Mercredi 29 août 2007




Elle a claqué la porte comme l'on donne un beau soufflet à un morveux exécrable et capricieux, d'un geste sec, net, sans hésitation. CLAC !


De quelques crachats, elle a tranché une belle plaie, bien brillante, bien gluante, sur les autres amoncelées au gré du temps en carapace de paillettes. PFUITTTCH.

Même pas mal. Même plus mal. Je crois que les nerfs sont anesthésiés à force. On dit bien que les grands brûlés ne ressentent pas la douleur. Trop à vif, trop profond. Trop de trop. Trop c'est trop.
« On se téléphone alors et on se dira bonjour et au revoir ! Parfait ! ». Ce furent les derniers mots entendus avant que sa présence ne soit engloutie dans l'obscurité du couloir de l'immeuble. CLAC !

Et alors, moi j'attends. J'attends que viennent les secousses nerveuses, les larmes de nez, les crispations dans les mains, les étranges vibrations dans les membres inférieurs qui me feraient bondir au dehors pour la rattraper, les noeuds de vipère au fond du torse, prêts à s'expoitriner. J'attends. Et rien. Rien n'arrive, aucun remous à la surface, le calme plat, le silence dans l'âme. L'agitation est morte sous les coups répétés. Je crois bien. Même cette fautive de culpabilité ne pointe pas le bout de son museau dégoûtant. Elle est trépassée elle aussi. Je crois bien…

Il y a une mouette qui depuis plusieurs jours a élu domicile sur la cheminée de la maison qui fait face au dos de la mienne. Et là, elle est en train de se tordre de rire. On dirait une pochtronne qui esclaffe les larmoiements des autres. Ca chuinte par alternance et lance de grands cris aux couleurs de l'ironie. Du coup du sort prémédité à pleines narines ça ! Puis, l'on dirait aussi que le couple de tourterelles lui fait écho… Se foutent de ma gueule je crois bien ! Et ils ont bien raison.

Je suis après tout le puîné que l'on n'a jamais épargné, même s'il a toujours été soutenu et encouragé à marcher (merci, merci). Je suis après tout né plus fort que l'autre toujours trop fragile, plus coriace que le « mais tu ne te rends pas compte», plus de marbre que le « tu devrais réagir différemment », plus inébranlable que le « tu ne nous aimes pas ».

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« Le roi rouge », Johannes Theodor Baargeld

Alors jouez glaviots désenchantés et résonnez burettes de bile !

Je n'entends rien de mon moi, mais j'entends fort bien les bruits de dehors. Et si c'était le extra-muros qui m'appartenait à la fin ?

Raz les claques de devoir pactiser avec l'empathie, de voir transformer mon écoute en crachoir du dimanche, au nom du père, du fils et du sans esprit.

Alors, je me repasse le film. CLAC !... J'écoute… Non, décidément rien, nada, le néant le plus total. Le vide le plus compact. C'est fou ce que ça peut être épais et à égale part muet un vide de soi.
Même ce flan de chat, ce sans famille à la belle mémoire dérobée, me regarde avec l'air de « t'es con toi tss tss ». Pas si bête le chat finalement. Je devrais suivre son exemple et perdre mes annales tiens ! Cela me ferait des vacances loin de mon pays de chair et de sang.

On m'a dit, après coup, que cet aspect de tranquillité était sournois, que cela était mauvais signe, que le retour de bâton ne saurait se faire attendre.  Je veux bien le croire… ou non. Je veux bien le croire et me préparer à la tempête. A force, je suis le meilleur des marins… ou non. Je hisserai hautes les voiles, haut le cœur, haut le corps, comme toujours. Je prendrai juste le temps de faire ma sieste, de me ressourcer au fin fond de ma colère, comme toujours. Je me prépare à des nuits sans astre, sans guide, sans aire de stationnement. Ma boussole est ensevelie dans un vieux coffre à joujoux chahutés, sur lequel je viens de pisser mon silence le plus arrogant.

CLAC !

Oui, maman, on fait ça. On ne se téléphonera pas et on ne se fera pas de bouffe. Ne passe pas le bonjour à papa et n'embrasse pas mon espèce patronymique pour moi.

Que l'on me crache dessus à présent et pour l'éternité, une douche ne me suffirait pas. Je veux prendre mon bain. Torchez votre fausse douleur familiale et mouchez-vous ensuite de l'identique torchon de mauvaise foi et de parti pris de gésine. J'ouvre les robinets et je m'assois dans le bac. L'eau est brûlante. Je gueule un coup. C'est bon.

Et toi, enfant qui passe, n'écoute en rien ma parole, car j'ai toujours eu tort… c'est écrit sur mon acte de naissance, en blanc sur blanc.

