Mercredi 6 mai 2009

Nota allégoretifique : Pour les faignasses de la lecture,
un edit spécialement trucmuché pour vous en bas de page...





« Guy de Maupassant affirmait que Algernon-Charles Swinburne lui semblait le mortel le plus extravagamment artiste du monde. A présent que le mortel chantre de l’immortelle Laus Veneris est mort, nous sommes deux esthètes chauves, trois pelés et quatre tondus - neuf en tout - fondés à regarder comme le plus extravagamment artiste de nos contemporains le nommé Georges Fourest. … » Willy (Henry Gauthier-Villars),
préfaceur de « La Négresse Blonde ».




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Si l’on ajoute un chevelu adepte de la pince à tifs, l’on peut me compter comme le dixième des admirateurs du plus inaccoutumé des poètes.


Georges Fourest c’est la mesure effrénée des verbes, le tempo indécent des classiques revisités par un Pierrot délirant et moqueur, le contorsionniste clownesque de l’image écrite, le romantisme à l'eau de punaise, l’acrobate fêlé du lyrisme, le panache de la rareté des belles lettres, la poésie ardente des vocables qui s'inventent, le diable burlesque à queue de pie jacasse, le cynisme roulant en corbillard de carton pâte enguirlandé, le tueur des spectateurs de mise à mort, le dément qui ricane des folies humaines, l’enfant cruel qui torture l’amer de l’existence et qui vous jette dans les yeux les cadavres absurdes et parfumés de ses victimes, le croque-mort mondain de nos fous rires jaune pisse, la légèreté qui se fait plus lourde qu’un éléphant syphilitique, le chef d’orchestre hautain et déjanté de la critique sournoise, l’encaustique acide des arts de nos tables  et de nos alcôves hypocrites, la lucidité décadente qui danse sur notre petitesse, la bave brûlante d’un doux animal qui aime à se faire rebrousser le poil.


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Triboulet, pseudonyme crétin dont le poète aimait à s’affubler avec honneur, me fait rire de ses farces au goût amer de l’impertinence armée de dents de verre pilé, au point d’en chérir à en gerber l'écœurant sépulcre que notre nourrice commune s’évertue à fleurir de racines et non de pétales… la conne.


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Etes-vous prêt à devenir le onzième larron d’une clique déglinguée en gaine de vers à soie, guidée par les mots d’une dinde cantatrice au rictus moqueur, pondant des petits cochons d’huile de poisson, empalée sur déambulateur de théâtre et enchantée de l’être ?
Ou bien reviendrez-vous près de votre « vieille mère, deviner les rébus des journaux illustrés » ?


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Oui, je sais, le texte que j’ai choisi et qui suit est long, mais je ne pouvais me résigner à médiocrement le débiter en fines darnes orphelines… Et puis, qui sait, si un jour vous pensez en pleurnichant à votre mort et à toutes les entourloupes qui virevoltent dans ces moments carnavalesques, alors, alors, peut-être commettrez vous un acte Fourestien par excellence et que « vous cavalcaderez munis de deux carafes d’onyx pour recueillir le pipi de vos yeux » en hurlant de rire…




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"The Blond Negress", Constantin Brancusi 
Sculpture sur bronze 1926



Epître falote et testamentaire pour régler l’ordre
et la marche de mes funérailles


Il ne me convient point, barons de catalogne
Lorsque je porterai mon âme à Lucifer,
Qu’on traite ma dépouille ainsi que la charogne
D’un employé de banque ou de chemin de fer ;

Que mon enterrement soit superbe et farouche,
Que les bourgeois glaireux bâillent d’étonnement
Et que Sadi Carnot, ouvrant sa large bouche,
Se dise : « Nom de Dieu ! le bel enterrement ! »


Le linceul sera simple et cossu : dans la bile
D’un pédéraste occis par Capeluche vers
L’an treize cent soixante, un ouvrier habile
A tanné douze peaux de caprimulgues verts :

Pour ôter au cadavre un aspect trop morose
Premier que me vêtir du suaire teignez
Mes sourcils en bleu ciel et mes cheveux en rose
De flamant et dorez mes ongles bien rognés.

