’offrait en échange d’une poignée de ma douleur qu’il acceptait de ramasser et d’emmener avec lui.

Poète, tu peux toujours mourir, tu peux encore courir !

Donnant-donnant Poète.
Nous avons signé un pacte insensé et illisible.
Nous avons mêlé la cendre de mes yeux à ton sang.




*


Comme Un Lego

C'est un grand terrain de nulle part
Avec de belles poignées d'argent
La lunette d'un microscope
Et tous ce petits êtres qui courent

Car chacun vaque à son destin
Petits ou grands
Comme durant des siècles égyptiens
Péniblement

A porter mille fois son point sur le i
Sous la chaleur et sous le vent
Dans le soleil ou dans la nuit
Voyez-vous ces êtres vivants ?
Voyez-vous ces êtres vivants ?
Voyez-vous ces êtres vivants ?

Quelqu'un a inventé ce jeu
Terrible, cruel, captivant
Les maisons, les lacs, les continents
Comme un lego avec du vent

La faiblesse des tout-puissants
Comme un lego avec du sang
La force décuplée des perdants
Comme un lego avec des dents
Comme un lego avec des mains
Comme un lego

Voyez-vous tous ces humains ?
Danser ensemble à se donner la main
S'embrasser dans le noir à cheveux blonds
A ne pas voir demain comme ils seront

Car si la terre est ronde
Et qu'ils s'y agrippent
Au delà c'est le vide
Assis devant le restant d'une portion de frites
Noir sidéral et quelques plats d'amibes

Les capitales sont toutes les mêmes devenues
Aux facettes d'un même miroir
Vêtues d'acier, vêtues de noir
Comme un lego mais sans mémoire
Comme un lego mais sans mémoire
Comme un lego mais sans mémoire

Les capitales sont toutes les mêmes devenues
Aux facettes d'un même miroir
Vêtues d'acier, vêtues de noir
Comme un lego mais sans mémoire
Comme un lego mais sans mémoire
Comme un lego mais sans mémoire

Pourquoi ne me réponds-tu jamais ?
Sous ce manguier de plus de dix mille pages
A te balancer dans cette cage

A voir le monde de si haut
Comme un damier, comme un lego
Comme un imputrescible lego
Comme un insecte mais sur le dos

C'est un grand terrain de nulle part
Avec de belles poignées d'argent
La lunette d'un microscope
On regarde, on regarde, on regarde dedans

On voit de toutes petites choses qui luisent
Ce sont des gens dans des chemises
Comme durant ces siècles de la longue nuit
Dans le silence ou dans le bruit
Dans le silence ou dans le bruit
Dans le silence ou dans le bruit

Alain Bashung




Dimanche 8 février 2009




Parce que, elle, est intacte de ses tripes et de l’énigme de l’imaginaire.


Parce que, lui, est une terre brute où poussent les tracés de l’enfance et de la rébellion.

Parce que leur art est libéré de la dépendance, du complot, de ce qui se gratte en consignes définies par le sociétaire.

Parce que, elle, se cale parfois dans un coin de pièce, là où la lumière correspond le mieux à sa liberté.

Parce que, lui, joue dans la rue, pour jouer des couleurs des gens, celles dont ils ignorent parfois la moindre nuance.

Parce que, elle, puise dans les ébranlements de son antan, le choc émotionnel qui va déstabiliser le notre et notre faiblard aujourd’hui.

Parce que, lui, puise dans la mémoire des petites années, la force du gamin qu’il ne cesse d’être.

Parce que, elle, ne reproduit rien, car elle est l’outil d’une création guidée par les esprits de vos morts.

Parce que, lui, ne pactise pas avec les vieux maîtres, car il communique avec les vivants.

Parce que, elle, lorsqu’elle a envie de pousser des cris stridents de caille urbaine, virevolte sur les trottoirs.

Parce que, lui, lorsqu’il dit les mots du ventre, s’arrête comme loup des steppes au beau milieu d’une chaussée en folie motorisée.

Parce que, elle, est encore fragile de son devenir.

Parce que, lui, est fort de ce qu’il va encore connaître.

Parce ce que, elle, est sur le chemin de savoir apprendre à jeter le fiel des zombies bouffeurs de cervelle.

Parce que, lui, peut troquer comme un dextre jongleur, le beau pour le cru le plus pur.

Parce que, elle, peint comme elle pense et que lui, pense comme il peint.

Parce que, elle, met en scène les mythes qui se jouent sur les planches de notre sang qui palpite.

Parce que, lui, sait faire chanter le brut cobra, qui ne dansera jamais sous l’ordre de nos flûtes.



Parce que l’on peut dire d’eux qu’ils sont des fous désaliénés du dogmatisme, désincarcérés du compas, de la règle et du pinceau trop bien taillé, et qu’aucune servilité ne pourra leur faire arrondir l’échine.

Parce que, elle, est mon amie d’un toujours qui a posé son attention sur mes sphères cachées et que lui représente mon souhait d’une amitié maculée des tâches de l’existence.

Parce qu’ils m’ont offert, associés mais sans liens suppliciants, la vision d’un bel Humain.
Le H est ici valeureux, coriace, ébréché, sensitif, tendre et brutal. Debout. Debout.
Et pour tout cela, ils me permettent de leur dire le merci nu de décoffrage.
Debout. Debout.
                                                                                                                                                                           
Plaiethore



ELLE

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« Sans titre », Pascale CERATO


LUI

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« La dispute », Paulin NIKOLLI


On cliquette sur les images pour les mieux connaître, elle et lui...




Edit du 9 février

Et voici le plus beau des cadeaux que elle et lui pouvaient m'offrir, leurs émotions qui m'ont été écrites suite à la lecture de cet humble hommage...


"Parce que je ne peux plus répondre à cette attitude émotionnelle qui me fait chavirer dans des sphères trop inconnues.
Parce que tu as senti mieux que nous le pouvoir de notre faiblesse.
Parce que tu absorbes notre sang comme on recrache nos tripes.
Parce que tu filtres l'essentiel de notre amertume".
Pascale.


"Parce que je suis né avec un petit bagage.
J'ai grandi avec ces bagages plein de mots que je ne pouvais pas exprimer.
Je n'étais pas libre.
Je voulais les sortir d'un seul jet.
C'est la rébellion qui se transforme en couleur avec les personnages bizarres loin de la vérité et provenant de l'imaginaire.
Bravo à celui qui le comprend. Celui qui ne l'attrape pas il fuit. C'est pas mon problème.
Merci car tu as tout compris".
Paulin. 



Et moi, je reste debout. Debout comme un viscère.


 


Jeudi 10 janvier 2008



Certains se souviendront peut-être de cette photographie "La persévérance"
illustrant l'un de mes textes...






Ce soir j'emprunte sa route et vais pour la seconde fois de ma vie lui serrer fermement sa paluche de metteur en scène de lui-même par lui-même.



