Il y a un peu plus de trois ans, j’écrivais...
"UNE SIRENE EN CAMISOLE"
La chaleur afflige mes sens.
Dites, avez-vous vu ? Avez-vous entendu ? Avez-vous senti ? Avez-vous touché ?
Dites, avez-vous suivi, épié son corps, l'avez-vous vu devenir silhouette, devenir spectre, devenir point, devenir astre au bout d'une vie ?
Dites, avez-vous écouté sa voix, ses chants, ses crissements de cœur, ses hurlements d'âme ?
Croyez-vous aux profondeurs abyssales des rires, aux sirènes en camisole ?
Dites, avez-vous lu la douleur en espérant vous saigner les yeux ?
Dites, avez-vous recueilli ses larmes brûlantes sur votre poitrine ; vous ont-elles ouvert, étripé, haché, éparpillé ? Vous ont-elles rendu invincible comme un philtre de grâce ?
Dites connaissez-vous la drogue la plus douce et la plus infiltrante qui soit ; celle qui tranche les jugulaires, qui s'instille dans le cortex, qui se diffuse dans vos jambes, qui vous ordonne de vous lever, qui vous dicte l'horizon, qui fige la raison et explose le sommeil en particules d'existence ?
Dites, avez-vous souhaité être une plume fragile ancrée dans ses cheveux pour dormir tout prêt de ses songes ?
Ses songes… avez-vous compris, disséqué, analysé, absorbé ?
Avez-vous pénétré une seule fois ses desseins oniriques ?
Dites, avez-vous bu sa vie lorsqu'elle la laisse se répandre ?
Dites, vous êtes-vous jeté au sol pour y ramper, pour y laper ses pas, pour sucer sa course, pour éponger sa fuite ?
Â
"Mental door", Misha Gordin Dites, avez-vous cru devenir l'homme le plus croyant de votre trottoir, de votre rue, de votre ville, de votre pays, du monde des morts et de celui des non vivants ?
Dites, avez-vous eu la prétention d'être le seul capable de pouvoir embrasser ses pieds ?
Dites, avez-vous un instant seulement désiré mettre votre langue dans la bouche fielleuse d'un démon, pour pouvoir enfin vous inventer, faible, les lèvres baveuses d'une divinité ?
Dites, seriez-vous capable de dresser un autel, pour y faire brûler l'encens de votre peau arrachée, pour honorer une seule lettre de son nom ?
Non, vous n'avez rien vu, rien entendu, rien senti, rien touché d'elle.
Ou trop peu, ou trop loin, et c'est déjà le néant. Vous êtes ignorants, aveugles, sourds, muets et insensibles de ne pas la connaître.
Car elle n'est pas à vous. Elle est à moi seulement. Et je ne suis pas vous.
Mais je n'ai pas encore tout vu, tout entendu, tout touché de son être qui m'éclaire, autant qu'il souffle sur les chandelles gémissantes.
Je suis son bâton et je vis intensément lorsque je plante dans les gravillons.
Et je suis fort de feindre l'oubli de ses faces englouties et la vision du sommet non encore atteint.
Je suis une puissance, tout autant qu'une faiblesse.
Je suis une naissance, tout autant qu'une agonie de vieillard.
Elle est devenue la chair de ma sculpture. Je serai la couleur sang de sa peinture.
Que l'on m'exhibe nu à la potence de la gloire si je gagne.
Que l'on m'incise au sécateur si j'échoue.
La chaleur brise mes os. Je ferme les volets.
...
Aujourd’hui,
je peux hurmiauler sur les chapes les plus brûlantes : j’ai gagné !
je peux hurmiauler sur les chapes les plus brûlantes : j’ai gagné !
Je continue à escorter, à scruter, à goûter ses partances, à n'être que pour discerner ses vents lyriques qui font pâlir vos dieux... Vos dieux, si chétifs, si anémiés à ses pieds... Si...
Je reste le réceptacle en or pur, l’emballage fait de poudre de diamants qui recueillera ses perles d’épreuve comme de quiétude.
Elle est encore ce terrible stupéfiant qui défie perpétuellement mes éboulements et mes trépas et je suis cette même plume qui veille sans harassement sur ses vols de nuit.
J’ai encore et aurai toujours l’aptitude à me traîner sur ses pas, à lécher, à siroter et à assécher tout ce qui pourrait vouloir détaler hors de son esprit.
