Elle a claqué la porte comme l'on donne un beau soufflet à un morveux exécrable et capricieux, d'un geste sec, net, sans hésitation. CLAC !
De quelques crachats, elle a tranché une belle plaie, bien brillante, bien gluante, sur les autres amoncelées au gré du temps en carapace de paillettes. PFUITTTCH.
Même pas mal. Même plus mal. Je crois que les nerfs sont anesthésiés à force. On dit bien que les grands brûlés ne ressentent pas la douleur. Trop à vif, trop profond. Trop de trop. Trop c'est trop.
« On se téléphone alors et on se dira bonjour et au revoir ! Parfait ! ». Ce furent les derniers mots entendus avant que sa présence ne soit engloutie dans l'obscurité du couloir de l'immeuble. CLAC !
Et alors, moi j'attends. J'attends que viennent les secousses nerveuses, les larmes de nez, les crispations dans les mains, les étranges vibrations dans les membres inférieurs qui me feraient bondir au dehors pour la rattraper, les noeuds de vipère au fond du torse, prêts à s'expoitriner. J'attends. Et rien. Rien n'arrive, aucun remous à la surface, le calme plat, le silence dans l'âme. L'agitation est morte sous les coups répétés. Je crois bien. Même cette fautive de culpabilité ne pointe pas le bout de son museau dégoûtant. Elle est trépassée elle aussi. Je crois bien…
Il y a une mouette qui depuis plusieurs jours a élu domicile sur la cheminée de la maison qui fait face au dos de la mienne. Et là , elle est en train de se tordre de rire. On dirait une pochtronne qui esclaffe les larmoiements des autres. Ca chuinte par alternance et lance de grands cris aux couleurs de l'ironie. Du coup du sort prémédité à pleines narines ça ! Puis, l'on dirait aussi que le couple de tourterelles lui fait écho… Se foutent de ma gueule je crois bien ! Et ils ont bien raison.
Je suis après tout le puîné que l'on n'a jamais épargné, même s'il a toujours été soutenu et encouragé à marcher (merci, merci). Je suis après tout né plus fort que l'autre toujours trop fragile, plus coriace que le « mais tu ne te rends pas compte», plus de marbre que le « tu devrais réagir différemment », plus inébranlable que le « tu ne nous aimes pas ».


« Le roi rouge », Johannes Theodor Baargeld
Alors jouez glaviots désenchantés et résonnez burettes de bile !
Je n'entends rien de mon moi, mais j'entends fort bien les bruits de dehors. Et si c'était le extra-muros qui m'appartenait à la fin ?
Raz les claques de devoir pactiser avec l'empathie, de voir transformer mon écoute en crachoir du dimanche, au nom du père, du fils et du sans esprit.
Alors, je me repasse le film. CLAC !... J'écoute… Non, décidément rien, nada, le néant le plus total. Le vide le plus compact. C'est fou ce que ça peut être épais et à égale part muet un vide de soi.
Même ce flan de chat, ce sans famille à la belle mémoire dérobée, me regarde avec l'air de « t'es con toi tss tss ». Pas si bête le chat finalement. Je devrais suivre son exemple et perdre mes annales tiens ! Cela me ferait des vacances loin de mon pays de chair et de sang.
On m'a dit, après coup, que cet aspect de tranquillité était sournois, que cela était mauvais signe, que le retour de bâton ne saurait se faire attendre. Je veux bien le croire… ou non. Je veux bien le croire et me préparer à la tempête. A force, je suis le meilleur des marins… ou non. Je hisserai hautes les voiles, haut le cœur, haut le corps, comme toujours. Je prendrai juste le temps de faire ma sieste, de me ressourcer au fin fond de ma colère, comme toujours. Je me prépare à des nuits sans astre, sans guide, sans aire de stationnement. Ma boussole est ensevelie dans un vieux coffre à joujoux chahutés, sur lequel je viens de pisser mon silence le plus arrogant.
CLAC !
Oui, maman, on fait ça. On ne se téléphonera pas et on ne se fera pas de bouffe. Ne passe pas le bonjour à papa et n'embrasse pas mon espèce patronymique pour moi.
Que l'on me crache dessus à présent et pour l'éternité, une douche ne me suffirait pas. Je veux prendre mon bain. Torchez votre fausse douleur familiale et mouchez-vous ensuite de l'identique torchon de mauvaise foi et de parti pris de gésine. J'ouvre les robinets et je m'assois dans le bac. L'eau est brûlante. Je gueule un coup. C'est bon.
Et toi, enfant qui passe, n'écoute en rien ma parole, car j'ai toujours eu tort… c'est écrit sur mon acte de naissance, en blanc sur blanc.
                                                                                   Plaiethore

