Mercredi 18 octobre 2006



La trouille au ventre et le chien en laisse


-         Ah Jules sur son banc ! Salut toi ! Dis t'as pas mal au cul à force de passer tant de temps assis sur ces lattes de bois ?

-         Je ne m'en lasserai jamais je crois Rom. Bonjour. Tu me tiens compagnie ?

-         Non, j'ai pas que ça à foutre moi, bailler aux choucas. Et puis j'ai les pattes engourdies. Je ne fais que traverser le parc.

-         Tiens c'est marrant !

-         Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle au fait que je puisse me déplacer hein !

-         Je parle des pattes Rom.

-         Hein ? Quelles pattes ?

-         Les pattes à dégourdir voyons.

-         … Et merde. Je sens que je vais encore m'attarder Jules. De quoi parles-tu ? Et puis qu'est-ce que tu fous à la fin, avec tes airs de grand sage ? Hein ?

-         Je regarde les promeneurs aux chiens en laisse qui se dégourdissent les pattes, comme toi et je pense.

-         … Tain !

-         Je les trouve affligeantes ces pauvres créatures.

-         Sympa ! Merci pour le rapprochement ! Je croyais que tu n'aimais pas les chiens Jules. Qu'est-ce que tu racontes ?

-         Je ne te parle pas des chiens. Je te parle de leurs maîtres.

-         Oui, ben justement, je croyais aussi que tu trouvais très cons les gens qui se traînent mollement sur les trottoirs aux aurores pour attendre le cadeau du cabot, l'Å“il encore vitreux de la nuit et les traces de salive séchée aux commissures des lèvres.

-         Je n'ai pas changé d'avis sur ce sujet. Mais « cons Â» n'est pas le bon terme à employer. Je t'ai dit que c'était affligeant. Il y a une différence, infime, d'accord, mais différence tout de même.

-         Alors quoi !?

-         C'est la solitude qu'ils promènent au bout d'une chaîne ou d'une lanière de cuir qui m'afflige et qui a fait que je me suis posé des questions et que je me suis donné une réponse.

-         Et merde !

-         Jure pas Rom !

-         … Merde. Ce n'est pas de la solitude qu'ils traînent Jules. Ce sont pour eux des compagnons… à quatre pattes, soit, mais des compagnons tout de même.

-         C'est bien ce que je dis.

-         Ben non !

-         Oh que oui ! Tu veux que je te dise le fond de ma pensée, de mon questionnement ?

-         C'est parti !… Oui, je sais, je pose mes fesses

-         Tu vois Rom, certains de ces gens-là passent tous les jours aux mêmes endroits, aux mêmes heures, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige. Tous les jours, la même rengaine. Ils se tirent des draps chauds sans pester, parce qu'il le faut. Même si c'est les vacances, même si c'est dimanche. Ils tracent le même chemin des années durant, en passant devant les mêmes boutiques qui déballent leur devanture, en saluant les mêmes commerçants, en hochant la tête aux mêmes passants, en souriant aux mêmes promeneurs de clebs. Certains taperont même la causette avec d'autres meneurs à l'entrave. Un monde extérieur en huis clos, réglé comme du papier à musique ou plutôt comme un sachet plastique que l'on réutilise en se donnant bonne conscience. Ou bien, pire, des années durant ils croiseront les mêmes commerçants, passants, promeneurs, sans donner le bonjour, sans offrir le sourire, en faisant toujours le choix de fixer le bitume ou le gravier du parc, parce qu'il fait trop jour, parce que le vent fouette trop fort, parce que rien en fait. Parce qu'ils sont seuls, emmurés dans leur silence, dans leur peur de l'autre. Ils sont les prisonniers d'une solitude installée depuis des lustres. Et paradoxalement, tous les jours que dieu ne fait pas, ils marquent leur sentier de vie solitaire. Ils impriment la marche d'un forçat.

-         Pffff.

-         Et pourquoi tout cela ?

