Jeudi 10 janvier 2008



Certains se souviendront peut-être de cette photographie "La persévérance"
illustrant l'un de mes textes...






Ce soir j'emprunte sa route et vais pour la seconde fois de ma vie lui serrer fermement sa paluche de metteur en scène de lui-même par lui-même.



"Un choix décisif", Gilbert GARCIN



"L'indifférent", Gilbert Garcin

 


Dimanche 13 janvier 2008


Ce n'était pas le demain le bon jour, ni l'après-demain, mais bien aujourd'hui.


Hier et avant-hier le ciel était plombé, sous chape de nuages statiques, l'air était humide et constamment arrosé d'une pluie fine, froide et mesquine. Le temps semblait vicieux, vicié par les tourments infligés par lui-même. Rien ne correspondait à l'ambiance dont j'avais besoin pour évoquer mes impressions, mes sensations.


Aujourd'hui, le mistral souffle sans trop de violence, les quelques moutonneux nuages se baladent et semblent plaisanter avec les oiseaux de mer ; plus de couvercle sur la marmite existence, c'est une belle journée pour s'adonner au jeu des pensées qui volent.

Car voyez-vous, s'il y a bien une liberté que nous offre Gilbert Garcin, c'est bien cette dernière, l'envol de la pensée.


 
"Le vol d'Icare" (d'après Léonard de Vinci), Gilbert Garcin


Ce Grand, dans tous les sens du terme - en taille, en âge, en charisme, en talent - est un ballon non dirigeable, un Zeppelin de l'incontrôlable, duquel suspendent toujours quelques cordages qui permettent de s'y s'agripper pour un voyage non prémédité ou bien qui se montrent dans le seul but de cligner très aimablement de l'œil à ceux qui auront choisi de ne pas suivre l'idée, le point de départ de celui qui crée.


 
"Changer le monde", GG



Hormis la puissance non écrasante, les hommages délivrés à ses pères ou frères, le surréalisme sans ambiguïté,  l'absurde appréhendé en jeu de vie, qui se dégagent des œuvres de Garcin, il s'agit bien d'indépendance et d'autonomie que nous offre ce Monsieur. Suivent ensuite l'échange, la communication entre les personnes, qui souvent la bouche grande ouverte et après un certain laps de temps de contemplation et de navigation dans l'imaginaire ou le mythe, se lâchent à donner leur impression personnelle, avec un regard qui devient miroitant, enfantin et poétique. Le regardeur ne montre aucune résistance, il s'évapore avec consentement.

Voilà ! Nous devenons poésie, émanation, perception, intuition, volatile, sous et au-delà des cimaises d'un sage qui ne l'a sûrement jamais été et qui ne souhaite aussi clairement ne jamais le devenir !



"Le chien d'Elliot" (d'après Elliot Erwitt), GG


Gilbert Garcin a dit : « En préambule, je n'ai pas grand-chose à dire, dans la mesure où mes photos sont un peu des auberges espagnoles. Ce n'est pas à moi d'en dire le sens. Le sens, c'est ce que l'on y voit. Il n'y a aucun message, aucune idée…

Il m'arrive de recevoir des interprétations tout à fait différentes les unes des autres. Je les accepte toutes, et je ne me dis pas : « celui-là, il n'a rien compris ». S'il comprend cela, c'est que cela y est. Je fais donc confiance aux regardeurs, même lorsqu'il s'agit de professionnels, d'iconographes par exemple, qui interprètent mes images d'une manière diamétralement opposée à ce que moi j'avais imaginé ».



"Nocturne", GG


Oui, Gilbert Garcin est grand et impressionnant au premier abord, en sobre costume ou éternel pardessus sombre, mais dés que l'on s'approche de lui, il incline avec douceur sa tête, transperce du regard le votre, se souvient de vous, écoute avec ce toujours petit sourire en coin empli de tendresse, vous serre la main avec force et conviction, puis parle.

Et lorsqu'il parle, l'on se tait un instant, étonné d'entendre cette voix à l'accent du Sud, si proche du chiffre 7 que du 77. La durée d'une vie n'a alors plus de poids, plus lieu de se présenter harnachée de croûtes ancestrales. L'on écoute à notre tour et l'on se laisse bercer, jusqu'au moment où l'on sent le grand bonhomme partir sur ses nuages ; il s'échappe et nous nous échappons sur ses ou sur nos hauteurs.