"Un choix décisif", Gilbert GARCIN



"L'indifférent", Gilbert Garcin

 


Dimanche 13 janvier 2008


Ce n'était pas le demain le bon jour, ni l'après-demain, mais bien aujourd'hui.


Hier et avant-hier le ciel était plombé, sous chape de nuages statiques, l'air était humide et constamment arrosé d'une pluie fine, froide et mesquine. Le temps semblait vicieux, vicié par les tourments infligés par lui-même. Rien ne correspondait à l'ambiance dont j'avais besoin pour évoquer mes impressions, mes sensations.


Aujourd'hui, le mistral souffle sans trop de violence, les quelques moutonneux nuages se baladent et semblent plaisanter avec les oiseaux de mer ; plus de couvercle sur la marmite existence, c'est une belle journée pour s'adonner au jeu des pensées qui volent.

Car voyez-vous, s'il y a bien une liberté que nous offre Gilbert Garcin, c'est bien cette dernière, l'envol de la pensée.


 
"Le vol d'Icare" (d'après Léonard de Vinci), Gilbert Garcin


Ce Grand, dans tous les sens du terme - en taille, en âge, en charisme, en talent - est un ballon non dirigeable, un Zeppelin de l'incontrôlable, duquel suspendent toujours quelques cordages qui permettent de s'y s'agripper pour un voyage non prémédité ou bien qui se montrent dans le seul but de cligner très aimablement de l'œil à ceux qui auront choisi de ne pas suivre l'idée, le point de départ de celui qui crée.


 
"Changer le monde", GG



Hormis la puissance non écrasante, les hommages délivrés à ses pères ou frères, le surréalisme sans ambiguïté,  l'absurde appréhendé en jeu de vie, qui se dégagent des œuvres de Garcin, il s'agit bien d'indépendance et d'autonomie que nous offre ce Monsieur. Suivent ensuite l'échange, la communication entre les personnes, qui souvent la bouche grande ouverte et après un certain laps de temps de contemplation et de navigation dans l'imaginaire ou le mythe, se lâchent à donner leur impression personnelle, avec un regard qui devient miroitant, enfantin et poétique. Le regardeur ne montre aucune résistance, il s'évapore avec consentement.

Voilà ! Nous devenons poésie, émanation, perception, intuition, volatile, sous et au-delà des cimaises d'un sage qui ne l'a sûrement jamais été et qui ne souhaite aussi clairement ne jamais le devenir !



"Le chien d'Elliot" (d'après Elliot Erwitt), GG


Gilbert Garcin a dit : « En préambule, je n'ai pas grand-chose à dire, dans la mesure où mes photos sont un peu des auberges espagnoles. Ce n'est pas à moi d'en dire le sens. Le sens, c'est ce que l'on y voit. Il n'y a aucun message, aucune idée…

Il m'arrive de recevoir des interprétations tout à fait différentes les unes des autres. Je les accepte toutes, et je ne me dis pas : « celui-là, il n'a rien compris ». S'il comprend cela, c'est que cela y est. Je fais donc confiance aux regardeurs, même lorsqu'il s'agit de professionnels, d'iconographes par exemple, qui interprètent mes images d'une manière diamétralement opposée à ce que moi j'avais imaginé ».



"Nocturne", GG


Oui, Gilbert Garcin est grand et impressionnant au premier abord, en sobre costume ou éternel pardessus sombre, mais dés que l'on s'approche de lui, il incline avec douceur sa tête, transperce du regard le votre, se souvient de vous, écoute avec ce toujours petit sourire en coin empli de tendresse, vous serre la main avec force et conviction, puis parle.

Et lorsqu'il parle, l'on se tait un instant, étonné d'entendre cette voix à l'accent du Sud, si proche du chiffre 7 que du 77. La durée d'une vie n'a alors plus de poids, plus lieu de se présenter harnachée de croûtes ancestrales. L'on écoute à notre tour et l'on se laisse bercer, jusqu'au moment où l'on sent le grand bonhomme partir sur ses nuages ; il s'échappe et nous nous échappons sur ses ou sur nos hauteurs.


 
"Il faut imaginer Sisyphe heureux, GG


Regarder l'amusement de Garcin, c'est contempler les portes qui s'ouvrent sur le loin, sur le haut, sans jamais se refermer. D'ailleurs aucune poignée à ces portes, aucun verrou de sécurité. L'on peut s'asseoir dans son jardin, sur les branches de ses arbres, sur sa plage, l'on peut s'irradier d'évidences mises en scène, comme l'on peut courir vers les sommets ou culbuter en riant dans les précipices. Tout devient possible, il suffit de se laisser aller et des chemins ont été semés à profusion, comme autant de graines de malice.


 
"L'amour de soi", GG


Je ne veux pas clore cet article en ne parlant pas de Madame Garcin, souvent présente sur les photographies de son époux et jamais éloignée de sa belle stature charnelle.


Elle est une figure à part entière, grande elle aussi, mince, élégante, portant chignon détonant et le subtil parfum des muses. Cette femme est d'une beauté extraordinaire, sur laquelle le vil temps semble également ne pas s'être arrêté. La voix mélodie les mots, les yeux pétillent la jeunesse, les traits du visage sont lissés par les sourires qu'elle n'a jamais du abandonner trop longtemps… nous glissons… nous sourions… nous rions…



"L'enfer, c'est les autres", GG


Sa poigne à elle est de fer, elle est faite pour broyer les os de ceux qui se prétendent tout savoir et tout comprendre, sans jamais vouloir aller plus loin que le bout de leur nez ou de leurs pieds accrochés à un ballon rond et ignare ; mais à l'instar de son espiègle « Gilbert », elle nous présente elle aussi sa conception de la vie : « un jeu, la vie n'est qu'un jeu ; il faut savoir s'amuser, toujours ; nous ne faisons que cela avec Gilbert, jouer. Il est trop tard autrement. »


 

"La vie devant soi", GG


Des mains, j'en ai serré dans ma vie, mais aujourd'hui je me dis qu'en tâter de cette façon si libre est une sacrée chance,
qui ne se présente malheureusement pas à chaque détour et sur chaque route.


                         Plaiethore, qui remercie Monsieur et Madame Garcin du fond du cœur.



"Réservation", Gilbert Garcin



Lundi 17 décembre 2007

Echo sans queue ni tête, en fin de page, pour tous ceux qui ont apprécié  ce monstre  de talent et de sensibilité à vif de peau(ésie)...

 



Elle est une de mes Grandes Dames en Noir et inutile de vous laissez deviner le pourquoi de ce que certains considèrent comme extrême brutalité, mon allégresse d'enfance à écrabouiller les laborieuses fourmis.


Poésie et cruauté de l'enfance, lyrisme et angoisse de l'humain, inspiration et mortification de l'existence, puissance et déchéance du quotidien… Zouc m'a légué tout cela.


Je ne compte plus le nombre de fois, où dans les cours de récré ou sur le parvis de mon lycée, j'ai joué et rejoué ce sketch, court certes mais si intense. Pour faire durer le plaisir, je me donnais même autorisation à allonger le texte, les gestes, les mimiques et curieux puis adeptes m'on rejoint.


