C'est décidé. Je laisse filasser à la pouffiniaque mes cheveux et fais pousser mes ongles que je vernirai de poison amer. Je m'étalerai au cagnard de ma mer et bronzerai d'un hâle à faire pâlir Brigitte Bardot (j'admire BB et je vous meuh). Les aisselles épilées seront exposées et les entre doigts de pieds également.
Je vais très bien, cela je peux vous l'assurer, bien que je vous imagine le sourire mi figue – mi pruneau. Et un pruneau, c'est très disgracieux… En fait le seul mérite que je lui reconnaisse est sa belle faculté à blasphémer devant mon crucifix de boudoir sanitaire. Mais lorsque je décide de faire honte à la disgrâce, rien ne peut m'arrêter ; alors un pruneau nain et rabougri, je ris !
Faire honte à la disgrâce, ah mais en voilà un formidable projet de vie !
La défaveur n'est pas toujours quelque chose d'innée, elle ne se laisse pas présager parfois, non plus.
Ce mot défaveur ne me sied guère à vrai dire. Je préfère parler d'un coup de sortilège, d'un philtre d'adversité qu'une chimère rongée par la jalousie vous a jeté en plein cœur et en pleines artères. Comme ça, sans crier gare, sans laisser sentir ses effluves de chaussettes non ôtées du dimanche matin.
Et puis, que l'on arrête surtout de me dire que je me plains. Je ne me plains jamais, c'est ainsi que je me suis pétri comme une grosse miche qui attend l'an pèbre (ça c'est du patois de chez moi) pour commencer à moisir.
(Entre parenthèse, je me suis remis à la peinture, et un jet de chapelure bombé de peinture doré, prend couleur et texture de moisissures des plus esthétiques…)
Pour tenter de faire discrètement loquace, je vous expose, comme promis – même si vous vous en battez l'œil suspicieux comme tapis mité de votre grand-maman défunte - les faits qui expliquent mon absence prolongée, physique, intellectuelle et sympathique.
Il y a de cela plusieurs jours, de violents « malaises » à répétition et aux moindres efforts ont pris possession de mon grand et indestructible organisme : oppression thoracique avec respiration entrecoupée (très hachées mixées menues), de vives douleurs de type broyeurs d'os mécaniques et sans bouton d'arrêt d'urgence s'il vous plait dans les avant-bras et poignets, cœur battant la chamade digne des zoulous en transe ayant dévorés leur cache-petit-sexe.
Jusqu'à l'arrivée des pompiers… Une armée de pompiers… Là , il s'agissait d'une véritable hallucination. Panique. Prise de tension ; 20. Crise de nerfs à leur décision de m'emmener à roulettes d'outre-tombe vers une stèle hospitalière d'urgence. Vociférations.
- « Je vais très bien ! Je veux dormir dans mon lit".
- « Mais enfin, votre vie est en danger avec une telle tension ! »
- « M'en fous, je ne vous suivrai pas ! »
- « Alors, signez-nous une décharge et surtout respirez profondément et calmez-vous »
Ils sont marrants les pompiers quand il s'agit de se foutre de la gueule des patients totalement disjonctés et dans l'incapacité de raisonner et surtout de respirer…
S'en vont. CLAP CLAP CLAP, douce symphonie des rangeos.
Puis, seconde visite d'un médecin de garde de nuit d'un samedi à dimanche.
Horreur. Un batracien. Un véritable batracien extra-terrestre à la bave coagulée aux commissures de mauvaise lubricité. Reprise de tension : 23. Deuxième reprise, idem. Air perplexe du batracien. Sourire débile de rigueur de ma part.
-   « A votre âge, cette tension est incroyable et particulièrement dangereuse. Je vous fais hospitaliser d'urgence. J'appelle un collègue qui s'occupera de vous sans attendre ».
-   « Sûrement pas, il en est hors de question. Si la tension a grimpé, c'est la faute de ces escadrons de pompiers mortuaires ».
-   « Vous plaisantez ? »
-   « Pas aujourd'hui. Lundi, c'est mon médecin de famille, celui en qui j'ai entièrement confiance, qui guidera mes démarches ».
-   « Signez-moi une décharge, vous risquez un infarctus dans la nuit ».
-   « Pas de problème. Vous entendez les mouettes. Elles sont complètement excitées cette nuit ? Vous pensez qu'elles me parlent ? Est-ce qu'elles vous parlent à vous ? Non, bien sûr...»
-   « Pfff ».
-   « Exactement ce que je pensais de ce que vous pensiez : Pfff ».
S'en va, sans ordonnance de première nécessité, pour punir le vilain désobéissant.
Crouich Crouich Crouich… Même ses gaudiots qui brillent dehors et qui puent dedans sont cruelles.