Ce coffre d’orichalque ocellé de sardoines
Et doublé de samit qu’autrefois Gengis-Khan
Offrit à mon aïeul semble des plus idoines
A recevoir mon corps aimé de Dinican !

Etendez-moi rigide au fond de cette bière,
Placez entre mes mains nos livres décadents :
Laforgue, Maldoror, Rimbaud, Tristan Corbière
Mais pas de René Ghil : ça me fout mal aux dents !


II

Pour corbillard, je veux un très doré carrosse
Conduit par un berger Watteau des plus coquets,
Et que traînent, au lieu d’une poussive rosse,
Dix cochons peints en vert comme des perroquets ;

Celle que j’aimai seul, ma négresse ingénue
Qui mange des poulets et des lapins vivants,
Derrière le cercueil, marchera toute nue
Et ses cheveux huilés parfumeront les vents ;

Les croque-morts seront vêtus de laticlaves
Jaune serin, coiffés d’un immense Kolbach
Et trois mille zeibecks pris entre mes esclaves
Suivront le char jouant des polkas d’Offenbach ;

Vous, sur des hircocerfs, des zèbres, des girafes
Juchés et clamitant des vers facétieux,
Vous cavalcaderez munis de deux carafes
D’onyx pour recueillir le pipi de vos yeux,  


Tandis que méprisant la faune, ô Lacépède,
Drapé dans une peau de caméléopard
Mon vieux copain Deibler, sur un vélocipède,
Braillera la Revue et le Chant du Départ !

III

Dans un temple phallique atramente de moire,
Monsieur Docre, chanoine et prêtre habituel
Des sabbats, voudra bien chanter la Messe noire
Evoquant Belphégor d’après son rituel.


IV

Ce gâteau de Savoie ayant Hugo pour fève,
Le Panthéon classique, est un morne tombeau ;
Pour moi j’aimerais mieux (que le Dyable m’enlève !)
Le gésier d’un vautour ou celui d’un corbeau !

Puisque j’ai convomi la société fausse
Où les fiers et les forts ne sont que réprouvés,
Monsieur le fossoyeur, vous creuserez ma fosse
Parmi les assassins, dans le Champ-des-Navets !


Ni croix, ni monument ; sous la Lune hagarde
Je sortirai parfois, la nuit, pareil aux loups-
Garous et les bourgeois diront : « Que Dieu nous garde ! »
Quand surgira mon spectre, à l’heure des filous !...

L’épitaphe ? Barons, laissez la rhétorique
Funèbre aux bonnetiers ! Sur ma pierre, par la
Barbe Mahom ! Gravez en lettres rouge brique
Ces quatre alexandrins où tout mon cœur parla :


« Ci-gît Georges Fourest ; il portait la royale
Tel autrefois Armand Duplessis-Richelieu,
Sa moustache était fine et son âme loyale !
Oncques il ne craignit la vérole ni Dieu !... »

Et pour épastrouiller la tourbe scélérate,
S’il vous faut exalter en moi quelque vertu
Narrez que j’exécrais le pleutre démocrate
Et que le bout de mes souliers était pointu !

Et tout sera parfait ! Et moi, dans le géhenne,
Grinçant et debout sur les brasiers tisonnés,
Je hurlerai tel cri de blasphème et de haine
Que je terrifierai le Dyable et ses damnés !!!

Or, j’ai scellé ce pli des sept sceaux d’Aquitaine,
Moi, neveu d’Astaroth, maudit par Jésus-Christ !
Et pour être compris même de Monsieur Taine,
Je m’exprime en vulgaire et non point en sanscrit !



Georges Fourest, in « La Négresse Blonde » 1909



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Edit du jeudi 7 mai 2009


 

Pseudo-sonnet que les amateurs de plaisanterie facile
proclameront le plus beau du recueil

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Nemo (Nihil, cap. 00).