« The heart goes from sugar to coffee Â», Kurt Schwitters

-         Beuh… j'en sais rien moi… Ils ne supportent peut-être tout simplement pas le fait de sortir seuls de chez eux !

-         Nous y sommes presque. Je pense que beaucoup de ceux qui ont fait le choix d'admirer la merde de leur chien sur le trottoir, de voûter l'échine pour ramasser le chaud cadeau de leur fidèle ami, ou bien de lancer la balle le plus loin possible et ainsi tenter d'apercevoir un semblant d'horizon, sont souvent ceux qui ne regardent plus le soleil lorsqu'il brille au-dessus d'eux. Ils ont fait le choix de vivre une solitude exhibée. C'est comme un long appel au secours que personne n'entend parce qu'il n'est pas crié. Il est renié, relégué. La solitude de l'homme contemporain est tabou. Il n'a pas le droit à l'auto-claustration, car il possède tous les moyens de la combattre cette solitude. Seulement, il ne peut pas ou plus, il ne veut pas ou plus. Il est trop tard. Peu importe. Aujourd'hui l'on se doit de cacher sa solitude, son retour vers un foyer où personne ne vous attend, sa peur du vide derrière la porte. C'est une tare avec appellation d'origine contrôlée. C'est une honte. On la vit mal. On n'arrive plus à cohabiter avec elle. On la transforme en ennui malsain. On crie aujourd'hui « je m'ennuie ! je m'ennuie ! Â» pour éviter de hurler « je suis seul ! je suis seul ! j'ai peur ! Â».  Il faudrait l'abattre cette engluée de solitude, à tout prix. Alors, on biaise. Et certains ont trouvé l'astuce, celle de continuer à montrer, de manière anodine, l'isolement et l'abandon le plus terrible.

-         En promenant cette solitude au bout d'une laisse.

-         Exactement.

-         Merde… Mais Jules…

-         Ouais.

-         Toi aussi, tu te retrouves seul, souvent, sur un banc…

-         La différence Rom entre ces promeneurs de solitude et moi, c'est que moi, je l'aime ma solitude, je suis fier d'elle et pour preuve, je l'aime tellement que je l'annonce discrètement, en la posant délicatement, respectueusement, et que je ne la maintiendrais en laisse pour rien au monde. Elle est libre de toute attache. Elle va et elle vient. Et lorsqu'elle est là Rom, j'en fais mon amante la plus sulfureuse qu'il soit. Elle est ma pensée sauvageonne et indomptée. C'est comme cela qu'elle m'est fidèle et me revient constamment. Libre, écoutée, consentante et consentie. Elle est une amie au même titre que les individus que j'aime, qui m'aiment, qui peuplent et font vibrer ma vie. Et c'est ainsi que je les honore tous ceux là. Libres de moi et moi libre d'eux, tout en étant liés fortement. Tout le paradoxe d'un solide accord amoureux.

-         Merde… Et moi qui voulais un chien plus tard…

-         Chut ! Viens mon ami, elle est partie, on va prendre un café et des croissants chauds !

Par que-vent-emporte le Mercredi 18 octobre 2006
Holà! Tandis que je peinais sur mon commentaire en luttant contre le sommeil, un nouvel article se posait ici!
Je le lirai demain, promis, juré! mais maintenant, vraiment, je n'en peux plus.
Bonne nuit, l'ami.
Par que-vent-emporte le Mercredi 18 octobre 2006
Les enfants serrent la ficelle du ballon de baudruche, qu’ils tirent avec eux ; les chiens traînent leur maître au bout d’une laisse qu’ils portent attachée comme un collier autour de leur cou. Puduku est content, il s’est trouvé une maîtresse qui ne rêvait que de lui ressembler.
Néotrou a lâché son maître; il espère bien se faire un chat, un pigeon ou un facteur, entre deux crottes. Quant à Mastif, un brin pédophile, il adore les bambins bien saignants.
Genève : 23400 enfants de moins de cinq ans, 21500 chiens.
Par Plaiethore le Mercredi 18 octobre 2006
Puduku c'est un des innombrables surnoms de mon chat ! ^^

