Lundi 19 novembre 2007



Samedi soir dernier, que du bonheur : voir enfin UBU ROI joué sur la scène du théâtre national de la cité phocéenne !


A croire que j'attendais instinctivement LES acteurs et LE metteur en scène qui seraient à la hauteur des idées ubuesques d'Alfred Jarry, pour enfin me décider à poser mon séant sur un fauteuil à ressorts et à soubresauts de grands et gras rires.


Je ne citerai pas tous ces formidables acteurs, mais ils font partie de la Compagnie Ezéquiel Garcia-Romeu (Théatre National de Nice), ce dernier étant le fabuleux metteur en scène, qui j'en suis persuadé, aurait pu faire rougir de contentement l' « hénaurme » Alfred, s'il avait pu assister comme moi à cette parodie du théâtre classique, chargée contre le pouvoir en l'incarnation du plus grand des imbéciles : le Père Ubu.


 

 


Tous les travers de la volonté de domination des « grands » et des petits se sont retrouvés en condensé grotesque sur les planches, dont la sottise et la grossièreté deviennent les meilleures alliées de la lâcheté, de la convoitise, de la veulerie sans pareille, du caprice, de l'autoritarisme, de l'arbitraire et de la cruauté aveugle.


Nous avons ri, (nous spectateurs, nous sujets, nous conspirateurs, tour à tour, girouettes consentantes) parce que nous nous sommes approchés au plus près du terrifiant et du vrai, de ce qui a été et de ce qui est encore.


Nous avons ri aux éclats quand le magnifique Père Ubu s'est défroqué, nous montrant allègrement son petit mais avide cul pour tranquillement déféquer dans une boîte de conserve, dos tourné à la salle, à son peuple, à en pleurer à contempler la Mère Ubu massacrer des carottes symbolisant tous les personnages opposants à leur insatiable quête, à en secouer nos tripes à voir des marionnettes molles s'entretuant pour mener une guerre qui n'avait de sens que pour roi et reine.


 

 


Oui, ce fut mortel et mortellement drôle de constater tout simplement notre statut de lapins tout doux et prêts à se faire arracher la peau comme une simple chaussette que l'on ôte à l'envers et contre tous.


Une fois la pièce jouée, les acteurs ont été rappelés, encore, encore et encore et voyez-vous, c'est dans des moments comme ceux-ci, quand le rire prend le dessus de la monstruosité, que moi je me surprends parfois à penser à…

quelque chose, quelque chose qui ressemblerait à de l'espoir,
mais qui n'en serait pas.


.

 


(P.S.) Je ne peux résister à poser ici une petite scène… mais évidement, Ubu Roi, comme La Cantatrice Chauve de Ionesco, DOIT se voir jouer.


Les dessins inclus dans article et scène sont tirés de ce lieu et d'ailleurs la pièce entière y est retranscrite. Ne pas se priver des bonnes choses.


A vous de jouer maintenant… Remplacer le fade merde par le despotique MERDRE.


 

ALFRED JARRY


Ubu Roi, 1888


Ubu Roi est la première pièce d'une trilogie racontant, sur le mode burlesque, les aventures d'un ancien capitaine des dragons, qui, après avoir assassiné le Roi Venceslas, accède au trône d'une Pologne imaginaire. La première représentation de la pièce le 10 décembre 1896 fit scandale, le public se révoltant contre cet excès d'ineptie et de grossièreté.

 

 


SCÈNE IV

PÈRE UBU, MÈRE UBU, CAPITAINE BORDURE

 

PÈRE UBU

Eh bien, capitaine, avez-vous bien dîné ?

 

CAPITAINE BORDURE

Fort bien, monsieur, sauf la merdre.

 

PÈRE UBU

Eh ! la merdre n'était pas mauvaise.


 

 


MÈRE UBU

Chacun son goût.

 

PÈRE UBU

Capitaine Bordure, je suis décidé à vous faire duc de Lithuanie.

 

CAPITAINE BORDURE

Comment, je vous croyais fort gueux, Père Ubu.

 

PÈRE UBU

Dans quelques jours, si vous voulez, je règne en Pologne.