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(*) Si j’ose m’exprimer ainsi !

(Note de l’Auteur.)

 

Georges Fourest, in « La Négresse Blonde »

http://www.plaiethore.com/images/georgesfourestportrait.jpg

Du même auteur :
Contes pour les Satyres, 1923
Le Géranium Ovipare, 1938




 
Par Eric LOW le Mercredi 6 mai 2009
voilà 1 compère qui nous remonte le moral par son verbe porté haut !
Par Plaiethore le Mercredi 6 mai 2009
Le moral et les bretelles, je suis bien d'accord cher Eric ; j'en aurais presque le pantalon autour du cou si j'en oubliais mon souci d'être élégant.
Par glandeur-rockmantique le Mercredi 6 mai 2009
Interessant tout cela ! Encore des rimes !
Par Plaiethore le Mercredi 6 mai 2009
Poil à la p... Non !
Par Eric LOW le Mercredi 6 mai 2009
tu peux remonter le pantalon si tes chaussettes sont assez hautes mais ça me rappelle Chirac dans ses derniers moments avant qu'il meure
Par Eric LOW le Mercredi 6 mai 2009
ravi de te retrouver chez Maitre Krapo : je ne sais si vos folies littéraires s'anuleront (de chapeau) ou s'entrechoqueront (de lapin dans le chapeau) mais il y a tant de correspondances !...
Par Plaiethore le Jeudi 7 mai 2009
"Que ceux qui m'ont aimé remontent fièrement leur pantalon, à l'unique condition que leurs chaussettes soient à ma hauteur"... Ce serait une belle épitaphe pour jacquouille...

Ravi, moi, d'avoir trouvé la belle marre de Maître Krapo ; tu m'y retrouveras probablement souvent et à cause de toi ;)
Par Eric LOW le Jeudi 7 mai 2009
tu trouveras 1 autre blog de Niko (alias Krapo alias Kargul...) dans mes liens :
Excavations Karguliennes : http://kargul.over-blog.com/
Par Plaiethore le Jeudi 7 mai 2009
埃里克非常感谢你亲爱的

:)
Par Plaiethore le Jeudi 7 mai 2009
Je crois que je vais me plaire chez Kargul... et chez Gertrude aussi ! Dis-moi cher Eric, c'est génial ce que fait cette défunte !
Par monochrome.dream le Jeudi 7 mai 2009
Mais c'est génial, ce truc ! L'antithèse de l'enterrement rangé ! J'étais accrochée au texte, un smile de délicée aux lèvres, parce qu'il a l'art et la manière de foutre de l'inattendu... là où on ne l'attendait pas, ce Monsieur Fourest. Tu sais, c'est drôle : "La négresse blonde", je suis SURE d'avoir appris un poème intitulé comme ça en classe de 6ème. Ca commençait comme ça : "elle est noire comme du cirage, comme un nuage au ciel d'orage, et le plumage du corbeau, et la lettre A selon Rimbaud, comme la nuit, comme l'ennui, l'encre et la suie". Et c'était suivi d'un autre petit poème sur les Pierrots blanc, je crois du même auteur, mais j'ai oublié son nom ! (ça les poèmes, je retiens pour toujours, mais les auteurs, eux, s'évaporent)

Quand au poème "X"... la rime est facile, là, quand même :D
Bonne soirée à toi : avec ce poème tu viens de faire la mienne !
Par monochrome.dream le Jeudi 7 mai 2009
Hum. Comment dire. Je reviens d'un tour sur google. Où j'ai tapé mes bribes de souvenirs de poème... poème que j'ai d'ailleurs retrouvé. Sauf qu'en regardant le nom de l'auteur je me suis sentie un peu nulle : c'était Fourest ! Hem... (un nom qui va rester gravé, au moins)
Par novembre le Vendredi 8 mai 2009
J'aime beaucoup Fourest. J'ai l'impression que c'est un éclat de génie, un fou en liberté, au milieu de tous les autres du XIXe et même du XXeme, plongés dans la poésie dramatique et je veux mourir suicidé blabla. J'aime bien ceux qui ne se prennent pas toujours au sérieux.
Par Plaiethore le Lundi 11 mai 2009
La Négresse Blonde

