Dimanche 12 novembre 2006

 

 


Violence envoûtante


« S'il y a autour du cadavre d'Héliogabale, mort sans tombeau, et égorgé par sa police dans les latrines de son palais, une intense circulation de sang et d'excréments, il y a autour de son berceau une intense circulation de sperme. Héliogabale est né à une époque où tout le monde couchait avec tout le monde ; et on ne saura jamais où ni par qui sa mère a été réellement fécondée. Pour un prince syrien comme lui, la filiation se fait par les mères ; - et, en fait de mères, il y a autour de ce fils de cocher, nouveau-né, une pléiade de Julies ; - et qu'elles exercent ou non sur le trône, toutes ces Julies sont de hautes grues.

Leur père à tous, la source féminine de ce fleuve de stupres et d'infamies, devait avant d'être prêtre, avoir été cocher de fiacre, car on ne comprenait pas, sans cela, l'acharnement que mit Héliogabale une fois sur le trône, à se faire enculer par des cochers ».


Voici les toutes premières lignes de ma dernière acquisition concernant l'œuvre d'Antonin Artaud (dont j'ai déjà eu l'honneur de parler) : « Héliogabale ou l'anarchiste couronné ».


Jean-Marie Gustave Le Clézio a écrit : « Qui n'a pas lu Héliogabale n'a pas touché le fond même de notre littérature sauvage».


Je veux, j'exige de toucher le fond.


La promesse d'une barbarie de toute beauté s'est offerte à moi… je ne passerai pas à côté du serment.


 

« Le Totem », dessin d'Antonin Artaud


Je ne me cantonnerai pas à chercher le beau là où l'on a l'habitude de le trouver.

Artaud écrivait : « Ce que vous avez pris pour mes œuvres n'était que les déchets de moi-même, ces raclures de l'âme que l'homme normal n'accueille pas »…


Je tiens au qualificatif « sauvage » qui suit littérature, car justement la norme dogmatique a dépossédé l'humain de sa liberté la plus essentielle, celle de pouvoir lire en lui-même ses origines de sang, de violence, d'outrages, de démence (au sens de vision hors norme) et de peurs primales.


La normalité sait se satisfaire complaisamment de la surface des choses, alors que la sauvagerie creuse à même  les entrailles ouvertes de l'être, celui que nous sommes profondément.


Et je suis heureux quelque part de me dire que les imbéciles (« ceux qui regardent le doigt », dixit l'ami Jean) ne sauront lire Artaud.

 



 

 

 