Je vous laisse imaginer la scène, devant les yeux ébahis des « maîtres » des lieux.


 

On cliquette sur l'image...


20 ans que cette tournicoteuse de mèches en baguettes de tambour et à l'accent jurassien à couper au yatagan, ne se produit plus sur scène, grignotée depuis l'intérieur par une saloperie dorée contractée dans un lieu qui devait normalement la soigner.


ZOUC est toujours là pour moi. Toujours. Toutes ses autres performances scéniques, uniques, n'appartenant qu'à sa personnalité bien singulière également.


Les fourmis aussi…




P.S. Rendez-vous chez l'ami Jean ; de l'éloquence espiègle, mais sans fausse candeur, sortie d'une beauté construite paroles après paroles, pensées après pensées  vous y attendent. Zou !


Lundi 19 novembre 2007



Samedi soir dernier, que du bonheur : voir enfin UBU ROI joué sur la scène du théâtre national de la cité phocéenne !


A croire que j'attendais instinctivement LES acteurs et LE metteur en scène qui seraient à la hauteur des idées ubuesques d'Alfred Jarry, pour enfin me décider à poser mon séant sur un fauteuil à ressorts et à soubresauts de grands et gras rires.


Je ne citerai pas tous ces formidables acteurs, mais ils font partie de la Compagnie Ezéquiel Garcia-Romeu (Théatre National de Nice), ce dernier étant le fabuleux metteur en scène, qui j'en suis persuadé, aurait pu faire rougir de contentement l' « hénaurme » Alfred, s'il avait pu assister comme moi à cette parodie du théâtre classique, chargée contre le pouvoir en l'incarnation du plus grand des imbéciles : le Père Ubu.


 

 


Tous les travers de la volonté de domination des « grands » et des petits se sont retrouvés en condensé grotesque sur les planches, dont la sottise et la grossièreté deviennent les meilleures alliées de la lâcheté, de la convoitise, de la veulerie sans pareille, du caprice, de l'autoritarisme, de l'arbitraire et de la cruauté aveugle.


Nous avons ri, (nous spectateurs, nous sujets, nous conspirateurs, tour à tour, girouettes consentantes) parce que nous nous sommes approchés au plus près du terrifiant et du vrai, de ce qui a été et de ce qui est encore.


Nous avons ri aux éclats quand le magnifique Père Ubu s'est défroqué, nous montrant allègrement son petit mais avide cul pour tranquillement déféquer dans une boîte de conserve, dos tourné à la salle, à son peuple, à en pleurer à contempler la Mère Ubu massacrer des carottes symbolisant tous les personnages opposants à leur insatiable quête, à en secouer nos tripes à voir des marionnettes molles s'entretuant pour mener une guerre qui n'avait de sens que pour roi et reine.


 

 


Oui, ce fut mortel et mortellement drôle de constater tout simplement notre statut de lapins tout doux et prêts à se faire arracher la peau comme une simple chaussette que l'on ôte à l'envers et contre tous.


Une fois la pièce jouée, les acteurs ont été rappelés, encore, encore et encore et voyez-vous, c'est dans des moments comme ceux-ci, quand le rire prend le dessus de la monstruosité, que moi je me surprends parfois à penser à…

quelque chose, quelque chose qui ressemblerait à de l'espoir,
mais qui n'en serait pas.


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(P.S.) Je ne peux résister à poser ici une petite scène… mais évidement, Ubu Roi, comme La Cantatrice Chauve de Ionesco, DOIT se voir jouer.


Les dessins inclus dans article et scène sont tirés de ce lieu et d'ailleurs la pièce entière y est retranscrite. Ne pas se priver des bonnes choses.


A vous de jouer maintenant… Remplacer le fade merde par le despotique MERDRE.


 

ALFRED JARRY


Ubu Roi, 1888


Ubu Roi est la première pièce d'une trilogie racontant, sur le mode burlesque, les aventures d'un ancien capitaine des dragons, qui, après avoir assassiné le Roi Venceslas, accède au trône d'une Pologne imaginaire. La première représentation de la pièce le 10 décembre 1896 fit scandale, le public se révoltant contre cet excès d'ineptie et de grossièreté.

 

 


SCÈNE IV

PÈRE UBU, MÈRE UBU, CAPITAINE BORDURE

 

PÈRE UBU

Eh bien, capitaine, avez-vous bien dîné ?

 

CAPITAINE BORDURE

Fort bien, monsieur, sauf la merdre.

 

PÈRE UBU

Eh ! la merdre n'était pas mauvaise.


 

 


MÈRE UBU

Chacun son goût.

 

PÈRE UBU

Capitaine Bordure, je suis décidé à vous faire duc de Lithuanie.

 

CAPITAINE BORDURE

Comment, je vous croyais fort gueux, Père Ubu.

 

PÈRE UBU

Dans quelques jours, si vous voulez, je règne en Pologne.

 

CAPITAINE BORDURE

Vous allez tuer Venceslas ?

 

PÈRE UBU

Il n'est pas bête, ce bougre, il a deviné.


 


CAPITAINE BORDURE

S'il s'agit de tuer Venceslas, j'en suis. Je suis son mortel ennemi et je réponds de mes hommes.

 

PÈRE UBU, se jetant sur lui pour l'embrasser.

Oh ! Oh ! je vous aime beaucoup, Bordure.


 

 

CAPITAINE BORDURE

Eh ! vous empestez, Père Ubu. Vous ne vous lavez donc jamais ?

 

PÈRE UBU

Rarement.

 

MÈRE UBU

Jamais !

 

PÈRE UBU

Je vais te marcher sur les pieds.



MÈRE UBU

Grosse merdre !


PÈRE UBU

Allez, Bordure, j'en ai fini avec vous. Mais par ma chandelle verte, je jure sur la Mère Ubu de vous faire duc de Lithuanie.


MÈRE UBU

Mais...

 

PÈRE UBU

Tais-toi, ma douce enfant...



(P.S. Le talentueux dessinateur, dont quelques petites planches agrémentent l'article sont de Hanno Baumfelder)

 

Lundi 8 octobre 2007









Samedi 25 août 2007




"Le squelette était joyeux comme un fou à qui on enlève sa camisole de force. C'était pour lui une délivrance de pouvoir se promener sans le fardeau de la chair. Les moustiques ne le piquaient plus. Il n'avait plus besoin de se faire couper les cheveux. Il n'avait ni faim, ni soif, ni froid, ni chaud. Il était loin du lézard de l'amour et de ses bourgeois, loin du lait des concubines, loin de la morve de lune. Les champignons-ténors qui poussaient sur les méridiens ne le préoccupaient plus. Un allemand, un professeur de chimie, qui se proposait de le convertir en délicieux ersatz, dynamite, confiture de fraises, choucroute garnie... etc., le guetta pendant un certain temps. Le squelette sut facilement le dépister en laissant tomber l'os d'un jeune zeppelin sur lequel le professeur se rua en récitant des hymnes chimiques et en couvrant l'os de chauds baisers légèrement incestueux."