 
"Il faut imaginer Sisyphe heureux, GG


Regarder l'amusement de Garcin, c'est contempler les portes qui s'ouvrent sur le loin, sur le haut, sans jamais se refermer. D'ailleurs aucune poignée à ces portes, aucun verrou de sécurité. L'on peut s'asseoir dans son jardin, sur les branches de ses arbres, sur sa plage, l'on peut s'irradier d'évidences mises en scène, comme l'on peut courir vers les sommets ou culbuter en riant dans les précipices. Tout devient possible, il suffit de se laisser aller et des chemins ont été semés à profusion, comme autant de graines de malice.


 
"L'amour de soi", GG


Je ne veux pas clore cet article en ne parlant pas de Madame Garcin, souvent présente sur les photographies de son époux et jamais éloignée de sa belle stature charnelle.


Elle est une figure à part entière, grande elle aussi, mince, élégante, portant chignon détonant et le subtil parfum des muses. Cette femme est d'une beauté extraordinaire, sur laquelle le vil temps semble également ne pas s'être arrêté. La voix mélodie les mots, les yeux pétillent la jeunesse, les traits du visage sont lissés par les sourires qu'elle n'a jamais du abandonner trop longtemps… nous glissons… nous sourions… nous rions…



"L'enfer, c'est les autres", GG


Sa poigne à elle est de fer, elle est faite pour broyer les os de ceux qui se prétendent tout savoir et tout comprendre, sans jamais vouloir aller plus loin que le bout de leur nez ou de leurs pieds accrochés à un ballon rond et ignare ; mais à l'instar de son espiègle « Gilbert », elle nous présente elle aussi sa conception de la vie : « un jeu, la vie n'est qu'un jeu ; il faut savoir s'amuser, toujours ; nous ne faisons que cela avec Gilbert, jouer. Il est trop tard autrement. »


 

"La vie devant soi", GG


Des mains, j'en ai serré dans ma vie, mais aujourd'hui je me dis qu'en tâter de cette façon si libre est une sacrée chance,
qui ne se présente malheureusement pas à chaque détour et sur chaque route.


                         Plaiethore, qui remercie Monsieur et Madame Garcin du fond du cœur.



"Réservation", Gilbert Garcin



Par monochrome.dream le Jeudi 10 janvier 2008
Et comment que je m'en souviens ! (il me semble même que j'avais divagué à propos de cette photo)
Tu vas le voir pour collaboration artistique ou juste pour tâter sa paluche, si elle a maigri, engraissé... etc ?
Par Plaiethore le Jeudi 10 janvier 2008
La première fois, il s'agissait effectivement d'une collaboration artistique (vernissage et expo de ses photographies) ; aujourd'hui je me rends à l'Arthothèque Antonin Artaud de ma ville, où ce Monsieur expose. Ce soir, soirée vernissage et donc je ne me priverai pas de lui tâter (c'est le bon terme) fermement la main qui déclique :)
Par Plaiethore le Jeudi 10 janvier 2008
M'en va trabajar en attendant sans patience...
Par PetrifiedEyes le Jeudi 10 janvier 2008
Vous avez fini de vous tâter, bande de dégoutants.
(Sinon j'aime beaucoup)
Par Samantha.c4 le Jeudi 10 janvier 2008
On s'y promène tous. Et on n'a pas fini de se toucher.
Par Plaiethore le Jeudi 10 janvier 2008
Vous avez fini de vous toucher oui !

Je me tâte
Tu te palpes
Elle se touche
Nous nous chatouillons
Vous vous tripotez
Ils se...
Par Samantha.c4 le Jeudi 10 janvier 2008
... masturbent ?
Par soizenettaistoi le Jeudi 10 janvier 2008
Ah oui que j'm'en souviens de cette photographie. Ravie de voir qu'il y a des gens qui occupent leurs soirées sainement plutôt qu'à faire du droit civil^^
(Quand je m'accorderais au temps, j'irais voir qui est ce brave homme et quoi qu'est ce qu'il fait de beau, en attendant ma culture crasse restera en l'état)
Par Margritis le Vendredi 11 janvier 2008
Ils se ... trifouillent, se font des tresses ... mangent des oeufs, cirent leurs chaussons, tissent des chapeaux de poils ... oui bon.
Par monochrome.dream le Vendredi 11 janvier 2008
Alors ? Résultat du tâtage ? (ou de la "tataison" pour les intimes)
Par Plaiethore le Vendredi 11 janvier 2008
Ils se...






























































Jouent de la vie, comme de la mort.







Joli-Nom, je fais une rapide halte afin de répondre trop vite et trop mal : ce fut... Génial ? Merveilleux ? Magique ? Décalé ? Surprenant ? Puissant ? Au-delà des nuages ? Au delà des précipices ?