Par que-vent-emporte le Dimanche 12 novembre 2006
Par que-vent-emporte le Dimanche 12 novembre 2006
Par soft-snow le Dimanche 12 novembre 2006
Par loopie-appleface le Dimanche 12 novembre 2006
Tu trouveras alors du beau que l'on n'a pas l'habitude de trouver.
Vierge du regard, le beau se livrera. Ou pas.
Par Plaiethore le Dimanche 12 novembre 2006
test
Par que-vent-emporte le Dimanche 12 novembre 2006
Pour le n'importe quoi, je ne te le fais pas dire. J'ai passé une demi-heure à commenter ton article (j'aime!) et pouf! tout s'est évanoui à l'envoi. Je m'y remettrai un peu plus tard. Salut à toi!
Par Plaiethore le Dimanche 12 novembre 2006
Désolé également pour Lauriane. Je n'ai pas pu lire son commentaire.
Par Unholy le Dimanche 12 novembre 2006
Je suis d'accord oui =)
Par soft-snow le Dimanche 12 novembre 2006
Bug des commentaires, aujourd'hui cow a pris son dimanche !
Je n'sais plus ce que j'avais écrit, mais j'ai aussi passé un temps de dingue à commenter puis surligner, puis fermer la fenêtre, puis la rouvrir, puis faire d'infructueux tests chez moi... Cow finalement, nous rendra chèvres^^
Par que-vent-emporte le Dimanche 12 novembre 2006
Chose promise, chose due. Je reviens à l’instant de ma promenade par les champs et par les bois, et j’essaie de retrouver le fil perdu de mon commentaire.
« Le fond même de notre littérature sauvage »
Je supprimerais l’adjectif : de notre littérature. Point !
Artaud se dit dans son œuvre. Mais à la différence de la plupart des écrivains actuels, ce n’est pas son moi social, petit-bourgeois, spectaculaire qu’il exprime. Il perce l’écorce et plonge tout droit jusqu’au fond : « Qui suis-je ? D’où je viens ? Je suis Antonin Artaud et que je le dise comme je sais le dire immédiatement vous verrez mon corps actuel voler en éclats et se ramasser sous dix mille aspects notoires un corps neuf où vous ne pourrez plus jamais m’oublier » (Pour en finir…)
Après cela on ne peut plus jamais concevoir la littérature comme fabrication d’un objet, comme représentation plus ou moins habile, comme art d’illusion. Elle ne vaut que par son aptitude à dire et à redire ce que c’est que d’être un corps conscient. Il fallait remonter du discours apprêté, spectaculaire, jusqu’au cri, puis traduire ce cri dans une parole vraie. La littérature est le développement de cette parole, ni plus, ni moins.
Les imbéciles (ceux qui regardent le doigt) s’extasient devant les outrances, les audaces verbales ; ils ne se doutent pas que les textes d’Artaud sont un miroir où nous pouvons nous voir tels que nous sommes.
Par Plaiethore le Dimanche 12 novembre 2006
Merci beaucoup Jean.
Petit edit pour te répondre...
Par que-vent-emporte le Dimanche 12 novembre 2006
D'accord! Je suis même prêt à dire que toute vraie littérature est sauvage, forcément sauvage.
Par thegrannysmith le Dimanche 12 novembre 2006
N'ayant point lu l'oeuvre Héliogabale d'Antonin D'Aurtaud, je vais surement dire un truc tres con, mais bon je suis irratrapable. Mais la normalité est-elle si bête que ça ? Les instincts primitifs (c'est que je pense, quand le terme sauvage apparaît), ont ils toujours raison de creuser ? Et creuser à l'excès est ce profitable ? Les oeuvres de Baudelaire, Rimbaud qui sont pour moi, comme la définition de la sauvagerie version littérature, ont certes été santionné par leurs contemporains mais aujourd'hui leurs talents sont universsellement reconnus.
Je sais que je n'ai pas ma place, que je n'ai pas lu Artaud mais je tenais à parler. Malgré ton refus catégorique des normalités, crois-tu que l'enfermé à l'élite est une bonne chose ?
Par maud96 le Dimanche 12 novembre 2006
Voilà qui m'aura au moins permis de lire (sur Internet) la vie d'Elagabal (2O5-222), empereur à l'âge de 13 ans et tué à 17 ans, adolescent perdu de l'histoire de son temps. Son histoire, à elle seule, témoigne de la sauvagerie humaine (la sienne, comme celle de ceux qui l'ont tué). Marqué d'une Pierre Noire... On comprend qu'Artaud ait choisi ce point de départ...
Par Marko.N.A le Dimanche 12 novembre 2006
Je suis sur la piste des écrits d'Antonin Artaud, histoire de me déniaiser à propos d'un auteur dont je ne sais absolument rien. J'ai fait une première tentative vendredi dans ma librairie préférée mais l'indisponibilité du libraire et le temps venant à manquer me poussèrent dehors sans le moindre feuillet. J'y retournerai, il me faut balayer cette ignorance, Pour en finir avec le jugement de Dieu, Le Théâtre de la cruauté, d'abord, Que-vent-emporte me les a recommandé particulièrement.
Par Plaiethore le Lundi 13 novembre 2006
Quentin, je n’ai pas dit que la normalité est simplement bête.
Mon idée est que la normalité est la résultante d’un embourbement dans les principes et les dogmes. Le normal est empêtré, paralysé par la peur de se débattre, de creuser, d’innover, d’exploiter. Le normal craint de voir les faces obscures, d’ouvrir les portes, de dépasser les frontières, d’abattre les murs ; il aime la chaleur et le confort et préfère rester statique plutôt que de tenter le diable, l’inconnu, le différent, quitte à renier sciemment la vérité qu’il peut pressentir. C’est en ce renoncement que le normal devient imbécile.
Le normal est un nageur de surface. Le hors norme, le sauvage, est un plongeur de l’extrême.
Je n’ai pas dit non plus que je refuse la normalité, car vois-tu, non seulement je la côtoie, mais de plus je la vis tous les jours. Seulement, le hors norme ne m’effraie pas. Il m’intéresse. J’ai la liberté d’adhérer ou non, mais l’effroi ne guide pas mes pas et n’inhibe pas ma curiosité ou mon besoin de connaître l’autre chose, l’autrement dit, l’autrement écrit, l’autrement fait.
J’ai donc raison de creuser, car je me suis donnée cette raison et l’envie de compréhension et de dépassement.
Quant à l’excès, il s’agit d’un concept trop subjectif. Mon excès ne sera peut-être pas le tien et le tien pas le mien.
Enfin, concernant la notion d’élitisme, l’idée d’enfermement n’est que la création de ceux qui se sentent exclus. Une création peut très bien se détruire… Chacun a le loisir de se sentir libre ou bien de s’interner. On y revient : on évolue selon ses capacités propres ou bien on s’enterre selon les capacités dictées.
Autre chose, je différencie le primitif du primal ; le primal m’indiquant une origine, le primitif ne m’indiquant qu’un échelon… mais bon, cela est une histoire distincte.

Par Plaiethore le Lundi 13 novembre 2006
Sieur Marko, Jean t'a parfaitement conseillé.

Par ad-vitam le Lundi 13 novembre 2006
J'ai comme l'impression que le fond d'Artaud n'est pas si différents du notre. Je connais rien de l'auteur et encore moins de ses oeuvres... mais ce petit paragraphe me dit qu'on a pas beaucoup changé sur le plan sauvage...
Par larme-de-lait le Vendredi 17 novembre 2006
Chercher le beau ailleurs. Oui. Je m'y emploie. Assez de ces sculptures aux formes parfaites, assez de ces visages lisses et clairs, assez de cette "normale" qui nous entoure. Oui. Parce qu'elle m'étouffe. Son corset de banalité me serre, tous les jours un peu plus.
Je vais essayer. De trouver un autre beau encore.
 

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