Jean Arp, Le squelette sans tête
in Jours effeuillés, 1931



"Masque blanc", René Magritte



Dimanche 1er juillet 2007



Antoni Gaudi nous a légué une architecture hors normes, extraordinairement proche de la nature et de l'esprit "heureux" de l'homme, mais il ne s'est jamais préoccupé de mettre ses convictions et pensées par écrit.
Cependant, à l'orée de sa mort, amis et disciples ont recueillies et notées des réflexions volées au temps qui courait.
En voici quelques unes, qui outre les images, m'ont permises de mieux comprendre ce grand coupable. Inutile de préciser combien j'apprécie l'homme et son oeuvre...



 Â« L'architecture crée l'organisme et c'est pour cela que l'architecte doit disposer d'une loi en consonance avec celles de la nature ; les architectes qui ne s'y soumettent pas font un gribouillis au lieu d'une Å“uvre d'art.
J'ai capté les plus pures et agréables images de la Nature, cette Nature qui est toujours ma maîtresse.
Le grand livre, toujours ouvert et qu'il faut s'efforcer de lire, est celui de la nature. »





« Les édifices doivent avoir une double toiture, de la même manière que les personnalités portent chapeaux et ombrelles.
La finition des édifices grâce à des éléments métalliques rachitiques, comme les croix, girouettes, etc., sont de véritables caricatures, comme une calvitie avec un cheveu en son centre. »



« Toi tu ne vois que les briques disposées vers l'extérieur, mais tu oublies la structure interne » disait Gaudi à un maçon soucieux, qui lui disait que la tour de la Casa Vicens, soutenue par des consoles faites de rangées de briques en saillie croissante, était sur le point de tomber.



" On m'a demandé pourquoi je faisais des colonnes inclinées, ce à quoi j'ai répondu : « Pour la même raison que le promeneur fatigué, quand il s'arrête, se repose sur la canne inclinée, parce que si elle était droite, il ne se reposerait pas »".






« Un mur achevé, lisse et horizontal, n'est pas complet ; il a besoin des créneaux qui signifient défense mais pas caractère militaire. »






« Il n'y a rien qui ne soit utilisable, qui ne serve, qui n'aie pas un prix. »



« Toute inscription décorative ou pierre commémorative ou symbolique doit être forcément mutilée. Elle ne doit pas contenir plus d'un concept (pierres tombales, prières, textes faisant allusion à l'œuvre, etc.) car les inscriptions ne s'adressent à ceux qui connaissent déjà les textes que pour les leur rappeler. »



« L'originalité ne doit pas être recherchée, car elle devient alors extravagance. Il faut observer ce qui se fait habituellement et tenter de l'améliorer. »



« Le seul chemin fertile est celui de la répétition.
Beethoven récupérait des thèmes vieux de dix ans, Bach travaillait de la même manière et Verdaguer répétait, copiait et corrigeait ses poèmes continuellement. »



« Pour étudier la figure humaine, j'utilise des squelettes. J'en ai un vrai et un autre en métal, qui fait un cinquième de la taille du vrai. »



« Vous avez étudié et vous êtes surpris de ne pas comprendre ce que je fais et que moi, qui ai également étudié, étudie encore sans arrêt. Je ne crois donc pas à l'improvisation : les impromptus musicaux sont un mensonge : rien ne s'improvise et je ne compte pas sur le fait que l'inspiration puisse m'épargner du travail, car elle doit m'être concédée comme un plus. »



« Le peuple chante. Si ce n'est pas le chant religieux, le chant blasphématoire et obscène.
Il est donc nécessaire que le peuple prenne part aux chants de l'église. »



Une anecdote à ressorts :

En hiver, Gaudi portait des chaussettes doubles et des espadrilles et il le justifiait comme ceci : "la semelle de l'espadrille est faite de chanvre disposé de manière hélicoïdale et c'est donc un ressort. Les chaussettes en grosse laine - des fils hélicoïdaux liés de manière hélicoïdale - sont un autre ressort. Les chaussettes qui sont à l'intérieur des autres, en laine fine, sont un autre ressort plus petit.
Tous ces éléments sont utiles pour l'équilibre des forces de la peau qui s'amaigrit avec les années et comme c'est dans l'équilibre que se trouve la vie, il faut convenir que celui-ci existe dans tous les détails. "



Et pour finir, avec beaucoup de mal me concernant, voici ce que disait Gaudi sur le projet de la façade de la Passion, dont le dessin retrouvé sur lui est en illustration sur l'article précédant :

« Peut-être que l'on trouvera cette façade trop extravagante, mais je voudrais qu'elle arrive à faire peur, et pour y arriver, je ne ménagerai pas le clair-obscur, les éléments saillants et évidés, de manière à ce que tout paraisse plus lugubre. Je dirais même plus, je suis prêt à sacrifier la construction elle-même, à casser des arcs, à couper des colonnes, pour donner une idée de la cruauté du sacrifice ».


(Toutes les paroles rapportées ci-dessus sont tirées d'un livre GaudiXGaudi, paru aux éditions Triangle Postals, que l'on m'a amené d'Espagne).


Mercredi 7 février 2007




Relâche, rose de feuille - feuille de rose  ;  guêpe de taille - taille de guêpe, cul de lampe, etc...... O O O O O O O O
Relâche est un passage à niveau, un passage à nivache ; Relâche est lamentable - ou l'amant-chaise ! Et puis Relâche est la vie, la vie comme je l'aime ; la vie sans lendemain, la vie d'aujourd'hui, tout pour aujourd'hui, rien pour hier, rien pour demain. O O O O O O O O
Les phares d'automobiles, les colliers de perles, les formes rondes et fines des femmes, la publicité, la musique, l'automobile, quelques hommes en habit noir, le mouvement, le bruit, le jeu, l'eau transparente et claire, le plaisir de rire, voilà Relâche. O O O O O O O O
Relâche a été fait comme l'on abat neuf dix-sept fois de suite sans avoir maquillé les cartes. O O O O O O O O
Relâche a les plus belles jambes du monde, ses bas sont champagne, ses jarretières noires et blanches. Relâche, c'est le mouvement sans but, ni en avant ni en arrière, ni à gauche ni à droite. Relâche ne tourne pas et pourtant ne va pas tout droit ; Relâche se promène dans la vie avec un grand éclat de rire ;
ERIK SATIE, BORLIN, ROLF DE MARE, RENE CLAIR, PRIEUR et moi avons créé Relâche un peu comme Dieu créa la vie.
Il n'y a pas de décors, il n'y a pas de costumes, il n'y a pas de nu, il n'y a qu'espace, l'espace que notre imagination aime à parcourir ;
Relâche est le bonheur des instants sans réflexion ; pourquoi réfléchir , pourquoi avoir une convention de beauté ou de joie ? O O O O O O O O
Il faut risquer les indigestions si l'on a envie de manger ! O O O O O O O O
Pourquoi ne pas se ruiner ? Pourquoi ne pas travailler quarante huit heures de suite si c'est notre plaisir ? Pourquoi ne pas avoir quinze femmes et pourquoi une femme n'aurait-elle pas cinquante-deux hommes si cela peut lui plaire ?
Relâche vous conseille d'être des viveurs, car la vie sera toujours plus longue à l'école du plaisir qu'à l'école de la morale, à l'école de l'art, à l'école religieuse, à l'école des conventions mondaines.