I

Elle est noire comme cirage,
comme un nuage
au ciel d’orage
et le plumage
du corbeau
et la lettre A, selon Rimbaud
comme la nuit,
comme l’ennui,
l’encre et la suie !
Mais ses cheveux,
ses doux cheveux,
soyeux et longs
sont plus blonds, plus blonds
que le soleil
et que le miel
doux et vermeil,
que le vermeil,
plus qu’Eve, Hélène et Marguerite,
que le cuivre des lèchefrites,
qu’un épi d’or
de Messidor,
et l’on croirait d’ébène et d’or
La belle Négresse, la Négresse blonde !

II

Cannibale, mais ingénue,
elle est assise, toute nue,
sur une peau de kangourou
dans l’île de Tamamourou !
Là, pétauristes, potorous,
ornithorynques et wombats,
phascolomes prompts au combat,
près d’elle prennent leurs ébats !
Selon la mode Papoua,
sa mère, enfant, la tatoua :
en jaune, en vert, en vermillon,
en zinzolin, par millions
oiseaux, crapauds, serpents, lézards,
fleurs polychromes et bizarres,
chauves-souris, monstres ailés,
laids, violets, bariolés,
sur son corps noir sont dessinés.
Sur ses fesses bariolées
on écrivit en violet
deux sonnets sibyllins rimés
par le poète Mallarmé
et sur son ventre peint en bleu
fantastique se mord la queue
un amphisbène.
L’arête d’un poisson lui traverse le nez,
de sa dextre aux doigts terminés
par des ongles teints au henné,
elle caresse un echidne,
et parfois elle fait sonner
en souriant d’un air amène
à son col souple un beau collier
de dents humaines,
La belle Négresse , la Négresse blonde !


...

Joli-Nom, les Pierrots s'en vont chez toi...
Par maud96 le Jeudi 14 mai 2009
Ici, au moins, on déculture,et dans le vacarme des tondeuses à gazon de ce printemps urbain, çà fait du bien !
Pourquoi ne m'ont-ils pas appris tout çà au lycée ou à la primaire !
Par Eric LOW le Lundi 18 mai 2009
étrange : je pensais que tu aurais plutôt commenté ça :
http://le-bruit-de-l-univers.over-blog.com/article-31176987.html
en piochant dans ma rue briques à braques
Par hékate le Samedi 20 juin 2009
Je découvre ce poète...Ah! quel délire!...
Dites-moi,Plaiethore,si dans ses "Névroses" Rollinat n'aurait pas écrit ces vers pour vous:
"Je rêvais que mon coeur flottait dans le château
"Au-dessus d'une coupe étrange et poussièreuse:
"-Pour y saigner bien sûr! Car la plaie est si creuse
"Que le temps y retourne encore le couteau!"
L'humour est noir,le sang est rouge et dire qu'on peut voir la vie en rose!!!!
En toute amitié!votre Hécate
Par Plaiethore le Lundi 22 juin 2009
Je vois à l'heure d'aujourd'hui la vie à la couleur du sang qui s'échappe des corps et ma plaie est depuis sa première béance le contraire du creux.

Mais merci chère Hécate de vos pensées.
Par hékate le Lundi 22 juin 2009
Nous avons le sang à vif,et nos pensées se croisent ici,voyez comme la Pensée est magique!
Merci à vous pour ce passage sur les enfants du vent sur mon fil où je vais ajouter quelques mots;oui ces "Hauts de Hurlevents" n'ont jamais cessé de hanter mon âme...
Je pense à vous intensément.
votre magicienne Hékate
Par morel / le hourdel le Jeudi 31 décembre 2009
Voudriez)vous m'éclairer sur "Dinican"
dans sa rime avec Gengis Khan?
Muchas y gracias
JPM
 

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