Je garde mon credo en Elle, ma haute prétention, ma suffisance dévoreuse de bassesse, mes appétences maléfiques, mon autel ombilical, avec ma peau à éplucher de l’encens qui se consume lentement en circonvolutions éthérées de venin à mordre tous les sorts intrigants.
Je suis loin encore de savoir toutes les épices, exotiques sans mansuétude envers les trop communs des mortels, qui font et feront d’Elle l’éternelle sublime Création.
Je suis toujours sa hampe de bois précieux qui soutiendra ses vertiges futurs et je continuerai à enfoncer mes déterminations féroces dans la caillasse la plus outrageante.
Mais j’ai tué, depuis l’intérieur de mes propres épigastres, l’impotence, sale gueuse errante, qui a laissé place à la seule puissance.
J’ai serré le cou de l’âge agonisant, pour réussir à faire sortir de la vieille bouche obscure et fétide la naissance incessante, la parturition constante.
Elle est ce joyau qui un jour a fait exploser ma chair et mon âme en des couleurs hologrammes et olographes que personne d’autre que nous ne connaît, et
sa peinture a aujourd’hui cette profondeur qui ne peut s'écrire,
qui abîme tous les écueils de l’antan.
qui abîme tous les écueils de l’antan.
Antan… Ce passé que jamais nous n’affublerons du pathétique sobriquet de renégat, car sans son consentement, c’est bien ce temps déchu qui a été le halage à La porter sur le sommet, qui lui, à son tour, est maintenant une abscisse de vue sur d’autres monts gémellaires, enfantés du même pivot originel, et pourtant qui apparaissent si admirablement disparates.

"Crowd 35", Misha GORDIN
J’ai gagné ma gloire, car Elle est la Sirène qui s’est dévêtue d’une chrysalide camisolaire
afin de se parer des tissus rares de SA Victoire.
  Â
Mais pleurez ! Tombez sur vos genoux calleux et faîtes donc offrande inutile en sacrifiant la mer de vos yeux qui ne verrons jamais rien !
Car je n’ai pas attendu que l’on exhibe pour moi ma nudité et mes honneurs, arrêtés aux souffles des siens, au gibet des suppliques humaines, car je n’ai jamais voulu vous faire entendre que j’avais et que je porterai encore mon ruban de SA Vie autour de ma gorge.
La lune étant ronde depuis plusieurs nuits, elle m’a longuement supplié de gémissements célestes d’accomplir ma promesse… Je n'ai rien attendu. Comme à mon jamais. Et je reste nu.
Mais pleurez ! Tombez sur vos genoux calleux et faîtes donc offrande inutile en sacrifiant la mer de vos yeux qui ne verrons jamais rien !
Car je n’ai pas attendu que l’on exhibe pour moi ma nudité et mes honneurs, arrêtés aux souffles des siens, au gibet des suppliques humaines, car je n’ai jamais voulu vous faire entendre que j’avais et que je porterai encore mon ruban de SA Vie autour de ma gorge.
La lune étant ronde depuis plusieurs nuits, elle m’a longuement supplié de gémissements célestes d’accomplir ma promesse… Je n'ai rien attendu. Comme à mon jamais. Et je reste nu.
Je suis devenu une armure qui peut saigner indéfiniment sans jamais se blesser.
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La chaleur amollira toujours mes sens et broiera encore mon squelette.
Mais quelle importance ?
Mais quelle importance ?
Car en ce jour triomphant qui lui appartient, mes volets sont une barbare troupe de gardes métis, armés jusqu’à l’espagnolette, capables de rafraîchir le plus grand des déserts, farouches, cannibales, robustes comme l’acier de mes guerres, parce que nés d’une secrète fusion, celle de ses pénombres et de ses illuminations.
    Plaiethore


L'amour ,disait Sophocle,est comme de la glace tenue en main par des enfants.J'ose espèrer que les rêves des brûleurs de livres sont hantés par des modestes preuves comme celle-là de la survivance du livre".ALBERTO MANGUEL
Plaiethore...vos mots coupent le souffle! Je vais vous relire ,et je reviendrais rassembler les lambeaux de ma pensée anéantie et soulevée par l'éblouissement et les miaulements ardents de votre violon de vagabond des mots affublé de tous les désaccords pour une immense mélopée bouleversante,âpre et déchirée,la voix d'une vie de fureur et d'espoir,en dépit des vents contraires qui s'oppose à l'ivresse inspirée qui anime autant qu'elle tue!!!Cette Mort nous fait nous ranimer d'un feu fort qui couve sous les braises!
votre Hécate