Tous ces mots sont trop pauvres pour l'instant afin de décrire que que j'ai pu ressentir.
Il faut que je me pose, que je l'écrive. je tenterai de le faire aujourd'hui, mais je ne promets rien.
Si je pouvais me jouer du temps comme Lui le fait, comme Eux le font (J'ai aussi serré la magnifique main de Madame Garcin, que l'on voit sur la première photographie)... Mais... voilà :)

A plus tard donc.
Par monochrome.dream le Samedi 12 janvier 2008
:)
Par Nina louVe le Dimanche 13 janvier 2008
si plus tard peut cesser de tarder, moi je veux savoir ce que ce tâtage à goûté !!
Par Plaiethore le Dimanche 13 janvier 2008
Dame Louve, je suis en train de fignoler la deuxième partie de l'article :)
Par monochrome.dream le Dimanche 13 janvier 2008
Grandioses, les oeuvres... (ton l'article aussi, par le fait ;)
Par Eric LOW le Vendredi 18 janvier 2008
belle balade en poésie !
je découvre ce monsieur... grâce à toi... comme quoi les blogs c'est parfois utile (1% dans le gand TOUVIDE ?)
Par maud96 le Vendredi 18 janvier 2008
Je serais déjà venue 3 fois sur cet article... J'ai l'impression qu'à chaque fois, de nouvelles images étranges se rajoutent... Galerie d'art... M. Garcin me fait penser d'allure à M. Hulot, dans les films de Jacques Tati...
Par Plaiethore le Samedi 19 janvier 2008
Et tu as parfaitement raison chère Maud, car les premières photographies de Gilbert Garcin rendaient hommage au fameux cinéaste et à son célèbre personnage ; quelques clichés exemples :

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A bientôt culturée Chevrette...
Par Plaiethore le Samedi 19 janvier 2008
Bon ! Tous les liens sont faux !
Mais sur le site que tu verras, clique sur les photographies de l'année 1993 ; il y a plusieurs clichés qui confirmeront tes dires.
Par Lubna le Dimanche 20 janvier 2008
merci la Plaie, pour moi une belle découverte, je suis allée sur le site de ce monsieur, un univers qui me parle, qui me subjugue , dont je suis tombée frappa dingue ( oui enfin frappa dingue je l'étais déjà celà va sans dire)
Par Désirée Thomé le Mardi 22 janvier 2008
Honte à moi, je ne connaissais pas. C'est..c'est. J'adore. POètique et plein d'humour, facétieux, décalé, philosophique, tendre. Et ce qu'il dit à propos de comment les autres percoivent son travail est très intelligent humainement. "S'il dit qu'il y est, c'est qu'il y est". Voilà une réflexion qui colle aussi à la poésie, parfaitement. Chacun y voit ce qu'il y apporte.

Merci!
Par Plaiethore le Lundi 28 janvier 2008
Lubna Bella, Dame Chris, merci de vous, encore, toujours.

Le club des frappa dingues est peut-être sur le point de se monter en neige ;
Puis chère Chris, quelle honte ? Honte à moi de ne pas avoir parlé plus tôt de ces personnages transporteurs d'âmes.
Par que-vent-emporte le Lundi 28 janvier 2008
Oh! Mais ça n'en finit pas !
Génial ! Mais -géniale- la première l'est encore plus que les autres.
Et je ne l'avais même pas vu (occupé que j'étais par un subtil réalignement vertébral).
Par Plaiethore le Mercredi 30 janvier 2008
Ah ! Pour anecdote l'ami Jean, il s'agit de la photographie que j'apprécie tout particulièrement.
Lors de la soirée du vernissage, mes oreilles toujours aux aguets, j'ai pu entendre une connaissance, professeur de littérature et chroniqueur d'art bien affuté ; il disait à l'hôte de l'arthothèque : "tu vois ce cliché... il est le chef-d'œuvre de Garcin".
Et bien j'étais fier d'entendre cela.
Par plume-blanche le Jeudi 6 mars 2008
beaucoup d'images...=)
Par L. Eliot le Mercredi 2 avril 2008
Pour une découverte !

Par Hazel le Vendredi 1er mai 2009
Belles photos...

Je tape sur google, et tombe sur le site. Et ce sont de superbes clichés qui me viennent devant les yeux.
Devrais-je te dire merci, pour cette découverte.
Par Gertrude noire le Mardi 3 novembre 2009
Mon cher Plaie, je ne vous pardonne pas puisque vous n'aviez pas à vous excuser! :)
Pour le travail de Gilbert Garcin, merci de me le faire connaitre c'est superbe. Ce qui change avec Ramette c'est que les photographies de ce dernier sont réalisées sans truquages, avec de folles mises en scène à la prise de vue.
Mais je trouve Garcin encore plus poétique avec une vraie touche de surréalisme; un peu de Topor dans le coktail...
 

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