FRANCIS Picabia.




Dimanche 12 novembre 2006

 

 


Violence envoûtante


« S'il y a autour du cadavre d'Héliogabale, mort sans tombeau, et égorgé par sa police dans les latrines de son palais, une intense circulation de sang et d'excréments, il y a autour de son berceau une intense circulation de sperme. Héliogabale est né à une époque où tout le monde couchait avec tout le monde ; et on ne saura jamais où ni par qui sa mère a été réellement fécondée. Pour un prince syrien comme lui, la filiation se fait par les mères ; - et, en fait de mères, il y a autour de ce fils de cocher, nouveau-né, une pléiade de Julies ; - et qu'elles exercent ou non sur le trône, toutes ces Julies sont de hautes grues.

Leur père à tous, la source féminine de ce fleuve de stupres et d'infamies, devait avant d'être prêtre, avoir été cocher de fiacre, car on ne comprenait pas, sans cela, l'acharnement que mit Héliogabale une fois sur le trône, à se faire enculer par des cochers ».


Voici les toutes premières lignes de ma dernière acquisition concernant l'œuvre d'Antonin Artaud (dont j'ai déjà eu l'honneur de parler) : « Héliogabale ou l'anarchiste couronné ».


Jean-Marie Gustave Le Clézio a écrit : « Qui n'a pas lu Héliogabale n'a pas touché le fond même de notre littérature sauvage».


Je veux, j'exige de toucher le fond.


La promesse d'une barbarie de toute beauté s'est offerte à moi… je ne passerai pas à côté du serment.


 

« Le Totem », dessin d'Antonin Artaud


Je ne me cantonnerai pas à chercher le beau là où l'on a l'habitude de le trouver.

Artaud écrivait : « Ce que vous avez pris pour mes œuvres n'était que les déchets de moi-même, ces raclures de l'âme que l'homme normal n'accueille pas »…


Je tiens au qualificatif « sauvage » qui suit littérature, car justement la norme dogmatique a dépossédé l'humain de sa liberté la plus essentielle, celle de pouvoir lire en lui-même ses origines de sang, de violence, d'outrages, de démence (au sens de vision hors norme) et de peurs primales.


La normalité sait se satisfaire complaisamment de la surface des choses, alors que la sauvagerie creuse à même  les entrailles ouvertes de l'être, celui que nous sommes profondément.


Et je suis heureux quelque part de me dire que les imbéciles (« ceux qui regardent le doigt », dixit l'ami Jean) ne sauront lire Artaud.

 



 

 

 

Samedi 16 septembre 2006

 

 

L'on peut cracher sur le poète maudit, crier à la démence, jeter des pierres sur l'homme de théâtre, injurier le toxicomane, rouer de coups l'artiste manipulateur de la plastique, arracher les yeux du génie, abattre le surréalisme originel.

Oui, l'on peut.

L'on peut même s'asseoir sur l'œuvre d'Antonin Artaud.

Je m'en moque éperdument.

Il est pour moi une écriture isolée, une poésie insolite, un art des plus bizarres. Grâce à lui, je flirte avec la folie, je danse la discordance de l'absurde, j'enlace l'indiscipline, j'embrasse les mots avec ses maux. Je ne pèse plus les consignes, je pèse mes nerfs à vifs.

 

Coup d'humeur / coup de gueule choisi de l'auteur...

 

 

Antonin Artaud, photographié par Man Ray.

"Le Pèse-Nerfs" fut publié en 1925, dans la collection "Pour vos beaux yeux" (dirigée par Louis Aragon).

 

 

 

Toute l'écriture est de la cochonnerie

Les gens qui sortent du vague pour essayer de préciser quoi que ce soit de ce qui se passe dans leur pensée, sont des cochons.

 

 

 

Toute la gent littéraire est cochonne, et spécialement celle de ce temps-ci.

 

 

 

Tous ceux qui ont des points de repère dans l'esprit, je veux dire d'un certain côté de la tête, sur des emplacements bien localisés de leur cerveau, tous ceux qui sont maîtres de leur langue, tous ceux pour qui les mots ont un sens, tous ceux pour qui il existe des altitudes dans l'âme, et des courants dans la pensée, ceux qui sont esprit de l'époque, et qui ont nommé ces courants de pensée, je pense à leurs besognes précises, et à ce grincement d'automate que rend à tous vents leur esprit,- sont des cochons.

 

 

 

Ceux pour qui certains mots ont un sens, et certaines manières d'être, ceux qui font si bien des façons, ceux pour qui les sentiments ont des classes et qui discutent sur un degré quelconque de leurs hilarantes classifications, ceux qui croient encore à des "termes", ceux qui remuent des idéologies ayant pris rang dans l'époque, ceux dont les femmes parlent si bien et ces femmes aussi qui parlent si bien et qui parlent des courants de l'époque, ceux qui croient encore à une orientation de l'esprit, ceux qui suivent des voies, qui agitent des noms, qui font crier les pages des livres,- ceux-là sont les pires cochons.

 

 

 

Vous êtes bien gratuit, jeune homme !

 

 

 

Non, je pense à des critiques barbus.

 

 

 

Et je vous l'ai dit : pas d'oeuvres, pas de langue, pas de parole, pas d'esprit, rien.

 

 

 

Rien, sinon un beau Pèse-Nerfs.

 

 

 

Une sorte de station incompréhensible et toute droite au milieu de tout dans l'esprit.

 

 

 

Et n'espérez pas que je vous nomme ce tout, en combien de parties il se divise, que je vous dise son poids, que je marche, que je me mette à discuter sur ce tout, et que, discutant, je me perde et que je me mette ainsi sans le savoir à PENSER, - et qu'il s'éclaire, qu'il vive, qu'il se pare d'une multitude de mots, tous bien frottés de sens, tous divers, et capables de bien mettre au jour toutes les attitudes, toutes le nuances d'une très sensible et pénétrante pensée.

 

 

 

Ah ces états qu'on ne nomme jamais, ces situations éminentes d'âme, ah ces intervalles d'esprit, ah ces minuscules ratées qui sont le pain quotidien de mes heures, ah ce peuple fourmillant de données, - ce sont toujours les même mots qui me servent et vraiment je n'ai pas l'air de beaucoup bouger dans ma pensée, mais j'y bouge plus que vous en réalité, barbes d'ânes, cochons pertinents, maîtres du faux verbe, trousseurs de portraits, feuilletonistes, rez-de-chaussée, herbagistes, entomologistes, plaie de ma langue.

