Lundi 16 mars 2009





Une nuit de crachin glacial et cinglant du dernier an mort, il chantait dans ma ville.
Avant de quitter la scène, le Poète Apache s’adressait à la foule ivre de sa voix des cavernes de l’âme, la nuque rompue sous les coups assénés de sa musique…

Il m’a dit « Au revoir. Prenez soin de vous. Surtout n’attrapez pas froid ».
Je l’ai entendu.


http://plaiethore.cowblog.fr/images/alainbashung.jpg

J’ai jeté au ciel les hurlements qu’il venait d’étouffer dans ma gorge.
Une fois mes exhortations retombées à ses pieds, comme bouquet jugulé de délitescences, il s’est baissé, mimant d’un geste révérencieux l'immortalité qu’il m’offrait en échange d’une poignée de ma douleur qu’il acceptait de ramasser et d’emmener avec lui.

Poète, tu peux toujours mourir, tu peux encore courir !

Donnant-donnant Poète.
Nous avons signé un pacte insensé et illisible.
Nous avons mêlé la cendre de mes yeux à ton sang.




*


Comme Un Lego

C'est un grand terrain de nulle part
Avec de belles poignées d'argent
La lunette d'un microscope
Et tous ce petits êtres qui courent

Car chacun vaque à son destin
Petits ou grands
Comme durant des siècles égyptiens
Péniblement

A porter mille fois son point sur le i
Sous la chaleur et sous le vent
Dans le soleil ou dans la nuit
Voyez-vous ces êtres vivants ?
Voyez-vous ces êtres vivants ?
Voyez-vous ces êtres vivants ?

Quelqu'un a inventé ce jeu
Terrible, cruel, captivant
Les maisons, les lacs, les continents
Comme un lego avec du vent

La faiblesse des tout-puissants
Comme un lego avec du sang
La force décuplée des perdants
Comme un lego avec des dents
Comme un lego avec des mains
Comme un lego

Voyez-vous tous ces humains ?
Danser ensemble à se donner la main
S'embrasser dans le noir à cheveux blonds
A ne pas voir demain comme ils seront

Car si la terre est ronde
Et qu'ils s'y agrippent
Au delà c'est le vide
Assis devant le restant d'une portion de frites
Noir sidéral et quelques plats d'amibes

Les capitales sont toutes les mêmes devenues
Aux facettes d'un même miroir
Vêtues d'acier, vêtues de noir
Comme un lego mais sans mémoire
Comme un lego mais sans mémoire
Comme un lego mais sans mémoire

Les capitales sont toutes les mêmes devenues
Aux facettes d'un même miroir
Vêtues d'acier, vêtues de noir
Comme un lego mais sans mémoire
Comme un lego mais sans mémoire
Comme un lego mais sans mémoire

Pourquoi ne me réponds-tu jamais ?
Sous ce manguier de plus de dix mille pages
A te balancer dans cette cage

A voir le monde de si haut
Comme un damier, comme un lego
Comme un imputrescible lego
Comme un insecte mais sur le dos

C'est un grand terrain de nulle part
Avec de belles poignées d'argent
La lunette d'un microscope
On regarde, on regarde, on regarde dedans

On voit de toutes petites choses qui luisent
Ce sont des gens dans des chemises
Comme durant ces siècles de la longue nuit
Dans le silence ou dans le bruit
Dans le silence ou dans le bruit
Dans le silence ou dans le bruit

Alain Bashung




Par monochrome.dream le Lundi 16 mars 2009
La part de lui qui flotte dans ses textes est immortelle...
Et la force de ton hommage fait frémir.
Je t'embrasse. Fort aussi.
Par Plaiethore le Lundi 16 mars 2009
Et la part de ses textes qui flotte en nous l'est aussi... immortelle. Pitchoune belle.
Par joris le Lundi 16 mars 2009
Génie.
Par glandeur-rockmantique le Lundi 16 mars 2009
Et, déjà, les vers le grignotent dans son cercueil pour un dernier hommage de la nature.
Par Plaiethore le Lundi 16 mars 2009
Les vers de rime sauront bien alors grignoter les vers de terre.
Ce n'est pas la nature qui rendra hommage au Poète, c'est le Poète qui a rendu hommage à l'homme déguenillé de sa nature.
Par IsidoreFrakass le Jeudi 19 mars 2009
Comme un insecte sur le dos.....
BIg up bashung!!!rest in peace...
SAlut Plaiethore!!!
Par maud96 le Samedi 21 mars 2009
Je ne connaissais pas... c'est beau et fort... La photo aussi !
Par pelote le Dimanche 22 mars 2009
(m'aurait-on menti ? on m'indique une activité par ici, et pensant découvrir une mise à jour, voilà que je tombe nez à nez avec la mort)
Par Plaiethore le Dimanche 22 mars 2009
Miss Pelote, descendez plus bas dans la page...
Mais c'est toujours la mort - laide celle-là et institutionnelle - que vous y trouverez :)
Par Tote le Dimanche 22 mars 2009
Pareil que Pelote mais du coup maintenant je sais qu'il faut descendre.
Par que-vent-emporte le Mardi 24 mars 2009
La poésie faite, le poète s'en va.
Eh, toi, tu restes, hein ? Tu n'as pas fini.
Par Plaiethore le Mardi 24 mars 2009
Il reste, je pars
Là où il part, je reste
Sans naissance, il n'a pas de fin
Il n'est pas né, il n'a pas fini
Il commence sa vie, toujours
Ses plaies sont ses voies d'enfantement
C'est un couillon de la Lune
Il fait son cinéma
...

Tu te souviens l'ami Jean ? :)
Par Laurene le Mercredi 1er avril 2009
Merci pour tes commentaires =)
Les charognards n'ont qu'à bien se tenir !
Je poursuis ma visite^^
Par Sheernin le Jeudi 7 mai 2009
Tu as trouvé les mots remarquables ; de quoi mettre un peu de lumière dans tout ce noir...
 

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