 

CAPITAINE BORDURE

Vous allez tuer Venceslas ?

 

PÈRE UBU

Il n'est pas bête, ce bougre, il a deviné.


 


CAPITAINE BORDURE

S'il s'agit de tuer Venceslas, j'en suis. Je suis son mortel ennemi et je réponds de mes hommes.

 

PÈRE UBU, se jetant sur lui pour l'embrasser.

Oh ! Oh ! je vous aime beaucoup, Bordure.


 

 

CAPITAINE BORDURE

Eh ! vous empestez, Père Ubu. Vous ne vous lavez donc jamais ?

 

PÈRE UBU

Rarement.

 

MÈRE UBU

Jamais !

 

PÈRE UBU

Je vais te marcher sur les pieds.



MÈRE UBU

Grosse merdre !


PÈRE UBU

Allez, Bordure, j'en ai fini avec vous. Mais par ma chandelle verte, je jure sur la Mère Ubu de vous faire duc de Lithuanie.


MÈRE UBU

Mais...

 

PÈRE UBU

Tais-toi, ma douce enfant...



(P.S. Le talentueux dessinateur, dont quelques petites planches agrémentent l'article sont de Hanno Baumfelder)

 

Par soft-snow le Lundi 19 novembre 2007
Le lien de "verte" ne fonctionne pas...
(rabat joie que je suis, mdr !)
Vu ce que tu nous raconte, tu m'étonnes qu'elle a dû faire scandale plus d'un siècle en arrière !
Le plus dur pour le comédien père Ubu, c'est sans doute de déféquer sur commande... hé, c'est un métier que veux-tu^^

La bise, mon dada :)
Par Plaiethore le Lundi 19 novembre 2007
Douce, il n'y a aucun lien pour VERTE :)
Et heureusement pour nous, enfin je parle pour moi, le comédien a fait semblant de déféquer, mais il nous a bien montré son petit cul (bah oui l'était petit)... Et dire que Jarry n'avait que 16 ans lorsqu'il a commencé à écrire Ubu Roi.

Bise Joli-Nom !
Par Plaiethore le Lundi 19 novembre 2007
Oui, en fait il s'agit d'une connerie de bug. J'y remédie ;)
Par Plaiethore le Lundi 19 novembre 2007
Valà ! Merci... fausse rabat-joie.
Par ankou le Lundi 19 novembre 2007
Ah ! Mais que ne vous assome-je, Mère Ubu !

L'ai joué au collège, sais pas si on le faisait bien, mais on s'était éclatés! ("A la trappe le speaker !")
Par Paracelsia le Lundi 19 novembre 2007
Il y a bien longtemps que j'ai vu la pièce, je n'avais pas tout compris car j'étais encore une gamine qui se mouchait dans ses jupettes, mais je sais qu'au lycée ça m'a fait plaisir de la relire. Revoir la pièce me serait salutaire tiens!
Par dadahprod le Lundi 19 novembre 2007
Le palindrome de Ubu... c'est ubU !
Ubu... et n'eut plus soif !
(Mon Dieu, quel farceur ! Je suis en grande forme...)
Par Plaiethore le Lundi 19 novembre 2007
Ankou, quelle extraordinaire aventure cela a du être et quelle rigolade !
Le Père Ubu mettait-il, comme sur la scène du théâtre de ma ville, sa face entière entre les seins de la grosse Mère Ubu, après l'avoir copieusement insultée ?

Madone... me fais plaisir de vous voir ici. J'ai cru un moment que mon cœur avait été jeté aux chiens errants.
N'empêche que se moucher dans sa jupette... hum ;)

