un edit spécialement trucmuché pour vous en bas de page...
préfaceur de « La Négresse Blonde ».

Georges Fourest c’est la mesure effrénée des verbes, le tempo indécent des classiques revisités par un Pierrot délirant et moqueur, le contorsionniste clownesque de l’image écrite, le romantisme à l'eau de punaise, l’acrobate fêlé du lyrisme, le panache de la rareté des belles lettres, la poésie ardente des vocables qui s'inventent, le diable burlesque à queue de pie jacasse, le cynisme roulant en corbillard de carton pâte enguirlandé, le tueur des spectateurs de mise à mort, le dément qui ricane des folies humaines, l’enfant cruel qui torture l’amer de l’existence et qui vous jette dans les yeux les cadavres absurdes et parfumés de ses victimes, le croque-mort mondain de nos fous rires jaune pisse, la légèreté qui se fait plus lourde qu’un éléphant syphilitique, le chef d’orchestre hautain et déjanté de la critique sournoise, l’encaustique acide des arts de nos tables et de nos alcôves hypocrites, la lucidité décadente qui danse sur notre petitesse, la bave brûlante d’un doux animal qui aime à se faire rebrousser le poil.

Triboulet, pseudonyme crétin dont le poète aimait à s’affubler avec honneur, me fait rire de ses farces au goût amer de l’impertinence armée de dents de verre pilé, au point d’en chérir à en gerber l'écœurant sépulcre que notre nourrice commune s’évertue à fleurir de racines et non de pétales… la conne.

Etes-vous prêt à devenir le onzième larron d’une clique déglinguée en gaine de vers à soie, guidée par les mots d’une dinde cantatrice au rictus moqueur, pondant des petits cochons d’huile de poisson, empalée sur déambulateur de théâtre et enchantée de l’être ?
Ou bien reviendrez-vous près de votre « vieille mère, deviner les rébus des journaux illustrés » ?

Oui, je sais, le texte que j’ai choisi et qui suit est long, mais je ne pouvais me résigner à médiocrement le débiter en fines darnes orphelines… Et puis, qui sait, si un jour vous pensez en pleurnichant à votre mort et à toutes les entourloupes qui virevoltent dans ces moments carnavalesques, alors, alors, peut-être commettrez vous un acte Fourestien par excellence et que « vous cavalcaderez munis de deux carafes d’onyx pour recueillir le pipi de vos yeux » en hurlant de rire…

Sculpture sur bronze 1926
et la marche de mes funérailles
Il ne me convient point, barons de catalogne
Lorsque je porterai mon âme à Lucifer,
Qu’on traite ma dépouille ainsi que la charogne
D’un employé de banque ou de chemin de fer ;
Que mon enterrement soit superbe et farouche,
Que les bourgeois glaireux bâillent d’étonnement
Et que Sadi Carnot, ouvrant sa large bouche,
Se dise : « Nom de Dieu ! le bel enterrement ! »
Le linceul sera simple et cossu : dans la bile
D’un pédéraste occis par Capeluche vers
L’an treize cent soixante, un ouvrier habile
A tanné douze peaux de caprimulgues verts :
Pour ôter au cadavre un aspect trop morose
Premier que me vêtir du suaire teignez
Mes sourcils en bleu ciel et mes cheveux en rose
De flamant et dorez mes ongles bien rognés.
Ce coffre d’orichalque ocellé de sardoines
Et doublé de samit qu’autrefois Gengis-Khan
Offrit à mon aïeul semble des plus idoines
A recevoir mon corps aimé de Dinican !
Etendez-moi rigide au fond de cette bière,
Placez entre mes mains nos livres décadents :
Laforgue, Maldoror, Rimbaud, Tristan Corbière
Mais pas de René Ghil : ça me fout mal aux dents !
II
Pour corbillard, je veux un très doré carrosse
Conduit par un berger Watteau des plus coquets,
Et que traînent, au lieu d’une poussive rosse,
Dix cochons peints en vert comme des perroquets ;
Celle que j’aimai seul, ma négresse ingénue
Qui mange des poulets et des lapins vivants,
Derrière le cercueil, marchera toute nue
Et ses cheveux huilés parfumeront les vents ;
Les croque-morts seront vêtus de laticlaves
Jaune serin, coiffés d’un immense Kolbach
Et trois mille zeibecks pris entre mes esclaves
Suivront le char jouant des polkas d’Offenbach ;
Vous, sur des hircocerfs, des zèbres, des girafes
Juchés et clamitant des vers facétieux,
Vous cavalcaderez munis de deux carafes
D’onyx pour recueillir le pipi de vos yeux,
Tandis que méprisant la faune, ô Lacépède,
Drapé dans une peau de caméléopard
Mon vieux copain Deibler, sur un vélocipède,
Braillera la Revue et le Chant du Départ !
III
Dans un temple phallique atramente de moire,
Monsieur Docre, chanoine et prêtre habituel
Des sabbats, voudra bien chanter la Messe noire
Evoquant Belphégor d’après son rituel.
IV
Ce gâteau de Savoie ayant Hugo pour fève,
Le Panthéon classique, est un morne tombeau ;
Pour moi j’aimerais mieux (que le Dyable m’enlève !)
Le gésier d’un vautour ou celui d’un corbeau !
Puisque j’ai convomi la société fausse
Où les fiers et les forts ne sont que réprouvés,
Monsieur le fossoyeur, vous creuserez ma fosse
Parmi les assassins, dans le Champ-des-Navets !
Ni croix, ni monument ; sous la Lune hagarde
Je sortirai parfois, la nuit, pareil aux loups-
Garous et les bourgeois diront : « Que Dieu nous garde ! »
Quand surgira mon spectre, à l’heure des filous !...
L’épitaphe ? Barons, laissez la rhétorique
Funèbre aux bonnetiers ! Sur ma pierre, par la
Barbe Mahom ! Gravez en lettres rouge brique
Ces quatre alexandrins où tout mon cœur parla :
« Ci-gît Georges Fourest ; il portait la royale
Tel autrefois Armand Duplessis-Richelieu,
Sa moustache était fine et son âme loyale !
Oncques il ne craignit la vérole ni Dieu !... »
Et pour épastrouiller la tourbe scélérate,
S’il vous faut exalter en moi quelque vertu
Narrez que j’exécrais le pleutre démocrate
Et que le bout de mes souliers était pointu !
Et tout sera parfait ! Et moi, dans le géhenne,
Grinçant et debout sur les brasiers tisonnés,
Je hurlerai tel cri de blasphème et de haine
Que je terrifierai le Dyable et ses damnés !!!
Or, j’ai scellé ce pli des sept sceaux d’Aquitaine,
Moi, neveu d’Astaroth, maudit par Jésus-Christ !
Et pour être compris même de Monsieur Taine,
Je m’exprime en vulgaire et non point en sanscrit !
Georges Fourest, in « La Négresse Blonde » 1909

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Edit du jeudi 7 mai 2009
Pseudo-sonnet que les amateurs de plaisanterie facile
proclameront le plus beau du recueil
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Nemo (Nihil, cap. 00).
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(*) Si j’ose m’exprimer ainsi !
(Note de l’Auteur.)
Georges Fourest, in « La Négresse Blonde »

Du même auteur :
Contes pour les Satyres, 1923
Le Géranium Ovipare, 1938