 

 

 

Je vous l'ai dit, que je n'ai plus ma langue, ce n'est pas une raison pour que vous persistiez, pour que vous vous obstiniez dans la langue. Allons, je serai compris dans dix ans par les gens qui feront aujourd'hui ce que vous faites.

 

 

 

Alors on connaîtra mes geysers, on verra mes glaces, on aura appris à dénaturer mes poisons, on décèlera mes jeux d'âmes. Alors tous mes cheveux seront coulés dans la chaux, toutes mes veines mentales, alors on percevra mon bestiaire, et ma mystique sera devenue un chapeau. Alors on verra fumer les jointures des pierres, et d'arborescents bouquets d'yeux mentaux se cristalliseront en glossaires, alors on verra choir des aérolithes de pierre, alors on verra des cordes, alors on comprendra la géométrie sans espaces, et on apprendra ce que c'est que la configuration de l'esprit, et on comprendra comment j'ai perdu l'esprit.

 

 

 

Alors on comprendra pourquoi mon esprit n'est pas là, alors on verra toutes les langues tarir, tous les esprits se dessécher, toutes les langues se racornir, les figures humaines s'aplatiront, se dégonfleront, comme aspirées par des ventouses desséchantes, et cette lubrifiante membrane continuera à flotter dans l'air, cette membrane à deux épaisseurs, à multiples degrés, à un infini de lézardes, cette mélancolique et vitreuse membrane, mais si sensible, si pertinente elle aussi, si capable de se multiplier, de se dédoubler, de se retourner avec son miroitement de lézardes, de sens, de stupéfiants, d'irrigations pénétrantes et vireuses, alors tout ceci sera trouvé bien, et je n'aurai plus besoin de parler.

Antonin Artaud

 

 

 

Mercredi 26 avril 2006




Cela faisait quelques temps que je voulais poster le délire qui va suivre. La longueur du texte m'a fait hésité pas mal de fois. Mais je n'ai pu me résoudre à ne donner que des coupons de ce chef-d'Å“uvre d'humour. Et puis, l'on dit bien : « plus c'est long, plus c'est bon Â». Alors tant pis pour les pressés, que je ne salue pas au passage. Je salue les autres. 



 ***




UNE NATIVITÉ bruitiste


Hugo Ball


Hugo BALL a joué cette « Nativité » – ou « Jeu de la Crèche » : « Krippenspiel » – avec Hans ARP, Emmy BALL-HENNINGS, Richard HUELSENBECK (« Schalk », dans les notes pour la régie), Marcel JANCO et Tristan TZARA, en juin 1916 au Cabaret Voltaire à Zurich.


Au milieu de l'été, de manière typiquement dadaïste.


Et au milieu d'une guerre mondiale, de «l'agonie et du délire de mort de l'époque», comme BALL l'écrira plus tard.


***


Note : en caractères blancs, le texte dada ; en caractères gris en italique, les indications scéniques et, en gras, le texte plus ou moins évangélique à partir duquel fut composée cette pièce.


***


Or il y avait aux environs des bergers qui passaient la nuit aux champs, veillant à la garde de leur troupeau.




(Vent et nuit. Voix de la nuit.


Signaux des bergers.)


(Tzara : petit luth.


Coups de fouet.)




I. DOUCE NUIT.


Le vent : f f f f f f f f f fff f ffff t t


Voix de la sainte nuit : hmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm.


Les bergers : Hollà hé, hollà hé, hollà hé.


Cornes de brume. Ocarina – crescendo.


(Gravissent une hauteur) Claquements de fouets,


bruits de sabots.


Le vent : f f f f f f f f f f fffffffffffffffffffffffffffffff t.


II.



Mais Marie et Joseph étaient agenouillés dans l'étable, à Bethléem, et ils priaient le Seigneur.


(Pendant que Ball et Janco prient,


répéter ce texte.)


(Schalk : meuh, clefs.


Arp : béé, bruit de paille.)



II. L' ÉTABLE.



L'âne : -hi-han, hi-han, hi-han, hi-han, hi-han, hi-han, hi-han, hi-han, hi-han, hi-han, hi-han, hi-han, hi-han,


Le bouvillon : -meuh meuh meuh meuh meuhm meuh meuh meuh meuh meuh meuh meuh


(Piétinements, bruits de paille froissée, cliquetis de chaînes, chocs, mastication.)


Le mouton : béé, béé, béé, béé, béé, béé, béé, béé,


Joseph et Marie (prient) : -ramba ramba ramba ramba ramba – m-bara, m-bara, m-bara, – bara- ramba bamba, bamba, rambababababa


III.






Or, dans le ciel, l'étoile la plus claire brillait au-dessus de l'étable de Bethléem. Et voici que l'ange du Seigneur se mit en route et qu'il apparut aux bergers. Et le rayonnement de la gloire du Seigneur les environna. Et ils furent saisis d'une grande crainte.


(Etoile, vacarme de l'ange,


très fort, puis cymbale.


Appareil d'éclairage et chute.) (Janco.)


Pause.



III. L'APPARITION DE L'ANGE ET DE L'ÉTOILE.


L'étoile : -Tske, tske, tske, tstskke, tstststske, tstststskkkkkkkke, tske, psch, tske ptsch, tske ptsch, tske ptsch.


L'ange : -(Bruit d'hélice croissant doucement, avec des trémolos et une énergie diabolique, jusqu'à atteindre une puissance considérable)


Arrivée : (Sifflement, éclatement, faisceau de lumière sonore)


Appareil d'éclairage : -répand des flots de lumière blanche, blanche, blanche, blanche, blanche.


Chute des participants : -tous tombent d'abord sur les coudes, puis sur les poings. De telle sorte que l'on entend deux bruits différents, mais liés.


Brusque silence :


IV.



Mais l'ange leur dit : « Ne craignez point, car je vous annonce une nouvelle qui sera pour tout le peuple une grande joie. Il vous est né aujourd'hui un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. »


(Do da do de l'archange,


puis joie tutti.


Intensité croissante. Crescendo.


Puis : do da do doooooo de l'ange.)



IV. L' ANNONCE.


Bruit de la litanie : -do da do da do da do da doroum daroum doroum do da do, doroum daroum, doroum, daroum, do da do, do, dooo.


Tutti : -Meuglements, hi-hans, chaînes, chalumeaux, prière, étoile, mouton, vent,


Rire stylisé : H a ha. haha. haha. haha. haha. haha haha. haha.


Danse sur une mélodie sifflée, qui s'enfle jusqu'au bruit le plus assourdissant.


L'ange : Doroum daroum doroum daroum, doroum daroum,


dododododododododoo doooooooooo


(la fin du « doooooooo » sur un ton très douloureux et plein de regret)


V.



Et les Mages d'Orient se mirent en route avec leur caravane, des chameaux, des chevaux et des éléphants richement chargés de trésors, et l'étoile allait devant eux.


