Quand j'étais un chieur en culotte pas si courte, un de mes jeux favoris était d'écraser avec la pulpe de l'index une multitude de minuscules araignées rouges.
J'adorai alors laisser exprimer tout un art enflammé, consistant à tracer de fines lignes d'écrabouillures aux couleurs vives. Des droites, des longues, des courtes, des courbes, des brouillées… Le résultat qui s'étalait au soleil sur marches d'escaliers ou murets de béton ou de pierres polies par les ans était un véritable ravissement, une incontestable jouissance de création suprême.
Le fait de ne pas entendre la seule expression de douleur de la part de l'insecte, artiste malgré lui et manipulé dans l'irrespect le plus total me donnait une sensation vertigineuse de magnifique domptage sur la nature.
J'ai besoin. J'ai besoin aujourd'hui de retrouver ces minuscules acariens / arachnides rouges. Une exigence irrépressible.
Je pars donc quelques temps afin d'en capturer une quantité satisfaisante à la confection d'une toile, qui s'agrémentera également de quelques bouillies calculées – ou non – d'autres êtres éphémères, ailés, à pattes agiles et multiples, à carapace de paille, aux yeux exorbités.
Il faut que je cueille aussi une foultitude de pétales de mes fleurs préférées, les coquelicots, que je les torture une fois encore, pour en faire une mixture ensanglantée et bucolique.
J'ai besoin aussi de faire blanchir la raie de mes fesses, trop foncée à mon goût (j'appellerai pour cela Michael), j'ai envie de jouer à saute-connards dans des soirées mondaines, je chercherai mon béret, je veux me payer une suite dans un palace durant 3 jours et interdire à la femme de chambre de faire le ménage, je veux mâcher des feuilles d'eucalyptus dans les forêts de l'île de Porquerolles, je veux fumer des cigarettes de contrebande sur les plages surveillées par des renards en képis, j'ai envie de commander du homard en sauce grasse pour le seul plaisir de constater que le plat refroidit à vitesse grand V et de le repousser d'un air des plus dédaigneux, j'ai envie de me taper la discute avec la pute – à qui un soir j'ai baisé la main en lui disant qu'elle était la plus belle des humaines de ce bouge qui a pour nom « Bar du Marché » - de cet estropié de « Robert baveux plein de pognon sur son fauteuil roulant », j'aimerais bien également rencontrer de nouveau le sosie d'Antonin vers l'âge non édenté de ses 25 ans et oser enfin lui parler de mots qui n'ont absolument aucun sens, tant qu'ils sont étalés dans le monde commun de ceux qui ne se parlent plus.
J'ai besoin. J'ai besoin.
Rien de bien extraordinaire pourrait-on me dire, mais mon besoin se situe au dessus de cela.
Besoin aussi de vous parler du Grand Gaudi et du pourquoi de son appétence à l'inclinaison des piliers de ses constructions, dés mon retour, dés mon retour.

Dessin original de GAUDI de la façade de la Passion
A la mort de Gaudi, renversé par un tramway le 7 juin 1926, on a trouvé ce dessin plié en quatre dans sa poche.
Je vous dis à bientôt et bien à vous. Plaiethore.


Bonne journée =)