Et je m'en vais dans les bras de Morphée, qui lui m'aime sans faire semblant et sans vouloir faire son intéressant.
Dimanche, limace fiévreuse et couche humide.
Lundi, changement de cap. Mon médecin de famille arrive. Et mine de rien, le fait que mes fesses n'ont plus de secrets pour elle, me ramollissent une rébellion à pustules acnéiques ancestrales (c'est pas vrai, je n'ai jamais eu de pustules juvéniles).

"Segment Bleu", Wassili KANDISKY
Ok, Pierce, je te suis.
J'ai alors vécu en vrai de vrai la série « Urgences », avec les vieux qui meurent, qui râlent avant de mourir, qui pissent dans un révolver, mais qui réclament à tout bout de champs leur laxatif « parce que vous comprenez sinon je n'arriverai pas à faire caca demain si je suis encore en vie ».
-   « Vous ! A votre âge ! Mais que faites-vous là ? » .
-   « Rien connard, je me paie des vacances bien méritées ».
Et puis, comme à mon habitude, j'ai été insupportable, capricieux, insultant, ne pouvant me mouvoir, tuyauté à flacons qui gougouttent bêtement, branchées avec moult électrodes à des appareils qui chantaient tous les quarts d'heure, et dormant par intermittence en arrachant consciencieusement tout ce qui pouvait pénétrer mon corps, pour le seul plaisir pervers de faire un tantinet travailler ses satanés infirmiers qui ne pensaient qu'à rire et à festoyer sans vergogne aucune.
J'ai même été très vilain. Oui.
Le petit vieux, que je n'ai jamais vu - rideau couleur saumon mou nous séparant - mais trop entendu gémir, s'est soudainement arrêter de faire du bruitage de films d'horreurs de série B. 5mn, 10mn, 15mn.
Oh oui, bien sûr, ce silence de vivant dormant comme ange m'a bien alerté, mais je me suis bien gardé d'actionner la sonnette poisseuse pour voir débarquer un soignant environ 20mn plus tard l'air goguenard.
Puis ce con de vieillard s'est remis à geindre. Et merde, la grande faucheuse n'avait pas voulu de lui !
Je me suis alors assis au bord de mon lit aux draps javellisés et j'ai réfléchi, enfin le peu que pouvait me permettre le shout de calmants administré à haute dose, à très haute dose, à très très haute dose.
Deux idées ont traversé mon esprit de limace sans cœur : premièrement, je pouvais sectionner quelques fils le reliant encore tant bien que mal à sa douloureuse existence ; deuxièmement, j'ai pris mon oreiller sur les genoux et me suis dit que l'étouffer d'un geste ferme et altruiste serait peut-être une bonne idée… Un petit instant perdu s'est déroulé, puis j'ai baillé bruyamment et me suis rallongé. J'ai finalement bien dormi, me faisant seulement houspillé deux ou trois fois pour m'être encore débranché et enroulé autour de mes tuyaux majordomes.
Lendemain matin, intervention. Rasage du pubis (ça chatouille et ça permet de se caresser langoureusement), brancards, ascenseurs, tamponnage dans les murs, masque au goût de caramel goudronné, puis le néant.
Topo : une artère coronaire rétrécie qui a été dilatée (c'est peut-être Pierce qui a soufflé à l'intérieur et pose d'un petit ressort (moi je suis sûr que ce ressort n'est rien d'autre qu'une sardine lombric mutante).
Cœur tout neuf qu'on m'a dit. Plus de douleurs. Exigence immédiate d'une chambre seule, pour me promener à poil, pieds nus et travailler mes dossiers sur mon portable.
Plus de fatigue et une formidable envie de reprendre une de mes activités favorites : m'installer à la terrasse d'un café et voir évoluer le monde, tout en se moquant régulièrement, sinon c'est beaucoup moins mieux.
Bref, je vais bien, parfaitement, on ne peut mieux.
Aucune morale à cette histoire contée, aucun but, aucune leçon.
J'ai simplement envie de gueuler encore plus fort que les mouettes pour leur dire combien elles me font rire, envie de tondre mon chat rasta qui sent le chacal et partir bientôt voir quelques routes.
Dernière chose, à ceux qui feraient le lamentable parallèle entre une baleine geignarde au cœur fragile et mon histoire, voilà ce que je vous dis bien fort dans les esgourdes : Je vous emmerde, la vérité m'appartient, le pathétisme et la pitié qui sert à faire semblant d'exister, je lui gerbe dessus en grands jets grumeleux et nauséabonds. Que les odontocéti et leurs rejetons suceurs se noient dans leurs déjections nourricières. A bons entendeurs.
                                                                     Plaiethore
P.S. Ben ouais c'est long finalement. Tant pis pour vous. Nan, je vous n'aime.


je te bisoque le myocarde la plaie