                                                                                                               Plaiethore



Par que-vent-emporte le Mercredi 29 août 2007
Le séisme interne engendre de sacrées répliques, on dirait, pour que ce CLAC retentisse si fort, jusqu'à nos oreilles. Remarque que j'ai lu ton texte cinq ou six fois pour être sûr que c'était bien ça et pas autre chose. Tiens bon ! La métaphore maritime n'est pas mal choisie. On n'étale pas autrement un coup de chien. Faire le gros dos, attendre que la tempête aille souffler un peu plus loin et, après seulement, évaluer les dégâts. Si la barque flotte encore, rien n'est perdu, quoique...
Par L-Emasculee-Conception le Mercredi 29 août 2007
les relations familiales sont tortueuses, tortureuses, difficile d'avoir une réaction "appropriée" puisqu'on a oublier de nous fournir le mode d'emploi, de nous apprendre "le traité de la famille parfaite". Et comment mener sa barque au milieu des tempêtes génétiques. Plaiethore a t'il le pied marin?
Par Plaiethore le Mercredi 29 août 2007
Jean, pour tout te dire, ce texte a été pondu au mois de mai de cette année, juste après le CLAC.
Il a été posté, resté en ligne... allez ! on va dire 5 minutes. Il est resté hors ligne jusqu'à aujourd'hui. Puis réédité.
Besoin de le machouiller, de le recracher.
Mais, si j'avais un message à faire passer en postant cette bile, il ne serait pas "bouhhhh, je suis triste et malheureux", non, il serait plutôt son contraire, dans le sens "je prends des coups et je vis droit" ; la droiture, j'en fais mon devoir d'existence.
C'est pour cela que j'ai tant hésité à le faire paraitre ici, pour éviter toute confusion. C'est le pourquoi également de ma parole envers l'enfant de passage...
Je sais que tu as compris cela, toi qui a vécu bien plus que nous tous ici.
Plus de 3 mois après, le recul est bien là et la tempête qui grossit a pris une couleur sans nom, mais également une texture des plus molles. Je peux lui enfoncer mes doigts dans ses orbites vides, c'est pour dire !
Rien n'est perdu. Tout se retrouve :)
Par Plaiethore le Mercredi 29 août 2007
L-Emasculee-Conception, comme toujours, comme toujours. Je suis un marin ^^
Par with-the-light-out le Mercredi 29 août 2007
J'ai attendu quelques heures avant d'écrire. Pour saisir un brin de cette tempête, pour lui tirer les moustaches. Aussi. Tu as vu, je n'ai pas laissé de petits points.
Par Paracelsia le Mercredi 29 août 2007
Si je n'écris plus de commentaires par ici, c'est que tes mots sont trop fort pour y laisser de pauvres et banalités sans formes dont j'ai l'habitude, pourtant, tout est là, je lis bien des choses entres tes maux et ça me réveille CLAC
Par CE le Jeudi 30 août 2007
ça vrille trop fort dans mon pauvre bide de suspendeur de vieux nuages. J'aurais pas dû écouter, trop petit, je me balance, CLAC, le rythme, Plaiethore ventre en l'air (et trois petits points)
Par Plaiethore le Jeudi 30 août 2007
Petite Lumière, as-tu entendu la tempête couiner ?
Et puis, oui j'ai vu, mais tu aurais pu. Laisser les 2 petits points. Tu es la seule ici à faire cela et moi, j'aime bien :)

Madone, Madone, de quelles banalités parles-tu ? (voyons !)

Cher Caustique, après avoir vu mes fesses, voilà que je vous montre mon ventre... désolé ^^
Par yoyostereo™ le Jeudi 30 août 2007
par contre une bouffe apres une expo ça serait de l'ordre du probable
Par lubna le Jeudi 30 août 2007
c'est écrit sur le mien aussi, en NOIR, allez viens donc sur mon épaule on va ecosser les plaies que nous sommes à deux !
Par Plaiethore le Vendredi 31 août 2007
Cher Yoyo, cela dépend avec qui ^^

Lubna, j'arriiiiiiiiiiiiive !
Par maud96 le Vendredi 31 août 2007
Entre la mouette rieuse et le chat paumé, il te manque une chevrette un peu déjantée qui viendrait te faire des galipettes sous le nez pour te consoler de cette "morfonditude"...
Et merci de ta bonne réponse... Pshitt ! un petit coup de vaporisateur au fumet de caribou pour toi !
Par hékate le Mercredi 1er juillet 2009
Oui,évidemment le clac d'une porte en réveille d'autres.
Y a-t-il des familles heureuses? Probablement.Mais qui sait ,on pourrait avoir envie d'éclater d'un rire de cynisme atroce,tant ça paraîtrait made in exportation d'un monde surfait et anti-naturel,genre comédie du bonheur où il suffit de gratter de l'ongle pour que le beau vernis s'effritte.
Il n'y de de famille que celle d'une meute hors des normes qui se choisit par affinités électives, en dépit des différences d'idées ,de mode de vie,parce que il y a une chose étrange qui fait que ,oui,on sent qu'il y a là ce qu'on n'ose vouloir demander.
Quand je demande je ne reçois jamais.L'inverse des prières en somme.
Je reçois le jour où je n'attends plus rien,dans le creux de la vague ,en me disant,oui j'ai pas ma place ici parmi ces étrangers mes semblables,mes faux semblables!...Tous des faux-semblants,des sentiments ajoutés à la panoplie qui est de mise,on s'arrange à tant paraître bien qu'on disparait tout à fait:du trompe l'oeil de premier choix.
Il manquait lors de cet écrit trois corbeaux,non?
J'oubliais le ramier,car oui il y a un ramier...dans ma galère,et sur mon fil...pas tant que cela de vrais funambules!...Le vertige,oui il y en a qui ont le vertige...
Naître au mauvais moment,pas comme il faudrait,bah! on traine cette guenille àprès soi...On se cache dedans,mais non,pas assez.Tant pis!
Obligé de faire avec.
Les printemps me trucident le moral,depuis les marques de cette"prison" mentale et physique qui a duré,duré...tant et tant.
J'écoute cette parole parce que j'ai envie d'avoir raison contre tous les torts qu'on m'a jeté comme on jette un chien à un os pour qu'il n'aboie pas!
après tout,c'est ainsi,et moi je ne parle qu'aux étoiles et à ceux qui veulent prendre le temps de s'apercevoir que les étoiles ne sont pas si lointaines qu'on peut nous le laisser croire.
Les savants ne voient qu'au bout d'une lorgnette...
 

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