Â
Â
« S'il y a autour du cadavre d'Héliogabale, mort sans tombeau, et égorgé par sa police dans les latrines de son palais, une intense circulation de sang et d'excréments, il y a autour de son berceau une intense circulation de sperme. Héliogabale est né à une époque où tout le monde couchait avec tout le monde ; et on ne saura jamais où ni par qui sa mère a été réellement fécondée. Pour un prince syrien comme lui, la filiation se fait par les mères ; - et, en fait de mères, il y a autour de ce fils de cocher, nouveau-né, une pléiade de Julies ; - et qu'elles exercent ou non sur le trône, toutes ces Julies sont de hautes grues.
Leur père à tous, la source féminine de ce fleuve de stupres et d'infamies, devait avant d'être prêtre, avoir été cocher de fiacre, car on ne comprenait pas, sans cela, l'acharnement que mit Héliogabale une fois sur le trône, à se faire enculer par des cochers ».
Voici les toutes premières lignes de ma dernière acquisition concernant l'œuvre d'Antonin Artaud (dont j'ai déjà eu l'honneur de parler) : « Héliogabale ou l'anarchiste couronné ».
Jean-Marie Gustave Le Clézio a écrit : « Qui n'a pas lu Héliogabale n'a pas touché le fond même de notre littérature sauvage».
Je veux, j'exige de toucher le fond.
La promesse d'une barbarie de toute beauté s'est offerte à moi… je ne passerai pas à côté du serment.
Â
« Le Totem », dessin d'Antonin Artaud
Je ne me cantonnerai pas à chercher le beau là où l'on a l'habitude de le trouver.
Artaud écrivait : « Ce que vous avez pris pour mes œuvres n'était que les déchets de moi-même, ces raclures de l'âme que l'homme normal n'accueille pas »…
Je tiens au qualificatif « sauvage » qui suit littérature, car justement la norme dogmatique a dépossédé l'humain de sa liberté la plus essentielle, celle de pouvoir lire en lui-même ses origines de sang, de violence, d'outrages, de démence (au sens de vision hors norme) et de peurs primales.
La normalité sait se satisfaire complaisamment de la surface des choses, alors que la sauvagerie creuse à même les entrailles ouvertes de l'être, celui que nous sommes profondément.
Et je suis heureux quelque part de me dire que les imbéciles (« ceux qui regardent le doigt », dixit l'ami Jean) ne sauront lire Artaud.
Â
Â
Â
Â

