Petite silhouette gracile de dentelles noires, elle était assise à la table de verre, la pointe des petons à peine posée sur le sol.
Les traits de son visage étaient lustrés de plénitude, tout comme la matière alluviale qui glissait sous ses doigts agiles à l’assurance qui me paraissait ce soir là surnaturelle.
Sa concentration paraissait plus abyssale encore qu’à l’accoutumée ; ses ténébreuses prunelles signaient la détermination appliquée et sereine d’une majesté globale avérée.
L’être mouvant qui naissait de par sa création était une récurrence sublimée, une évidence à semi consciente.
Des heures durant, j’ai fait semblant de m’intéresser à quelques images de crise économique notoire qui défilaient sous mes yeux, à quelques sons de mantras qui racontaient la vie d’un prix Nobel bien affairé, à quelques odeurs suaves de fèves de cacao d’un Madagascar bien lointain.
Dérisoires quelques. Insignifiants quelques.
Je l'épiais, souffreteux mais béat.
Je ne voulais surtout pas la déranger, surtout ne pas interrompre son ouvrage qui résonnait le frêle clapotis de l’eau et le tintement des petits outils.
Je parlais seulement lorsque, enthousiaste, elle me demandait, non mon avis, mais mon acquiescement à ces exclamations satisfaites.
Les traits de son visage étaient lustrés de plénitude, tout comme la matière alluviale qui glissait sous ses doigts agiles à l’assurance qui me paraissait ce soir là surnaturelle.
Sa concentration paraissait plus abyssale encore qu’à l’accoutumée ; ses ténébreuses prunelles signaient la détermination appliquée et sereine d’une majesté globale avérée.
L’être mouvant qui naissait de par sa création était une récurrence sublimée, une évidence à semi consciente.
Des heures durant, j’ai fait semblant de m’intéresser à quelques images de crise économique notoire qui défilaient sous mes yeux, à quelques sons de mantras qui racontaient la vie d’un prix Nobel bien affairé, à quelques odeurs suaves de fèves de cacao d’un Madagascar bien lointain.
Dérisoires quelques. Insignifiants quelques.
Je l'épiais, souffreteux mais béat.
Je ne voulais surtout pas la déranger, surtout ne pas interrompre son ouvrage qui résonnait le frêle clapotis de l’eau et le tintement des petits outils.
Je parlais seulement lorsque, enthousiaste, elle me demandait, non mon avis, mais mon acquiescement à ces exclamations satisfaites.
Il me plut alors à penser qu’elle triturait, travaillait, torturait, polissait de ses propres mains son âme.
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« La madone aux roses », William-Adolphe Bouguereau (en négatif)
Elle sculptait.
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Elle sculptait une stabilité fragile, une constance en danger, des fissures et des béances
qui peu à peu se laissaient envahir d’audace et d’aplomb.
qui peu à peu se laissaient envahir d’audace et d’aplomb.
Je comprenais sur l’instant l’étrange et très discrète détresse que je retrouvais toujours dans le regard des madones ; elles tiennent dans leurs bras l’incarnation de notre devenir présumé, le nouveau-né prétendant au trône du parfait éclat d’une humanité tendant vers la sagesse, et pourtant… Elles ont vu. Elles l’ont vue depuis leur antique existence, elle, sculpter ce qu’elles n’ont pas réussi à accomplir : la beauté à l’état pur émanant d’un moi secret.
Oui, c’est certain, ce doit être cela ; les madones sont marquées de la tristesse de leur échec et de la disgrâce de ne pas avoir su rivaliser de beauté créatrice avec elle depuis le passé.
Les madones l’ont vue, songeaient déjà à donner la chair du fils aux clous de la médiocrité et à se laisser mourir, efflanquées de déshonneur sur la couche des suppliques éternelles.
Elle sculptait, triomphante, et moi j’avais mal à en périr d’être le témoin privilégié de l’exaltation d’une victoire.
Il a alors grondé des tréfonds de mon estomac, a oppressé ma cage thoracique, jusqu’au débordement douloureux dans ma gorge.
Oui, c’est certain, ce doit être cela ; les madones sont marquées de la tristesse de leur échec et de la disgrâce de ne pas avoir su rivaliser de beauté créatrice avec elle depuis le passé.
Les madones l’ont vue, songeaient déjà à donner la chair du fils aux clous de la médiocrité et à se laisser mourir, efflanquées de déshonneur sur la couche des suppliques éternelles.
Elle sculptait, triomphante, et moi j’avais mal à en périr d’être le témoin privilégié de l’exaltation d’une victoire.
Il a alors grondé des tréfonds de mon estomac, a oppressé ma cage thoracique, jusqu’au débordement douloureux dans ma gorge.
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Le bonheur.
Le bonheur ne se reconnaît pas au fracas qu’il fait lorsqu’il s’en va ; il se sait lorsqu’il est, par exemple, assis, silencieux, la pointe des petons à peine posée sur le sol, avec un aspect d’éternité au coin des yeux, une volonté de postérité aux creux des mains et qu’il vous broie l’osseuse charpente de toute sa masse.
L’on possède la puissance du bonheur, à l’instant même où il devient une mortification désirée, une ingénierie infernale que l’on espère, une souffrance majeure que l’on affectionne.
Mon bonheur est une incontestable invraisemblance.
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L’on possède la puissance du bonheur, à l’instant même où il devient une mortification désirée, une ingénierie infernale que l’on espère, une souffrance majeure que l’on affectionne.
Mon bonheur est une incontestable invraisemblance.
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Et elle, sculptait peut-être la félicité de son propre paradoxe.
Plaiethore