J'apprécie le parallèle avec l'enfant (j'ajoute "au regard triste") qui tient la ficelle de son ballon, sauf que pour lui, il y a encore de l'espoir.
Par bubus666 le Mercredi 18 octobre 2006
encore de l'espoir, jusqu'à ce que son ballon bourré d'hélium s'envole définitivement...
Par memoire-d-un-cancre le Mercredi 18 octobre 2006
pfiou... ça foutrait limite le cafard ça^^
Par loopie-appleface le Mercredi 18 octobre 2006
Un sourire calme sur mes lèvres, qui s'étire et qui s'étire.
C'est vraiment joli, ces mots.
Cette réflexion.
C'est joli. jai comme une impression de douceur dans la tete. C'est si calme, ca ne choque pas. C'est du repos dans la lecture.
C'est bien.
La solitude qui finalement te tiens compagnie, quelque fois, quand tu es trop seul...
Par Plaiethore le Mercredi 18 octobre 2006
@ Mademoiselle le cancre, meuh non, pas de cafard à avoir... au contraire... sinon, cela voudrait dire que je n'ai pas atteint le bon but en écrivant ce texte.

@ Chère Loopie, oui et finalement, je ne suis jamais trop seul ^^
Par ad-vitam le Mercredi 18 octobre 2006
C'était très fécale comme article cher Jules, non pas que c'était de la mélasse mais tu parlais tellement de jusd'cul, que j'avais l'impression d'entendre Chirac en campagne contre les chiewawaf.
Il n'empêche que ces personnes dont tu parles, ces "mères Denis" qui promène leur "Brutus" tout les jours de la vie... ils font partis du décor, et je me suis déjà retrouvé tout con quand je les retrouvent dans la rubrique "Nécro".
Genre "Zut flutte, la mère Michelle est dans le journal, tu sais la dinde qui se faisait promener par son labrador, elle est morte, crotte alors"

Jules, vous aimez les chiens ?
Par Paracelsia le Mercredi 18 octobre 2006
Tu es comme cet Hamlet qui parlait avec sagesse et qui se plaisait à pérorer comme un fou. Tu es mon Hamlet mon Jules mon petit cadeau du toutou le matin, une douce tache brune sur le trottoir.
Par Plaiethore le Jeudi 19 octobre 2006
@ Mon frère de cul, j'aime les bons gros chiens aux longs poils, les plissés Sharpey et les affreux bouledogues au museau écrasé, mais pas suffisamment pour me lever de mon lit le matin au petit jour et attendre patiemment comme un con que celui-ci daigne chier ^^ Oh non !

@ Madone, je m'en vais rougir sur le trottoir...

Par BullOtine le Jeudi 19 octobre 2006
Bah moi j'aimais bien promené mon chien :D
C'est pas vraiment que j'attendais qu'il chie mais plus parceque j'aimais bien ça jouer avec lui dans l'herbe ;D
Je sais que ce commentaire est con mais j'y peut rien j'ai la migraine là -_-'
Par Marko.N.A le Jeudi 19 octobre 2006
Jules et Rom
Jules et Jim
Jim et Rom ?
sans sucre, le café.
Par Subliminable le Vendredi 20 octobre 2006
Une fois de plus, il ya de quoi se poser des questions...
Par maud96 le Samedi 21 octobre 2006
Je sais pas pourquoi, j'en vois beaucoup moins au Canada que je n'en voyais en France, des mémés avec leur cabot...A Lyon, en vélo sur un trottoir, la mémé et le chienchien, passe, mais le plus dur, c'est la ficelle déroulante en boîtier à ressort entre les deux : j'avais toujours peur de m'embrouiller en vélo dans la ficelle et d'emmener mémé et cabot avec moi !
Par mahe le Vendredi 3 novembre 2006


Et ceux qui ont des chats hein?
C'est la même chose en plus masochiste?


 

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