Dadah, mon cher, le palindrome a pour réputation d'être d'un ennui mortel, alors si l'on peut y boire jusqu'à plus soif, que vive la farce !
Par que-vent-emporte le Jeudi 22 novembre 2007
Tiens, pour deux minutes encore, au calendrier du Père Ubu, c'est la Saint Gnat, juste avant la Sainte Crevette.
Par que-vent-emporte le Jeudi 22 novembre 2007
Ça ressemble tout à fait à du Musset, parce que ça change souvent de décors.
Revue Blanche, 1er janvier 1897
Par Lubna le Jeudi 22 novembre 2007
et merdre, le ridicule ne tue pas, et moi j'aime le ridiculement autre ! vous embrasse la plaie
Par Eric LOW le Jeudi 22 novembre 2007
content de trouver 1 amateur de Jarry & du grand Ha HA universel
as-tu lu les livres de Daniel Accursi ? (1 pote à moi qui a publié de courts essais réjouissants chez PUF puis chez Gallimard : le 1er s'appelait MERDRE )
Par Plaiethore le Jeudi 22 novembre 2007
L'ami Jean, demain c'est la Saint Dagobert. Nous mettons tous nos culottes à l'envers !

Lubna... Lub...Na ! Vous embrasse aussi.
Par Plaiethore le Jeudi 22 novembre 2007
Eric, non je ne connais pas ton pote Daniel Accursi, mais je t'assure que je vais m'empresser de me renseigner et qui sait d'abreuver mon immense besoin d'absurde, de grotesque et de ridicule. Merci ;)
Par maud96 le Vendredi 23 novembre 2007
J'ai lu... mais pas vu jouer au théâtre... Tu as dû être bien content de voir çà, oui ! une pièce dont l'"hénormité" doit bien te réjouir.
Tant qu'il y aura des Alfred Jarry, une parcelle de la connerie du monde sera recyclée...
Merci de tous tes coms... et j'aime toujours venir ici... besoin de me "recycler" moi-aussi. Les études tuent l'inspiration !
Par joris le Samedi 24 novembre 2007
piece lu et adorée à mes quinze ans.
ubu joué à 17.
Du bonheur à l'état pur... Un personnage magnifique.
Par Philippe De Jonckheere le Dimanche 2 décembre 2007
C'est bien gentil de faire une boucherie des images que vous avez prises sur desordre.net (notamment en les publiant dans une autre taille, d'où des effets de compression pas très jolis), mais je crois surtout que vous pourriez au moins dire que les dessins sont de Hanno Baumfelder. Que vous ne demandiez pas la permission de les reproduire est déjà grossier, mais de ne pas citer le nom de leur auteur, c'est carrément du vol.

Philippe De Jonckheere
Par Plaiethore le Dimanche 2 décembre 2007
Oh saigneur, que je parte sur le champ me flageller par bottes entières de branches de figuier mort !

Je n'ai pas cité le dessinateur ; soit, c'est la première fois que je ne cite pas certaines de mes sources ici... Horreur ! Mais il est cité sur le site que je mets en lien (idiot).

Vous parlez de boucherie d'image, c'est votre avis et non le mien et pour tout vous dire je me fiche complètement de ce que vous pensez. Mais soit dit en passant, les images ont probablement été redimensionnées également de par là-bas...

J'aurais pu également m'abstenir de diriger mes visiteurs verscesite, dont je trouvais actes et scènes particulièrement agréable à lire... Finalement j'aurais du me retenir et me contenter de copier sur manuel de papier non recyclé, pour la seule et bonne raison que vous êtes un con, un con portant particule du snobisme, prenant le ton haut qui ne sied pas du tout, du tout, au message passé par le splendide et fou Alfred Jarry, par l'intermédiaire du non moins fou et splendide Ubu Roi.

Vous méritez une seule chose en fin de compte, passer entre les mains des roi et reine de planches, être jeté à la trappe, étripé, décervelé (non vous l'êtes déjà, pardon mon "de"), coupé en rondelles et grignoté par la mère Ubu en personne.

Le nom de l'excellent dessinateur qui figure sera cité, avec tous les honneurs dont il a droit. Je sais réparer les offenses dont je pourrais être la cause, et bien sûr il ne s'agit pas de vous.

Qu'il vienne à présent se plaindre par lui-même s'il en désire la nécessité et non nous laisser entendre un pion sur échiquier de merdre et j'aviserai à ce moment seul.

Je ne vous salue pas, vous puez le crottin d'âne efflanqué et ne vous souhaite même pas une merdre journée.
 

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