(Étoile, hennissements et renâclements


des chevaux, pas des éléphants,


discours des rois, trompettes.


(Tzara ; Arp), clochettes. L'étoile.


Le tout successivement crescendo et decrescendo.)



V. LES TROIS ROIS MAGES.


L'étoile : -Tske tske ptsch, tske tske tske tske tske ptsch ! tske tske ptsch ! ptschptschptschptsch. tske tske ptsch ptsch ptsch.


La caravane des trois rois : -Pouhrrrrr pouhrrrr (Renâclements des chevaux, piétinement des chameaux).


Les trois rois : -rabata, rabata, bim bam. rabata rabata, bim bam ba, rabata rabata rabta, rabata bim bam. bim bam. bim bam


Clochettes des éléphants : Bim bim bim bim bim bim bim bim bim


Clochettes des éléphants : Flûtes


Trompettes : Tataaaaaaaaaaaa ! tataaaaaaaaaaaaaa !


Renâclements des chevaux : Pouhrrrrr pouhrrrr pouhrrrrrrr.


Hennissements des chevaux : Vihihihihih, Vihihihihih, Vihihihihih,


Cacade des chameaux : Battements de mains, les paumes très creusées.


L'étoile : Tske tske tske ptsch !


VI.



 


Et ils trouvèrent l'étable


et Joseph les salua.


(Bonsoir, messieurs.)


(Rabata rabata. Meuh. béé.)


Mais Joseph ne comprit pas leur langage.


(rabata, rabata.)


(Tzara, o mon dieu, o mon dieu.)


(Berceuse Emmy,


Ah hé hi ho des rois.


Puis ah hé hi diminuendo.


Puis Marie seule, chant et luth


Bruits de bouche du nourrisson et prière :


(ramba rambaramba.)


Pause.



VI. ARRIVÉE À L'ÉTABLE.


Une bougie s'allume.


-(La salle était auparavant plongée dans l'obscurité. On voit maintenant les membres de l'orchestre. Ils sont enveloppés dans des tissus noirs, sous lesquels leur forme disparaît. Ils sont en outre assis le dos tourné au public.)


Joseph : Bonsoir, messieurs. Bonsoir messieurs. Bonsoir messieurs.*


L'âne et le bouvillon : -Hi-han hi-han hi-han hi-han hi-han hi-han hi-han hi-han, meuh meuh meuh meuh meuh meuh


Bruits d'ustensiles de cuivre, de pots entrechoqués, d'étoffes et de taffetas froissés, de verres, d'eau puisée et qui ruisselle, de plats


Joseph : Parlez-vous français, messieurs ? Parlez-vous, français, messieurs ?*


Les trois rois mages : -Ah, hé, hi, hom, hou ah, hé hi, ho, hou ! ahi, aouhh, eouhhh, hé hi, ho hhhhou ! Ahhhhhhhhhhhhhhhh !


Marie (siffle) : -Dodo l'enfant do ! Dodo l'enfant do !


Marie (siffle) : -Dodo l'enfant do ! Dodo l'enfant do !


Joseph : kt, kt kt peste ! kt kt kt kt peste ! kt kt kt kt peste !


Jésus (mâchouille bruyamment) : schmatz schmatz schmatz schmatz schmatz.


* En français dans le texte. (N.d.t.)


VII.



Mais Marie méditait tous ces mots dans son coeur. Et elle vit une montagne, sur laquelle se dressaient trois croix. Et elle vit son fils couvert de railleries et coiffé d'une couronne d'épines. Puis ils le crucifièrent. Mais elle sut que, transfiguré, il ressusciterait au troisième jour.


(Hurlements de la foule.)


Rabata rabata (Janco),


Tzara : sifflets.


Ball : Hollà hé ! Clous.


Schalk : craquements.


Arp : béé béé. Rabata Rabata, sallada.


(Crescendo) Clous et cris.


Puis tonnerre. Puis cloches.



VII. LA PROPHÉTIE.


Soudains coups de marteau : Clous qu'on enfonce. Cliquetis. Craquements.


Appels des serviteurs : Hollà hé ! Hollà hé ! Hollà hé ! Cymbales.


Sifflets, hurlements, foule, aboiements.


Les Pharisiens : -Rabata, rabata, rabata, rabata, sallada, sallada, sallada, sallada, sallada, sallada, sallada, rabata boumm, rabata boumm, rabata boumm, rabata boumm.


Les trois rois mages : -oh oho oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh (sur un ton très douloureux)


L'âne et le bouvillon : -Meuh hi-hhan, meuhhhhh, hi-hhhhan, meuhhh (sur un ton très douloureux)


L'agneau : bééhhhhhhh, bééhhhhhhhhh, bééhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !


Plaintes de Marie : -Ahhhhhhhhh, ahhhhhhhhhh, ahhhhhhhhhhhh h hhhhhhhh !


Cloches et clochettes : -Bim bam boum, bim bam, boum, bim bam, boum. Gong gong.



Clous :


C'est alors qu'il fut mis en croix


Et qu'à flots le sang tiède coula.


Hugo Ball


P.S. traduit de l'allemand par Pierre Gallissaires

Vendredi 7 avril 2006

 


Pour faire un poème dadaïste


Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans le journal un article ayant la longeur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l'article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupière l'une après l'autre.
Copiez consciencieusement dans l'ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu'incomprise du vulgaire.


Tristan Tzara



 


"Toutes les expressions artistiques sont bonnes à être dadaïsées"


Certaines peut-être plus que d'autres...

Mardi 14 mars 2006

 


Parce que cette rayure folle de l'esprit est franchement dada,


Parce que j'avais envie,


Parce que j'aime lorsque mes envies me dépassent…


chanson dada


I


la chanson d'un dadaïste
qui avait dada au coeur
fatiguait trop son moteur
qui avait dada au coeur


l'ascenseur portait un roi
lourd fragile autonome
il coupa son grand bras droit
l'envoya au pape à rome


c'est pourquoi
l'ascenseur
n'avait plus dada au coeur


mangez du chocolat
lavez votre cerveau
dada
dada
buvez de l'eau


 



"Mannequin", Man Ray


II


la chanson d'un dadaïste
qui n'était ni gai ni triste
et aimait une bicycliste
qui n'était ni gaie ni triste
mais l'époux le jour de l'an
savait tout et dans une crise
envoya au vatican
leurs deux corps en trois valises


ni amant
ni cycliste
n'étaient plus ni gais ni tristes


mangez de bons cerveaux
lavez votre soldat
dada
dada
buvez de l'eau


 


 


III


la chanson d'un bicycliste
qui était dada de coeur
qui était donc dadaïste
comme tous les dadas de coeur


un serpent portait des gants
il ferma vite la soupape
mit des gants en peau d'serpent
et vient embrasser le pape


c'est touchant
ventre en fleur
n'avait plus dada au coeur


buvez du lait d'oiseaux
lavez vos chocolats
dada
dada
mangez du veau


Tristan Tzara (1923)


 


 


 

Lundi 6 mars 2006

Déjà donné


J'offre mon corps à la science


j'offre mon coeur à qui veut le fendre


j'offre mon cul à qui veut le prendre


j'offre ma peau à qui veut la vendre


j'offre mon sexe à la vierge


j'offre mes trippes à la prochaine guerre


j'offre mon âme à vos démons


j'offre mes yeux pour avoir l'air mort


j'offre mes muscles pour avoir l'air sport


j'offre mon sang aux nouvelles émissions


j'offre mon cerveau à Coca Cola


j'offre mes mains aux menottes


j'offre mes pieds aux bottes des soldats


j'offre mes dents aux jeunes requins


j'offre mes cheveux aux mannequins



"Dadaïsmuss Siegt", Raoul Haussmann


et j'offre mes dernières pensées à la télé.


