Chaque écriture a ses raisons d'exister, mais l'écriture ne peut exister que lorsqu'elle échappe à la raison.
Et question échappatoire, je pense que l'écriture est reine en ce domaine.
Car effectivement, comme un acte d'amour, elle procède par les mêmes tensions, vibrations, sentiments… jusqu'à l'ambiguïté, jusqu'à l'abandon.
Oui, l'écriture est une joueuse, une amante capricieuse, une enfant sauvage, qui s'éduque à la dure, qui travaille par pur plaisir, mais sans aucune docilité, qui fait fi de ses racines enfouies et qui ne se dompte et ne se dresse jamais.
L'écriture se nourrit de passion, de fulgurance, d'excès, et oui, parfois elle est infidèle.
Elle aime alors quitter le nid, abandonner la main, cracher sur la compréhension, se draper d'indifférence. On ne sait pas où elle part, où elle va, pour combien de temps.
J'aime à penser que l'écriture est une grande jalouse, qui lorsqu'elle sent que son auteur pose son âme sur un autre centre d'intérêt, elle en crève de rage et se laisse dépérir.
J'aime à penser qu'elle ne s'éloigne que très peu en fait, qu'elle se tapit comme un petit animal fou de douleur dans le recoin sombre d'une pièce oubliée, à qui il faudra un peu de temps pour reprendre ses esprits et se préparer à une métamorphose.
Et un jour, elle quittera ses habits tout froissés de solitude, afin de revêtir la robe d'une deuxième, énième… naissance.
Oui, j'aime à penser cela. Et surtout en ce qui concerne son écriture.
Je le lui ai écrit chez elle.
Lui qui tarde à revenir, elle qui s'éloigne, lui qui doute, elle qui stoppe sa course…
Je suis fatigué. Fatigué.


Quant à l'écriture, cette enfant parfois trop gâtée sait en effet faire la moue et se recroqueviller dans son coin, laissant son auteur sans voix ! Je suppose qu'alors cette enfant, croyant se suffire à elle-seule, se mire trop en son propre miroir. Il n'est de bon style sans message fort.