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On m'avait dit : «Il faut absolument que tu viennes la voir ; elle est belle, si belle. Son départ est proche. Tu dois lui dire au revoir. Si elle avait eut le temps de le formuler, elle aurait sûrement fait le vœu ta visite… Viens avec nous. Nous resterons près de toi».
Belle… Départ… Au revoir… Belle… Belle à quoi ?…
Trois jours à faire semblant de vivre, seulement pour moi. Trois jours à tenter d'oublier les autres, leurs appels incessants, leurs paroles doucereuses et stériles, leur bienveillance écoeurante, leur puante inquiétude. Trois jours à mêler les minutes et les heures pour ne former qu'un immonde magma noirâtre d'existence.
Belle… Belle au bois… Suant...
« Emmenez-moi ! », leurs ai-je hurlé dans les oreilles… « Je veux la voir, maintenant. Il ne faut pas qu'il soit trop tard ».
Ils sont venus. Je n'ai même pas attendu. J'aurais pourtant voulu.
J'ai remué ma folle carcasse, je ne sais trop comment.
Je m'étais réveillé le matin comme fondu dans le désir lancinant de sa présence.
Comme un fluide dense. Oui. Je l'avais bien senti. Comme une vibration venue des tréfonds de mon ventre, me poussant inexorablement à la mouvance. Viscérale. Puissante. Sans concession. Sans peur.
Pourquoi d'ailleurs pensaient-ils que j'avais peur ? Peur de qui, de quoi, d'elle ? Les cons. Les ignobles cons sans largesse.
Belle au bois… Au bois souffrant…
Ils m'ont emmené. J'ai fermé les yeux tout le long du voyage. J'ai fermé ma bouche aussi. J'ai bien tenté de boucler toutes issues, mais je n'ai pas réussi. Je suis arrivé à bon port, sain et sauf, sauf le sain.
Les salops. S'ils savaient combien je les déteste, combien j'aimerais les voir disparaître, aspirés à l'intérieur d'un vortex sans terminus. Mais non. Ils m'ont embarqué.
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« Sleeping beauty » (en négatif), Joyce Tenneson  Avant le vrai silence, j'ai exigé le leur. J'ai exigé qu'ils lâchent mes épaules, qu'ils baissent les yeux devant moi, qu'ils m'abandonnent là . Seul. Je veux être seul. Je ne veux plus les voir, ni les sentir. Ce qu'ils peuvent empuantir mon raisonnement. Ils n'ont pas le droit d'être là , eux. Qu'ils cessent donc de respirer s'ils le peuvent. Je ne veux voir qu'elle. Les traîtres. Belle… Belle au bois… Brûlant… J'ai du encore crier. Plus fort. Ils ne comprenaient pas les abrutis. J'ai du mettre mes yeux roulants de fou, les assortir aux convulsions de mes membres. La conviction par la terreur… je les ai finalement convaincus. Ils n'ont pas compris, mais ils sont partis. J'ai craché sur les traces de pneus, j'ai inhalé avec férocité les échappées poussiéreuses et j'ai commencé à sourire. J'arrache maintenant au passé le présent qui se déroule en petits jets, en légères pulsations. Silence. Je suis entré. Silence. Il fait trop chaud ici. On me parle. Une face cirée de félon… Il est laid. Je réponds. On se tait, enfin, et on ouvre une porte. Belle… Belle au bois… Grinçant… Elle dort encore. .../... Â

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