Elles auront beau trembler dans l'air du temps, pleurer la plus mielleuse des rosées, saturer sauvagement l'ambiance de mes nuits, me happer les sens de leurs formes, me promettre de se délaver et de flétrir, me fendre la raison à coups d'effluves répétés, elles n'y pourront rien.
Ma décision est prise et la sentence sans justice tranchée.
Pas d'arène, pas d'avocat, pas de jugement, pas de hurlements, pas de pâmoison désuète.
L'arbitraire pour seul déclencheur et unique arrêté.
Elles et moi. Et l'arme à deux lames.
Je leur ai annoncé, par respect, l'heure. Elle est celle du coucou fou de mon silence et du bruit de mes pas perdus sur le gravier.
Je leur ai dit que l'oiseau de malheur serait pour elles une délivrance. Qu'elles devaient se faire une raison, me croire ou bien espérer en un dieu absent. Qu'elles ne peuvent de toute façon s'épanouir avec toute la colère qu'elles m'inspirent. Qu'elles auraient peur, mais qu'elles ne souffriraient pas. Je crois. Que je pourrais aussi bien les transformer en torches éphémères. Aussi. Alors...
Il fera juste un peu frais. Ce sera demain. Premières lueurs du jour.
Je marcherai la tête haute, le coeur déterré et décapiterai toutes les fleurs de mon jardin.
Il n'y aura pas de survivante, je serai sans pitié et les têtes sècheront au soleil de mon sourire.
Je leur susurrerai le pourquoi despotique. Peut-être.
« Vous n'aviez pas le droit d'être belles en son absence »
Il fera beau ensuite.
Je penserai à elle alors avec plus de sérénité, je songerai à cette liberté essentielle de vivre loin.
Je donnerai de la salade au chat, coifferai la tortue et n'oublierai pas d'arroser les canaris.
Et je l'attendrai, comme heureuse et satisfaite créature aliénée, beaucoup, passionnément, sans peu.
Oui. J'attendrai de reconnaitre ce qu'elles n'ont jamais réussi à me faire oublier.
Plaiethore

Sarah Moon, Issey Miyake, 1992