Ainsi, je connais la joie d'être une ombre servile


une carcasse vide ouverte à tous les vents


belle chose docile offerte à notre temps


parfaite imbécile bonne pour le service


libre d'elle-même, prête à tous les sévices


Ainsi je connais la vie facile.


David Myriam.

Vendredi 17 février 2006


Où est le mot cru ?



Le mot cru est souvent absent, tout simplement.


Il est effacé.


Oui.


C'est à la fois son caractère, c'est à la fois son sort.


C'est à la fois son art.


L'art du mot cru est l'effacement.


Il est effacé parce qu'il représente un danger.


Oui.



Le mot cru dit la vérité, voilà pourquoi on le considère comme dangereux.



C'est dangereux de dire le vrai par le mot cru.


Il le dit comme cela, sans effort.


Pour aller au plus simple.


On n'aime pas le mot cru parce qu'il indique des raccourcis.



Il y a des check points et des bakchichs qui se perdent à  cause de lui.



On te dit : il faut que tu traverses le fleuve ici, sinon tu vas te noyer.


Il faut prendre la barque. C'est le seul endroit possible.


Mais d'abord, il faut que tu achètes un billet.


Or le mot cru, qui est d'une nature curieuse, va voir plus haut.


Il découvre un autre gué.


Là, il peut traverser sans danger, en se mouillant à peine les mollets.


Les gens de la barque détestent le mot cru, parce qu'il a découvert l'arnaque.


Il passe sans eux.



Sans acheter de billet.


Sans faire copain.



En plus, il annonce sa découverte aux autres mots crus.


Les plus trouillards prennent quand même la barque.


Ils n'ont pas envie d'être mal vus par les gens de la barque.


Ce n'est pas qu'ils ont peur du gué.


Ils ont peur d'être mal vus, de l'autre côté.


On leur dit que de l'autre côté, il n'y a que les gens de la barque qui y vivent.



Et ça, c'est un gros mensonge…


texte de G. Tooq (seul le mot "cru" a remplacé le mot "simple")



Sur ce, je m'en vais, traîner mon corps dans des usines caoutchouteuses, sans vous dire les mots crus pour vous souhaiter une bonne fin de semaine !


Bien à vous, Plaiethore.

Dimanche 12 février 2006

FESTIVAL-MANIFESTE-PRESBYTE

 


L'Orateur. — A mon dernier manifeste cannibale, je vous ai dit que le cul représente la vie comme les pommes frites et se vend comme l'honneur ? Eh bien, ce soir il se donne pour rien, voyez plutôt comme cette petite salle est pleine ?


Le Spectateur. — Alors, ça va recommencer, toujours des grossièretés, des obscénités ? Au lieu de vous exprimer en français !


L'Orateur. — L'Obscénité n'existe que dans votre pauvre imagination, il n'y a pas d'obscénité. La vie est-elle une obscénité ? Faire des enfants est-ce une obscénité ?


Le Spectateur. — La vie est ce qui est beau.


L'Orateur. — Ah oui ! Un beau mariage ou une belle dote, ce qui est la même chose, ou une belle victoire que l'on obtient à coups de charognes.


Le Spectateur. — Impossible de nous entendre, vous ramenez tout à la matérialité.


L'Orateur. — je comprends ce que vous aimez, la gloire officielle ! Voulez-vous que je vous dise ce qui vous déplaît dans Dada ? C'est qu'il n'aime pas les boniments, les bourrages de crânes ; vous sentez qu'il se fout de vous.


Le Spectateur. — Voulez-vous me dire pourquoi il se fout de moi ?


L'Orateur. — Parce que vous êtes sérieux, donc idiot.


Le Spectateur. — Je ne vois pas très bien...


L'Orateur. — Cet artiste ou ce bourgeois, n'est qu'un gigantesque inconscient, il prend sa timidité pour de l'honnêteté ! Vos charités et vos admirations, mon cher Monsieur, sont plus méprisables que les syphilis ou les blennorragies que vous distribuez à votre prochain, sous prétexte de tempérament ou d'amour.


Le Spectateur. — Il m'est impossible de continuer à me compromettre avec un individu tel que vous, et je vous invite tous, mes collègues spectateurs, à quitter cette salle en même temps que moi, nous ne pouvons rester en contact avec ce personnage.



L'Orateur. — Naturellement, tu as peur que le vent soulève ta jupe et que nous apercevions ton sexe qui est faux ; tes cheveux aussi sont faux, tes dents sont fausses ; tu as un œil de verre et c'est le seul qui me regarde franchement, l'autre est un caméléon d'Asnières, à 20.000 francs le carrât, pour imbéciles.


Le Spectateur. — Monsieur, je m'en vais d'abord, et puis je n'ai pas de jupe, je suis un homme !


L'Orateur. — Oh ! Pantalon ou jupe, c'est la même chose, il n'y a que le sexe qui change, mais chez toi et tes pareils il ne peut changer, puisqu'il est faux !


Le Spectateur. — Mais il n'y a rien de faux, c'est de moins une des théories que vous avez émises.


L'Orateur. — Tu as raison, il n'y a rien de faux.


Le Spectateur. — L'imitation, il me semble...


L'Orateur. — L'imitation est vraie, un jardin en celluloïd est vrai, un perroquet en cristal de roche est vrai, un mouton en ruolz est vrai.


Le Spectateur. — Vous ne me direz pas que DADA est vrai ?


L'Orateur. — C'est DADA qui te parle, il est tout, il comprend tout, il est de toutes les religions, il ne peut être ni victoire ni défaite, il vit dans l'espace et non dans le temps. — Mais pardon M. le Spectateur de quelle nationalité prétendez-vous être ?


Le Spectateur. — Je suis Français de Paris


L'Orateur. — De Paris


Le Spectateur. — Oui de Paris


L'Orateur. — C'est vrai, il y a les français de Marseille, de Bordeaux, de Besançon, de Paris, vous êtes comme certains habitants de la Terre, que se croient Russes, Américains, Allemand ou Anglais  c'est vrai, c'est vrai vous aimez les voyages en diligence.


Le Spectateur. — Misérable (il tire un coup de revolver sur l'orateur)


Francis PICABIA.

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